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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101256

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101256

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2021, Mme A C épouse D, représentée par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée à son profit par M. D ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- en exigeant de produire un visa long séjour, le préfet s'est estimé en situation de compétence liée et a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien, la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, le préfet de

Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, la décision est également fondée sur l'insuffisance des ressources du demandeur.

Un mémoire, enregistré le 29 juin 2022, présenté pour Mme D, n'a pas été communiqué.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Perreira, substituant Me Grosset, représentant

Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, dispose d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 18 septembre 2026. Le 14 mai 2020, il a demandé, sur le fondement de l'article 4 de l'accord franco-algérien, le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. Par une décision du 25 mars 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à cette demande. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur le sursis à statuer dans l'attente du bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2021. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et celles tendant au sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle ;.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que

Mme C, entrée régulièrement en France au cours de l'année 2017 sous le couvert d'un visa court séjour, a épousé le 2 mars 2020 à Nancy M. D, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 18 septembre 2026. M. et Mme D sont parents d'un enfant né le 27 mai 2019 à Nancy. En outre, par un jugement en assistance éducative du

10 septembre 2020, le tribunal pour enfants du tribunal judiciaire de Nancy a estimé, d'une part, qu'aucune inquiétude n'était notée pour l'enfant de M. et Mme D, d'autre part, que

Mme D apparaissait comme une figure maternelle et protectrice pour les trois autres enfants de M. D, nés d'une précédente union. Ce jugement précise également que

Mme D constitue un réel soutien dans l'éducation des trois enfants de M. D. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision refusant de faire droit à la demande de regroupement familial formée par M. D porte au droit au respect d'une vie privée et familiale normale des intéressés une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique, dans les circonstances de l'espèce, qu'il soit enjoint au préfet de

Meurthe-et-Moselle de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Grosset, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Grosset d'une somme de 1 500 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de Mme D tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle et au sursis à statuer.

Article 2 : La décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. D au profit de son épouse est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Grosset renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Grosset, avocate de Mme D, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Denizot, premier conseiller,

- Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 août 2022.

Le rapporteur,

A. BLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. LepageLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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