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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2100984

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2100984

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2100984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP SYNERGIE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2021, M. G A, représenté par Me Lasseront, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a autorisé son employeur, l'Union de gestion des établissements des caisses assurance maladie (UGECAM) Nord-Est, à le licencier ;

2°) de mettre à la charge de l'UGECAM Nord-Est la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de forme substantiel, dès lors qu'elle n'est pas signée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la procédure de licenciement doit être considérée comme irrégulière dès lors que le Conseil de discipline ne s'est pas prononcé sur la sanction disciplinaire de M. A préalablement à la demande d'autorisation de licenciement ;

- le ministre ne pouvait autoriser le licenciement sans constater que la décision de l'inspecteur du travail était illégale ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 1332-4 du code du travail, qui prévoient la prescription des faits fautifs à l'expiration d'un délai de deux mois ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2022, l'UGECAM Nord-Est, représentée par Me Champenois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lasseront, pour M. A, et de Me Depasse, pour l'UGECAM Nord-Est.

Considérant ce qui suit :

1. M. G A a été embauché le 6 avril 1987 par l'Union de gestion des établissements des caisses assurance maladie (UGECAM) Nord-Est, en qualité d'aide-soignant, pour exercer cette activité au sein de l'établissement de Lay-Saint-Christophe. Il a été élu en tant que délégué du personnel au conseil social et économique (CSE) de l'établissement de Lay-Saint-Christophe le 21 novembre 2019, et, en tant que délégué syndical, le 6 décembre 2019. A la suite de graves incidents rapportés par plusieurs employées de l'établissement, M. A a été convoqué à un entretien préalable à son licenciement pour faute, par un courrier reçu le 16 mars 2020. L'employeur a ensuite saisi le conseil de discipline régional, qui, constatant l'absence de l'intéressé, a émis un procès-verbal de carence le 16 juin 2020. Le 18 juin 2020, le CSE a émis un avis favorable à son licenciement. Par une décision du 4 septembre 2020, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser l'UGECAM Nord-Est à licencier M. A. Par une décision du 3 février 2021, dont M. A demande l'annulation, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, sur un recours hiérarchique formé par l'UGECAM Nord-Est, a annulé la décision de l'inspecteur du travail et autorisé le licenciement de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; () ". Par un décret du 27 juillet 2016, M. C D a été nommé directeur adjoint à la direction générale du travail, placée sous l'autorité du ministre du travail.

3. La décision attaquée a été signée par Mme E F, directrice adjointe du travail, adjointe à la cheffe du bureau du statut protecteur, qui avait reçu délégation de M. C D, directeur adjoint à la direction générale du travail, à l'effet de signer " dans la limite des attributions du bureau du statut protecteur et au nom de la ministre chargée du travail, tous actes, décisions ou conventions à l'exclusion des décrets " par une décision du 17 septembre 2020, régulièrement publiée au journal officiel de la République Française du 18 septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans le cas où le ministre, ainsi saisi d'un recours hiérarchique, annule la décision par laquelle un inspecteur du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 pour les décisions de retrait ou d'abrogation de décisions créatrices de droits - dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration - et en particulier lorsqu'il estime que le ou les motifs fondant une décision de refus d'autorisation de licenciement sont illégaux, d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que ce motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail, est illégal.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par sa décision du 4 septembre 2020, l'inspecteur du travail de la 15ème section de l'unité départementale UC2 EST de la Meurthe-et-Moselle a refusé d'accorder à l'UGECAM Nord-Est l'autorisation de licencier M. A aux motifs que les faits ayant donné lieu aux poursuites disciplinaires pour les griefs d'insubordination, de maltraitance envers les patients et de menace de mort étaient prescrits, que la matérialité des faits n'était pas précisément établie s'agissant des griefs de vol, de pressions sur les salariés et de propos à connotation raciste, au vu, notamment, des attestations produites M. A en sa faveur et qu'ainsi, les faits demeurant fautifs n'étaient pas suffisamment graves.

