jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 7 juin 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Nancy la requête de M. B, enregistrée le 3 mai 2021, sous le n° 2103157.
Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, sous le n°2101686, M. A B, représenté par Me Barbosa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Strasbourg Grand Est a refusé sa demande de parloir ;
2°) d'autoriser les parloirs avec sa compagne ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Barbosa, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Barbosa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient qu'en rejetant sa demande de parloir avec sa compagne, le directeur interrégional a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect et au maintien de sa vie privée et familiale, au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 28 octobre 2022, le tribunal a demandé à M. B de produire la décision par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville a refusé de faire droit à sa demande de parloir interne.
M. B a présenté des observations sur cette mesure d'instruction, le 9 novembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est incarcéré au sein du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville. Par une décision du 9 février 2021, le directeur de l'établissement a refusé sa demande tendant à bénéficier de parloirs internes avec sa compagne, celle-ci étant également incarcérée au sein de l'établissement. Par un courrier du 15 mars 2021, M. B a contesté cette décision auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires Strasbourg Grand Est. Par une décision du 24 mars 2021, son recours administratif a été rejeté. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du directeur du centre pénitentiaire ainsi que celle du directeur interrégional des services pénitentiaires rejetant son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 35 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce soit par les visites que ceux-ci leur rendent, soit, pour les condamnés et si leur situation pénale l'autorise, par les permissions de sortir des établissements pénitentiaires. Les prévenus peuvent être visités par les membres de leur famille ou d'autres personnes, au moins trois fois par semaine, et les condamnés au moins une fois par semaine. / L'autorité administrative ne peut refuser de délivrer un permis de visite aux membres de la famille d'un condamné, suspendre ou retirer ce permis que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. () ". Aux termes de l'article R. 57-8-10 du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Pour les personnes condamnées, incarcérées en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité à recevoir des personnes détenues, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire. () ". Aux termes de l'article D. 403 du même code : " Le permis délivré en application des articles R. 57-8-8 et R. 57-8-10 est soit permanent, soit valable pour un nombre limité de visites. / Il précise, le cas échéant, les modalités particulières prévues pour son application, notamment en ce qui concerne le lieu et l'heure de la visite. / Pour des motifs de bon ordre, de sécurité et de prévention des infractions, et spécialement en cas de crime ou de délit relevant de l'article 132-80 du code pénal, le permis de visite peut être refusé à la personne victime de l'infraction pour laquelle la personne prévenue ou condamnée est incarcérée, y compris si la victime est membre de la famille du détenu. () ".
3. Les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches, elles sont susceptibles de porter atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées à assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours du mois de mai 2018, M. B a été retrouvé en possession de produits stupéfiants donnés par sa compagne lors d'un parloir. En outre, le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel à une peine de deux mois d'emprisonnement, le 13 septembre 2019, pour des faits de violences commis sur celle-ci le 13 février 2017. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B a pu bénéficier de très nombreux parloirs avec sa compagne depuis cette date sans qu'aucun incident n'ait été signalé. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a un comportement exemplaire en détention, où il travaille depuis le mois de septembre 2017 et qu'il suit des activités sportives et socioculturelles, des formations professionnelles et des modules de sensibilisation aux violences. Dans ces conditions, eu égard au caractère relativement ancien des faits de violences commis sur sa compagne, à l'absence d'incident depuis mai 2018 et alors que le ministre de la justice n'établit pas la réalité et la nature des risques que la délivrance du permis de visite pourrait porter au maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement et ne soutient ni même n'allègue que M. B aurait commis une nouvelle infraction, ce dernier est fondé à soutenir que le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville a fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant d'accorder des parloirs internes avec la compagne de l'intéressé.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 février 2021 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville a refusé d'autoriser les parloirs avec sa compagne ainsi que la décision du 24 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Strasbourg Grand Est a rejeté son recours contre cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Sous réserve d'un changement de circonstance de fait ou de droit, il y a lieu d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de délivrer un permis à M. B lui permettant de recevoir la visite de sa compagne.
Sur les frais de l'instance :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Barbosa, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Barbosa de la somme de 1 500 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 9 février 2021 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville a refusé d'autoriser à M. B les parloirs avec sa compagne ainsi que la décision du 24 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Strasbourg Grand Est a rejeté son recours contre cette décision sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville de délivrer un permis à M. B lui permettant de recevoir la visite de sa compagne dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L'Etat versera à Me Barbosa une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Barbosa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Barbose et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville et au directeur interrégional des services pénitentiaires Strasbourg Grand Est.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, première conseillère,
- Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 mars 2023.
La rapporteure,
L. C
Le président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101686
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026