jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2100790 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL CLEMENT-DELPIANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars 2021 et 16 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Benoist, demande au tribunal, :
1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 du directeur délégué du centre hospitalier (CH) de Bar-le-Duc en ce qu'il l'a considérée comme démissionnaire à compter du 3 janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur du CH de Bar-le-Duc de lui remettre une attestation pôle emploi conforme au présent jugement dans un délai de quinze jours à compter de sa notification ;
3°) de condamner le CH de Bar-le-Duc à lui verser la somme de 14 055, 69 euros au titre des traitements dus sur la période du 18 octobre 2020 au 17 janvier 2021 ;
4°) de condamner le CH de Bar-le-Duc à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de ses préjudices ;
5°) de mettre à la charge du CH de Bar-le-Duc la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a jamais manifesté son intention de démissionner, qu'il lui était possible de cumuler son emploi avec un emploi dans un autre centre hospitalier, que cette situation est la conséquence d'une première décision illégale prise le 13 octobre 2020 et qu'elle s'inscrit dans un contexte de harcèlement moral et sexuel qu'elle a dénoncé ;
- l'illégalité de la décision lui a causé des préjudices dont elle est fondée à demander la réparation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2022, le CH de Bar-le-Duc, représenté par Me Clément, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée au centre hospitalier de Bar-le-Duc à compter de décembre 2014 d'abord en tant qu'assistante spécialisée dans les services neuro vasculaire et de cardiologie puis en qualité de praticienne hospitalière au sein des urgences à compter de 2017. Le 13 octobre 2020, elle a été informée du non renouvellement de son contrat. Par une décision du 20 janvier 2021, le directeur délégué du CH de Bar-le-Duc a procédé au retrait de la décision du 13 octobre 2020 et a considéré que le docteur B était démissionnaire à compter du 3 janvier 2021 compte tenu de son recrutement au CH de Toul à compter du 4 janvier 2021. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 20 janvier 2021 en tant qu'elle l'a considérée démissionnaire à compter du 3 janvier 2021 et la condamnation du CH de Bar-le-Duc à la réparation des préjudices consistant en la perte de ses traitements ainsi que ceux résultant de l'illégalité de la décision la considérant démissionnaire d'office.
Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires pour faute :
2. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.
3. Mme B a présenté une demande le 17 mars 2021 au CH de Bar-le-Duc tendant à obtenir le versement de ses traitements pour la période du 18 octobre 2020 au 3 janvier 2021 sur le fondement de l'article 2 de la décision du 20 janvier 2021 prononçant sa réintégration et dans laquelle elle n'invoquait aucune faute à l'encontre du CH de Bar-le-Duc. Par sa requête, Mme B demande le versement de dommages et intérêts en raison de la faute résultant de l'illégalité de la décision du 20 janvier 2021 en tant qu'elle la considère démissionnaire d'office. Cette demande ne relève pas du même fait générateur que celle invoquée dans la demande du 17 mars 2021 et ayant lié le contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir présentée par le CH de Bar-le-Duc doit être accueillie et les conclusions indemnitaires de la requérante tendant au versement de dommages et intérêts sont ainsi irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 45-1 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les agents contractuels informent l'autorité signataire du contrat de leur intention de démissionner par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Les agents sont tenus, dans ce cas, de respecter un préavis dont la durée est identique à celle prévue à l'article 42. () ". Aux termes de l'article R. 6152-415 du code de la santé publique : " Le contrat précise : () 5° La durée du préavis en cas de résiliation anticipée du contrat ou de démission, à savoir un mois pour un contrat inférieur à six mois et deux mois pour un contrat d'une durée égale ou supérieure à six mois ; () ". Il ressort également des termes de l'article 6 du contrat de travail conclu le 17 janvier 2019 entre Mme B et le CH de Bar-le-Duc que la démission doit être notifiée par lettre recommandée avec accusé réception. Il résulte de ces dispositions que la démission ne peut résulter que d'une demande écrite de l'agent marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 13 octobre 2020, le CH de Bar-le-Duc a informé la requérante du non renouvellement de son contrat. Par une décision du 20 janvier 2021, le directeur délégué du CH de Bar-le-Duc a procédé au retrait de la décision du 13 octobre 2020 et a considéré que le docteur B était démissionnaire à compter du 3 janvier 2021 compte tenu de son recrutement au CH de Toul à compter du 4 janvier 2021. Toutefois, la signature du contrat avec un nouvel employeur fait suite à la décision de non renouvellement du contrat de Mme B qui ignorait l'illégalité dont était entachée cette décision. Par ailleurs, la requérante fait valoir, sans que cela soit contredit, que si elle n'a pas signé l'avenant en date du 15 juillet 2020 renouvelant son contrat c'est parce qu'elle ne l'a jamais réceptionné. Mme B n'a ainsi jamais expressément manifesté son intention de démissionner de ses fonctions au sein du CH de Bar-le-Duc. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision du 20 janvier 2021 en tant qu'elle la considère démissionnaire à compter du 3 janvier 2021 est entachée d'une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'article 3 de la décision du 21 janvier 2021 du directeur du CH de Bar-le-Duc doit être annulée en tant qu'elle considère Mme B démissionnaire à compter du 3 janvier 2021.
Sur l'injonction :
7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au CH de Bar-le-Duc de délivrer une attestation pôle emploi à Mme B.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail au cours de la période d'éviction.
9. Il résulte de l'instruction que par une décision du 21 janvier 2021, le CH de Bar-leDuc a réintégré Mme B dans ses fonctions pour la période du 18 octobre 2020 au 17 janvier 2021. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que c'est à tort que le CH de Bar-le-Duc a considéré la requérante démissionnaire à compter du 4 janvier 2021. Dès lors, Mme B a droit à une indemnité correspondant au montant des traitements, primes et indemnités qu'elle aurait dû percevoir sur la période du 18 octobre 2020 au 17 janvier 2021, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions et déduction faite des sommes déjà versées par le CH de Bar-le-Duc et des rémunérations versées pour la période du 4 janvier au 17 janvier 2021 par le CH de Toul, le tout dans la limite d'un montant de 14 005,69 euros. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant de l'indemnité due à Mme B, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de la renvoyer devant l'administration pour qu'il soit procédé à la liquidation, en principal et intérêts de cette indemnité.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le CH de Bar-le-Duc demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du CH de Bar-le-Duc une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 janvier 2021 du directeur délégué du centre hospitalier de Bar-le-Duc en tant qu'elle a considéré Mme B démissionnaire à compter du 3 janvier 2021 est annulée.
Article 2 : Le centre hospitalier de Bar-le-Duc est condamné à verser à Mme B une indemnisation en réparation du préjudice résultant de la perte de traitements, primes et indemnités qu'elle a subi du 18 octobre 2020 au 17 janvier 2021, déterminée conformément aux motifs du présent jugement. Mme B est renvoyée devant le centre hospitalier de Bar-le-Duc pour qu'il soit procédé à la liquidation de cette indemnité.
Article 3 : Le CH de Bar-le-Duc versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions du CH du Bar-le-Duc présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au CH de Bar-le-Duc.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La rapporteure,
C. Marini
Le président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026