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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101445

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101445

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mai et 14 décembre 2021, Me Patrick Maroccou, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée (SAS) SKTB Aluminium, représenté par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision portant la date du 17 mars 2020, notifiée le 19 mars 2021, par laquelle le directeur général de l'établissement public foncier de Grand Est (EPFGE) a décidé de préempter les biens situés lieux-dits La Métallurgie et Rue des Usines à Gorcy, comprenant plusieurs parcelles de terrain nu et un bâtiment industriel sur les parcelles cadastrées section AE nos 105, 108, 126, 143, 144 et 146 d'une contenance de 2 ha 01 a 75 ca au prix de 1 euro à l'état libre de toute occupation ;

2°) de mettre à la charge de l'EPFGE une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le directeur général de l'EPFGE n'était pas compétent pour exercer le droit de préemption ;

- la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'à la date de saisine de France Domaine, le 2 février 2021, l'EPFGE n'était pas titulaire du droit de préemption ;

- l'EPFGE ne démontre pas le caractère exécutoire de la décision contestée, dès lors qu'il ne justifie par l'avoir transmise au représentant de l'Etat avant l'expiration du délai qui lui était imparti pour exercer le droit de préemption ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ni la réalité, ni la faisabilité du projet ne sont établies ;

- elle est fondée sur la délibération du conseil municipal de la commune de Gorcy en date du 23 octobre 2020, qui est elle-même illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2021 et le 8 février 2022, l'établissement public foncier de Grand Est, représenté par Me Lang, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la commune de Gorcy qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de Me Ambrosi, représentant Me Maroccou,

- et les observations de Me Lang, représentant l'EPFGE.

Connaissance prise des notes en délibéré, enregistrées les 7 et 8 juin 2023, présentées, respectivement, par l'EPFGE et par Me Maroccou,

Considérant ce qui suit :

1. La SAS SKTB Aluminium est propriétaire de terrains et d'un bâtiment industriel situés sur les parcelles cadastrées section AE nos 105, 108, 126, 143, 144 et 146, situés lieux-dits La Métallurgie et Rue des Usines à Gorcy. Par un jugement du 17 mai 2018, le tribunal de commerce de Val-de-Briey a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l'encontre de la SAS SKTB Aluminium. Par un jugement du 18 avril 2019, ce tribunal a converti la procédure de redressement en procédure de liquidation judiciaire et a désigné Me Maroccou en qualité de liquidateur judiciaire. Par une ordonnance du 23 mars 2020, le juge commissaire du tribunal de commerce de Val-de-Briey a autorisé Me Maroccou à céder à la SAS Loiret Affinage les immeubles ainsi qu'une installation industrielle de fusion d'aluminium pour un montant total de 625 000 euros. Par une décision du 17 mars 2021, par erreur matérielle datée du 17 mars 2020, le directeur général de l'EPFGE a décidé d'exercer le droit de préemption sur les terrains et le bâtiment industriel situés sur les parcelles cadastrées section AE nos 105, 108, 126, 143, 144 et 146 d'une contenance de 2 ha 01 a 75 ca au prix de 1 euro à l'état libre de toute occupation. Par la requête susvisée, Me Maroccou, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée (SAS) SKTB Aluminium, demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien () ". Les décisions individuelles par lesquelles un établissement public délégataire exerce, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme, le droit de préemption au nom d'une commune, ne peuvent être compétemment prises par cet établissement avant l'entrée en vigueur de l'acte réglementaire lui déléguant l'exercice du droit de préemption.

3. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. / () / Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte () ".

4. Par une délibération du 5 mars 2021, le conseil municipal de la commune de Gorcy a donné délégation au maire pour exercer le droit de préemption urbain pour la durée de son mandat. Par un arrêté du 8 mars 2021, le maire de la commune de Gorcy a délégué à l'EPFGE l'exercice du droit de préemption sur l'ensemble du périmètre défini par la convention foncière portant sur la requalification du site industriel SKTB Aluminium, conclue entre la commune, l'EPFGE et la communauté d'agglomération de Longwy. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération du 5 mars 2021 portant délégation du droit de préemption urbain au maire de la commune de Gorcy aurait fait l'objet d'une publication ou d'un affichage à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. De même, si l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le maire a délégué ce droit de préemption à l'EPFGE prévoit en son article 3 qu'il " fera l'objet d'un affichage au lieu habituel des actes de la commune ", il ne ressort pas des pièces du dossier que cet acte aurait fait l'objet d'un tel affichage ou d'une publication à la date d'édiction de l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, le caractère exécutoire de la délibération du 5 mars 2021 et de l'arrêté du 8 mars 2021 n'est pas établi à la date de la décision du 17 mars 2021 par laquelle le directeur général de l'EPFGE a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les biens, propriété de la SAS SKTB Aluminium. Par suite, Me Maroccou est fondé à soutenir que cette décision a été prise par une autorité incompétente.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible d'entraîner, en l'état du dossier soumis au tribunal, l'annulation de la décision contestée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 17 mars 2021 par laquelle le directeur général de l'EPFGE a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les parcelles en litige doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Me Maroccou, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EPFGE demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'EPFGE une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Me Maroccou et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général de l'EPFGE en date du 17 mars 2021 est annulée.

Article 2 : L'EPFGE versera à Me Maroccou une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par l'EPFGE sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Me Patrick Maroccou, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée SKTB Aluminium, à l'établissement public foncier de Grand Est et à la commune de Gorcy.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

R. Gottlieb Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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