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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2003115

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2003115

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2003115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSELARL HALEBLIAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit du 24 février 2022, rendu sur la requête présentée par M. D et Mme B, agissant tant à titre personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fille A D, et tendant à la condamnation du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel à les indemniser des préjudices subis à raison des fautes commises lors de la prise en charge de leur fille au sein de l'établissement du 4 au 7 juillet 2019 et du 9 au 11 juillet 2019, a ordonné une expertise médicale.

Par une ordonnance du 24 février 2022, le vice-président du tribunal a désigné le Dr. Mselati en qualité d'expert.

Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal administratif de Nancy, le 11 mars 2023.

Par une ordonnance du 24 juillet 2023, les frais d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 4 200 euros.

Par des mémoires enregistrés le 14 juin 2023 et le 2 janvier 2024, le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut :

1°) à ce que les préjudices résultant des erreurs commises soient évalués à la somme de 97,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et à la somme de 3 800 euros au titre des souffrances endurées ;

2°) à ce que la somme qu'il devra verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit limitée à 1 200 euros.

Il soutient que :

- une faute de nature à engager sa responsabilité a été commise à l'occasion de la prise en charge du 9 juillet 2019 ;

- le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à la somme de 97,50 euros ;

- les souffrances endurées doivent être indemnisées à concurrence de 3 800 euros.

Par un courrier du 18 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions en l'absence de chiffrage.

Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2023, M. F D et Mme E B, représentés par Me Behr, demandent au tribunal de :

1°) condamner le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel à leur verser une somme de 8 375 euros en réparation des préjudices de leur fille ;

2°) condamner le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel aux entiers dépens ;

3°) condamner le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel au versement de la somme de 1 500 au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- ils sont fondés à solliciter le versement d'une somme de 375 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire de leur fille ;

- ils sont fondés à solliciter le versement d'une somme de 8 000 euros au titre des souffrances endurées par leur fille.

Les caisses primaires d'assurance maladie de la Haute-Marne et de la Meuse n'ont pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique ;

- le rapport de M. Durand,

- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A D, née prématurée le 9 janvier 2019, alors âgée de six mois, a été conduite aux urgences du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel le 4 juillet 2019 en raison de pleurs, de vomissements et de difficultés alimentaires. L'enfant a été hospitalisée au sein de l'unité de pédiatrie et de néonatologie et, devant son évolution favorable, a regagné son domicile le 7 juillet 2019 avec un traitement contre les reflux gastro-oesophagien. Le 9 juillet 2019, elle y est de nouveau hospitalisée à la demande de son pédiatre de ville, au vu de l'augmentation inhabituelle de son périmètre crânien. L'échographie réalisée à l'hôpital révélait alors une petite hydrocéphalie, le scanner cérébral ne laissant entrevoir aucun hématome extra ou sous dural. L'enfant a alors été amenée à quitter l'hôpital le 11 juillet 2019. A l'occasion d'une visite de contrôle de l'enfant chez son médecin traitant le 16 juillet 2019, ce dernier contacta directement le service de neurochirurgie pédiatrique du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy et obtint un rendez-vous pour le 23 juillet 2019. Après un diagnostic établi par neuroradiologie, l'enfant a bénéficié d'une intervention neurochirurgicale consistant en la pose d'une dérivation, une seconde à distance étant réalisée afin de la retirer. Les consorts G, estimant que leur fille n'a pas bénéficié de l'ensemble des examens nécessaires au vu des symptômes qu'elle présentait, recherchent la responsabilité du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel, en ce que le diagnostic de l'enfant secoué n'a pas été posé plus tôt, estimant qu'elle aurait pu éviter l'intervention neurochirurgicale en urgence s'il avait été posé lors de son hospitalisation à Verdun.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise établi le 11 mars 2023 par le Dr. Mselati qu'Alice D a été prise en charge aux urgences du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel, le 4 juillet 2019, à raison de vomissements et de pleurs inhabituels survenus la veille. L'examen à l'admission a révélé un périmètre crânien de 43 centimètres, un état de conscience normal et une fontanelle normo-tendue. L'enfant a été hydratée par voie veineuse et aucune investigation à visée neurologique n'a été réalisée, les médecins privilégiant une origine digestive. L'expert considère que, eu égard aux données cliniques dont disposait l'équipe médicale, l'attitude ainsi adoptée n'était pas critiquable et qu'il n'y avait pas lieu, en l'état, de pratiquer des examens à visée neurologique. Le 9 juillet 2019, A D a de nouveau été hospitalisée à la demande de son pédiatre de ville, au vu de l'augmentation inhabituelle de son périmètre crânien. L'échographie et la TDM réalisées à l'hôpital ont révélé une collection hydrique péri-cérébrale fronto-pariétale bilatérale symétrique très vraisemblablement bi-compartimentée sous-arachnoïdienne et sous-durale ainsi qu'un saignement récent net frontal gauche au sein de la collection. L'expert considère que les signes cliniques et radiologiques étaient en faveur non pas d'une seule collection sous-arachnoïdienne bénigne mais d'un hydrome sous-dural par brèche et décollement du feuillet externe de l'arachnoïde et d'un saignement récent par déchirure de la veine-pont. L'expert ajoute que l'équipe médicale du centre hospitalier a commis une erreur lors de l'interprétation de la TDM et aurait dû solliciter un avis radiologique au CHRU de Nancy par télétransmission, occasionnant ainsi un retard de diagnostic. Le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel n'apporte aucun élément de nature à contredire l'analyse de l'expert et reconnaît, dans ses écritures, avoir commis une faute à l'occasion de l'hospitalisation du 9 juillet 2019. Dans ces conditions, l'erreur de diagnostic et le retard dans la prise en charge A D est constitutif d'une faute imputable au centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel et qui engage sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

4. Il résulte de l'instruction qu'Alice D a été prise en charge le 23 juillet 2019 au sein du CHRU de Nancy où elle a bénéficié d'une intervention neurochirurgicale consistant en la pose d'une dérivation, une seconde à distance étant réalisée afin de la retirer. L'expert constate que l'évolution à court et moyen terme de cette intervention a été favorable sur le plan neurologique en l'absence de toute lésion du cerveau et que l'état de santé de l'enfant était consolidé sans séquelle neuro-motrice ni psycho-intellectuelle à la date de la consultation réalisée le 9 juillet 2022 en vue de la réalisation de l'expertise.

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

5. Il résulte de l'instruction qu'Alice D a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel, de 50 %, de deux semaines entre les dates du 9 juillet et du 23 juillet 2019. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 100 euros.

Quant aux souffrances endurées :

6. Il résulte de l'instruction qu'Alice D a enduré des souffrances, évaluées à 3,5 sur une échelle de 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 5 400 euros.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel doit être condamné à verser la somme de 5 500 euros en réparation des préjudices subis par A D.

Sur les frais de l'instance et les dépens :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel les frais d'expertise, qui ont été liquidés et taxés par des ordonnances du président du tribunal administratif de Nancy à la somme de 4 200 euros TTC.

9. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel, une somme de 1 500 euros à verser à M. F D et Mme E B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel est condamné à verser à M. F D et à Mme E B, agissant en qualité de représentants légaux A D, une somme de 5 500 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 200 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel.

Article 3 : Le centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel versera à M. F D et à Mme E B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Mme E B, au centre hospitalier de Verdun-Saint-Mihiel, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Meuse.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

F. Durand Le président,

B. Coudert

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2003115

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