7. Pour annuler la décision prise par l'inspecteur du travail, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, qui vise les articles L. 2411-3, relatif au licenciement d'un délégué syndical, et L. 2411-5, relatif au licenciement d'un membre de la délégation du personnel du CSE, du code du travail, mentionne, dans la décision attaquée, les faits qu'elle a retenus, ainsi que les raisons pour lesquelles elle les considère comme établis. Elle indique, en particulier, que les entretiens effectués par la direction de l'établissement à Lay-Saint-Christophe ont permis de mettre en lumière des propos inappropriés et proférés de façon récurrente par M. A à l'encontre de plusieurs de ses collègues de travail. Elle cite les propos à connotation raciste sur lesquels elle se fonde, en précisant que ces propos sont rapportés de manière concordante par trois salariés de l'établissement. Elle cite également les propos qui caractérisent le comportement menaçant de M. A et mentionne que les attestations produites par l'intéressé n'ont pas vocation à remettre en doute le comportement menaçant et les propos inappropriés de M. A, dès lors que ces agissements ont un caractère ciblé envers une minorité de salariées. Elle mentionne, par ailleurs, que ces agissements avaient, en eux-mêmes, une gravité suffisante en raison de la nature même des propos tenus, de leur récurrence et des effets qu'ils ont pu avoir sur la santé morale des personnes visées, et qu'en estimant que tel n'était pas le cas, l'inspecteur avait commis un erreur d'appréciation. Elle indique, enfin, qu'il n'a pas été relevé de lien entre la demande d'autorisation de licenciement et les mandats de l'intéressé. Dans ces conditions, la motivation de la décision attaquée était suffisante pour permettre à M. A de comprendre les motifs ayant fondé, d'une part, l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail et, d'autre part, l'octroi de l'autorisation de licenciement. A cet égard, la circonstance que ne soient pas mentionnés, dans la décision attaquée, les noms et prénoms des salariées ayant témoigné des propos déplacés de l'intéressé est sans incidence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'article 48 (1) de la convention collective nationale de travail du personnel des organismes de sécurité sociale du 8 février 1957 soumet la sanction de licenciement à la procédure suivante, sans préjudice des dispositions spécifiques du code du travail pour ce qui concerne le licenciement : " le directeur a 5 jours ouvrés maximum à compter du jour de l'entretien pour demander la convocation du conseil de discipline ; / - le conseil de discipline est convoqué par son secrétariat dans un délai de 8 jours suivant la réception de la demande de convocation du directeur de l'organisme concerné et doit se réunir dans les 15 jours suivant la réception de cette demande ; - le conseil de discipline ne peut valablement délibérer que si le quorum est atteint dans chaque collège et si la parité est assurée. À défaut, le conseil de discipline se réunit à nouveau dans un délai maximum de 8 jours francs et se prononce à la majorité des membres présents ; /- les conclusions du conseil de discipline sont notifiées par écrit dans les 48 heures au directeur et à l'agent en cause ; - en tout état de cause, la sanction ne peut intervenir avant que le conseil de discipline ne se soit prononcé sur la proposition faite par le directeur, le délai total de la procédure ne pouvant excéder 1 mois à compter de la date de l'entretien ; - le directeur prend sa décision, compte tenu des conclusions du conseil de discipline qu'il devra rappeler en tout état de cause dans la notification qui sera faite à l'agent intéressé. La sanction doit être motivée et notifiée à l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 53 (1) de la même convention " Le conseil de discipline entend le directeur et l'agent de l'organisme en cause. () ".

9. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des représentants du personnel, qui bénéficient dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent d'une protection exceptionnelle ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement ou du ministre du travail saisi d'un recours hiérarchique. A ce titre, lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, l'autorité administrative doit, notamment, s'assurer de la régularité de la procédure de licenciement suivie avant sa saisine.

10. Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline, saisi par l'UGECAM Nord-Est le 2 juin 2020, a convoqué M. A, le 9 juin 2020, à une séance du conseil de discipline fixée le 16 juin 2020, conformément aux délais prévus par la convention collective applicable à ce salarié. Ayant constaté l'absence de l'intéressé, le conseil de discipline a dressé un constat de carence le 16 juin 2020. Si le requérant se prévaut de la demande de report du conseil de discipline, le courriel qu'il produit se borne à faire état d'un " motif personnel ", sans plus de précision. Dans ces conditions, il y a lieu de regarder l'employeur comme ayant respecté les règles de mise en œuvre de la procédure de consultation du conseil de discipline qui lui incombait, sans qu'il puisse lui être fait grief de l'absence d'avis de ce conseil en raison de l'absence injustifiée du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de licenciement doit être écarté.

11. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Lorsqu'il est saisi par l'employeur d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail qui a estimé que plusieurs de ces exigences n'étaient pas remplies et qui s'est, par suite, fondé sur plusieurs motifs faisant, chacun, légalement obstacle à ce que le licenciement soit autorisé, le ministre ne peut annuler cette décision que si elle est entachée d'illégalité externe ou si aucun des motifs retenus par l'inspecteur du travail n'est fondé.

12. En revanche, lorsqu'il apprécie, à l'aune de plusieurs griefs, si les faits reprochés à un salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, le ministre procède à une appréciation d'ensemble du motif tiré de la qualification juridique des faits qu'il apprécie et n'est pas tenu de se prononcer sur chacun des griefs retenus à l'encontre de l'intéressé dès lors qu'il estime certains de ces griefs comme étant d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement. En l'espèce, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, avant d'autoriser le licenciement de l'intéressé par l'article 2 de la décision attaquée, a estimé qu'au regard de certains des griefs retenus à l'encontre de M. A, la décision de l'inspecteur du travail était entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En cinquième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Un agissement du salarié intervenu en-dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat.

S'agissant des propos inappropriés, notamment racistes :

14. M. A conteste avoir tenu des propos à connotation raciste, notamment à l'encontre des personnes d'origine maghrébine. Toutefois, les attestations qu'il produit, selon lesquelles il n'aurait pas tenu des propos racistes devant l'ensemble des salariés de l'établissement, ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des propos ponctuels et ciblés rapportés de manière concordantes par trois de ses collègues, ainsi que par un témoignage anonyme. A cet égard, si la ministre ne pouvait, sans porter atteinte aux droit de la défense, se fonder uniquement, ou de manière déterminante, sur un témoignage anonyme pour autoriser le licenciement de M. A, elle pouvait le prendre en compte dès lors qu'il corroborait les dires de personnes nommément identifiées. Par ailleurs, la matérialité de ces élocutions vexatoires est corroborée par l'attestation d'un représentant de la commission des usagers de l'établissement de Lays-Saint-Christophe, produite en défense, qui confirme que lui a été signalé, par des usagers, que des membres du personnel médical en contrat à durée déterminée et en intérim ne voulaient plus être en présence de M. A, " surtout lorsque ces personnels sont d'origine maghrébine ". Dans ces conditions, la matérialité des propos à connotation raciste proférés par M. A doit être tenue pour établie.

S'agissant du comportement menaçant de M. A :

15. Aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance ".

16. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la ministre chargée du travail a considéré que les comptes rendus d'entretien permettaient de caractériser un comportement menaçant de M. A envers ses collègues de l'établissement, avant de donner un exemple concret des phrases qu'il a pu prononcer.

17. Or, à supposer que les faits ainsi reprochés à l'intéressé soient en lien avec les menaces non contestées et proférées à l'encontre de Mme B le 25 mars 2019, ces menaces ont été dénoncées à l'employeur le 28 mars 2019. Ces faits étaient donc prescrits à la date de la réception par l'intéressé de sa convocation à un entretien préalable, premier acte interruptif de prescription.

18. Par ailleurs, M. A conteste avoir tenu les propos suivants : " je suis capable de buter quelqu'un qui me pose problème au boulot ou de faire venir quelqu'un de l'extérieur pour le tuer et se débarrasser du corps ". En se fondant sur le témoignage d'une personne n'ayant pas été le témoin direct de tels propos, l'administration ne rapporte pas la preuve de la matérialité de ceux-ci. Le requérant est donc fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne ces propos.

19. Toutefois, eu égard à leur récurrence et à leur virulence, et à leur caractères vexatoire et discriminant, les propos à connotation raciste prononcés par M. A doivent être regardés comme suffisamment graves pour justifier à eux-seuls le licenciement sollicité. Ainsi, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, qui aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur les propos racistes de l'intéressé, a pu légalement estimer que les faits reprochés à M. A étaient d'une gravité suffisante.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 février 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a autorisé son employeur, l'Union de gestion des établissements des caisses assurance maladie (UGECAM) Nord-Est, à le licencier.

Sur les frais du litige :

21. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

22. L'UGECAM Nord-Est n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme que demande M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que demande l'UGECAM Nord-Est au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

24. Par suite, les conclusions des parties formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'UGECAM Nord-Est sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, à l'UGECAM Nord-Est et au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Fabas, conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le président,

O. Di Candia

L'assesseure la plus ancienne,

L. Fabas

Le.greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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