jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2003330 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SELARL ISARD AVOCAT CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 21 décembre 2020 sous le n°2003330, Mme C B, représentée par la SCP Fabrice Gossin et Eric Horber, demande au tribunal d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision du 7 février 2020 de l'inspecteur du travail et autorisé son licenciement.
Elle soutient que :
- le grief tiré de fausses dénonciations n'est pas constitué ;
- le grief lié à l'alerte concernant une salariée de l'entreprise licenciée après une dénonciation de faits de harcèlement moral n'est pas constitué ;
- le grief relatif à son alerte concernant un salarié mis à pied n'est pas constitué ;
- elle n'a commis aucune faute en s'interrogeant sur le recrutement d'une salariée au poste de " responsable planning et flux d'informations " ;
- elle a été victime de discrimination dès lors qu'elle a été contrainte d'occuper un poste, pendant plusieurs années, sans missions définies ;
- c'est à tort que la ministre du travail a estimé que l'inspecteur du travail avait entaché sa décision refusant son licenciement d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2021, la société UPM Raflatac, représentée par Me Rattaire, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 22 décembre 2020, sous le n°2003333, Mme C B, représentée par la SCP Fabrice Gossin et Eric Horber, demande au tribunal d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision du 7 février 2020 de l'inspecteur du travail et a autorisé son licenciement.
Elle soutient que :
- la décision contestée est illégale dès lors que la ministre du travail ne s'est pas assurée de la régularité de la procédure d'inconduite menée par la société employeur ;
- le grief tiré de fausses dénonciations n'est pas constitué ;
- le grief lié à l'alerte concernant une salariée de l'entreprise licenciée après une dénonciation de faits de harcèlement moral n'est pas constitué ;
- le grief relatif à son alerte concernant un salarié mis à pied n'est pas constitué ;
- elle n'a commis aucune faute en s'interrogeant sur le recrutement d'une salariée au poste de " responsable planning et flux d'informations " ;
- elle a été victime de discrimination dès lors qu'elle a été contrainte d'occuper un poste, pendant plusieurs années, sans missions définies ;
- c'est à tort que la ministre du travail a estimé que l'inspecteur du travail avait entaché sa décision refusant son licenciement d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2021, la société UPM Raflatac, représentée par Me Rattaire, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,
- les observations de Me Horber, avocat de Mme B,
- et les observations de Me Rattaire, avocat de la société UPM Raflatac.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été embauchée par la société UPM Raflatac le 17 avril 2001. Elle exerce les mandats de conseillère du salarié et membre du comité technique régional de la CARSAT. Par une décision du 7 février 2020, l'inspecteur du travail a refusé la demande présentée par son employeur tendant à obtenir l'autorisation de licencier Mme B pour motif personnel. La société a exercé un recours hiérarchique contre cette décision auprès de la ministre du travail, laquelle a, par une décision du 19 octobre 2020, annulé la décision de l'inspecteur du travail et autorisé le licenciement de Mme B. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre, la requérante demande l'annulation de la même décision de la ministre du travail.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il incombe à l'autorité administrative, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé pour motif disciplinaire, d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif, si les stipulations du contrat de travail relatives à la rupture du contrat par licenciement, notamment celles posant des règles procédurales particulières, ont été respectées.
3. Pour contester la décision attaquée du 19 octobre 2020, Mme B se prévaut de l'irrégularité de la " procédure d'inconduite " prévue par le code de conduite de l'entreprise. Toutefois, aucune disposition légale ou réglementaire ni aucune stipulation contractuelle ne subordonne la régularité de la procédure de licenciement à celle de la " procédure d'inconduite " prévue par le code de conduite de l'entreprise. Dès lors, Mme B ne peut utilement soutenir que le ministre était tenu de s'assurer de la régularité de cette dernière procédure.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1222-4 du code du travail : " Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance ". Les obligations d'information prévues par le règlement (UE) n° 2016/679 du Parlement européen et du conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel ont uniquement pour objet et pour effet de permettre la protection effective des données personnelles des personnes concernées. Elles ne font pas obstacle à ce que le ministre chargé du travail, qui peut, en vertu de l'article R. 2422-1 du code du travail, annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, prenne en compte les éléments de nature à justifier le licenciement du salarié protégé.
5. Pour apprécier si les faits reprochés à Mme B étaient fautifs, la ministre du travail a tenu compte des faits et des conclusions relatés dans l'enquête interne menée par une responsable des ressources humaines du groupe auquel appartient la société UPM Raflatac à la suite des dénonciations portées par Mme B dans le dispositif de la procédure d'inconduite propre à son entreprise. Il appartient à Mme B, si elle s'y estime fondée, de produire des pièces de nature à contredire ces éléments. Dès lors, la circonstance que ce dispositif n'ait pas donné lieu aux informations prévues par le règlement précité est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
6. En troisième lieu, si, en application de l'article L. 2281-1 du code du travail, " Les salariés bénéficient d'un droit à l'expression directe et collective sur le contenu, les conditions d'exercice et l'organisation de leur travail. () ", constitue une faute le fait de relater des faits non établis alors que le salarié savait que les faits dénoncés étaient faux.
7. Pour annuler la décision de l'inspecteur du travail et autoriser le licenciement de Mme B, la ministre du travail a estimé que l'intéressée avait dénoncé des faits non avérés sans disposer d'éléments de preuve et que ces dénonciations, au " caractère délibérément fallacieux ", ont eu des répercussions sur l'image et l'organisation de l'entreprise et sont suffisamment graves pour justifier son licenciement.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a signalé à la direction du groupe auquel appartient la société UPM Raflatac de fausses déclarations concernant certains accidents survenus sur le site. S'il est constant que ces accidents ont fait l'objet de déclarations auprès des services de la caisse primaire d'assurance maladie, la société UPM Raflatac ne justifie pas en avoir informé la direction du groupe. Par suite, dans les termes imprécis où elles sont rédigées, les dénonciations faites par Mme B, qui auraient pu ne viser que les déclarations remontées au groupe, peuvent ne pas être erronées. Mme B est ainsi fondée à soutenir que la décision contestée est, sur ce point, entachée d'une erreur de fait.
9. Toutefois, la requérante a également signalé à la direction du groupe qu'une salariée était victime de harcèlement moral et que la société UPM était " en train de perdre l'affaire " relative à son licenciement. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de ce signalement, celui-ci était erroné dès lors que le conseil des prud'hommes avait rejeté la requête formée par la salariée concernée contre cette mesure de licenciement. La circonstance que ce jugement ait fait l'objet d'une annulation partielle, postérieurement à cette dénonciation, est sans incidence. Par ailleurs, si la requérante a signalé un licenciement " sans raison " du responsable des opérations, de la sécurité et de la maintenance, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette procédure aurait été abusive ni qu'elle n'aurait pas été fondée sur une faute commise par le salarié, lequel n'a au demeurant pas contesté cette mesure disciplinaire. Mme B, qui soutient avoir accompagné ces deux salariés au cours des procédures, ne pouvait donc ignorer que les faits dénoncés étaient faux.
10. Par ailleurs, Mme B a signalé la nomination de l'épouse du directeur des ressources humaines de la société au poste de " responsable coating " en laissant entendre que cette nomination procédait de favoritisme. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette salariée occupait déjà des fonctions au sein du service " coating " et qu'une réorganisation des missions de ce service a entraîné son changement de poste ainsi que celui d'autres salariés, sans que soit ouvert un recrutement externe à la société, alors que cette dernière dispose d'une liberté dans l'organisation du bon fonctionnement de l'entreprise. En mettant en cause de manière injustifiée la probité du directeur de la société alors qu'elle avait eu connaissance des échanges sur les justifications de la réorganisation des services, la requérante a dénoncé des faits qu'elle savait erronés.
11. Enfin, Mme B a dénoncé des " cas de discrimination " et précise, dans le cadre de la présente instance, en être la victime. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la suppression de son poste au cours de l'année 2014, la direction de l'entreprise lui a fait plusieurs offres sérieuses de reclassement qu'elle a refusées. De même, elle a également refusé les différentes propositions de postes faites par son employeur entre les années 2014 et 2019, sans justifier d'éléments pertinents de nature à démontrer le bien-fondé de ses refus. En outre, la société UPM démontre, par les pièces qu'elle produit, que Mme B n'a pas fait l'objet de sanctions financières à la suite de la suppression de son poste, en 2014, ce qu'elle ne pouvait ignorer au regard des échanges relatifs à sa situation avec la direction de la société. La société UPM établit également que le stockage de quelques pièces de mobiliers dans le bureau de la requérante a été temporaire, en raison de travaux dans les locaux, et a cessé dès la reprise de son travail à l'issue de son arrêt maladie. Mme B ne produit enfin aucun élément de nature à démontrer qu'elle ne pouvait plus recevoir d'appels ou de courriels et qu'elle n'était plus conviée aux réunions de l'entreprise. Il en résulte que la requérante a signalé, à tort, une différence de traitement de sa situation et des autres salariés et qu'au regard des éléments précités, sa mauvaise foi est établie.
12. Il résulte de l'instruction que le ministre du travail aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur les faits précisés aux points 9 à 11 du présent jugement. En estimant qu'ils étaient fautifs et de nature à justifier son licenciement, le ministre du travail n'a pas inexactement apprécié les faits qui lui étaient soumis.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2020 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail et autorisé son licenciement.
Sur les frais des instances :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme B la somme que demande la société UPM Raflatac au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société UPM Raflatac, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la société UPM Raflatac et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
L. ALe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2003330, 2003333
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026