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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101968

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101968

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantLOCTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 22 septembre 2022, la commune de Saint-Mard, représentée par Me Loctin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle publié au Journal officiel de la République française le 7 mai 2021 en tant qu'il refuse la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la commune ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 20 avril 2021 est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté du 20 avril 2021 est entaché d'irrégularité à défaut d'avoir été publié dans le délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances ;

- l'arrêté du 20 avril 2021 et le courrier de notification du 12 mai 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle sont entachés d'une insuffisance de motivation ;

- l'arrêté du 20 avril 2021 a été pris à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la preuve que la commission interministérielle instituée par la circulaire du 27 mars 1984 s'est bien réunie n'est pas apportée ; qu'en tout état de cause, à supposer même qu'elle se soit réunie, sa composition était irrégulière ;

- faute de reposer sur des données météorologiques réelles, puisqu'il se fonde sur des modélisations numériques comportant une marge d'erreur importante, l'arrêté contesté est entaché d'une erreur dans la matérialité des faits, d'une erreur de qualification juridique, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté contesté sera annulé dès lors, d'une part, qu'il applique un critère de " durée de retour supérieure ou égale à 25 ans ", ce qui est manifestement restrictif et au surplus en contradiction avec les termes de la circulaire du ministère de l'intérieur du 10 mai 2019, d'autre part, qu'aucune compensation entre les critères géotechnique et météorologique n'est prévue lorsque l'un des deux critères est très largement acquis comme en l'espèce ;

- l'arrêté du 20 avril 2021 sera annulé dès lors que l'Etat l'a induite en erreur en lui indiquant de mentionner pour période de référence dans le dossier de demande " du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020 ", alors que toutes les communes qui ont suivi ces indications ont vu leur demande de reconnaissance rejetée ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit et du vice d'incompétence dès lors que ses auteurs se sont abstenus de porter une appréciation sur la demande de reconnaissance ;

- à supposer même qu'une appréciation ait été portée par les auteurs de l'arrêté sur la demande de reconnaissance, cette appréciation est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Saint-Mard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la commune requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- le code des assurances ;

- l'ordonnance n° 2020-1507 du 2 décembre 2020 adaptant le droit applicable au fonctionnement des établissements publics et des instances collégiales administratives pendant l'état d'urgence sanitaire ;

- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;

- le décret n° 2014-1627 du 26 décembre 2014 relatif aux modalités d'organisation des délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial ;

- la circulaire n° 84-90 du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophe naturelle ;

- la circulaire du 10 mai 2019 portant révision des critères permettant de caractériser l'intensité des épisodes de sécheresse-réhydratation des sols à l'origine des mouvements de terrain différentiels ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Loctin représentant la commune de Saint-Mard.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 avril 2021, publié au Journal officiel de la République française du 7 mai 2021, le ministre de l'intérieur, le ministre de l'économie, des finances et de la relance et le ministre délégué auprès de ce dernier, chargé des comptes publics, ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrains différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols durant l'année 2020, au nombre desquelles ne figure pas la commune de Saint-Mard. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par lettre du 12 mai 2021, notifié à cette commune les motifs du rejet de sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. La commune de Saint-Mard demande au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 20 avril 2021, en tant qu'il a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile / () ".

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté du 20 avril 2021 :

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances que, compte tenu de l'objet qui s'attache à la constatation de l'état de catastrophe naturelle et des conséquences qu'emporte une telle constatation, le législateur a entendu confier à la fois au ministre chargé de la tutelle des assurances et à celui chargé de la sécurité civile la compétence pour prendre cet arrêté.

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale () les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; / 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs () / Cette délégation s'exerce sous l'autorité du ou des ministres et secrétaires d'Etat dont relèvent les agents, ainsi que, le cas échéant, de leur supérieur hiérarchique immédiat. / Le changement de ministre ou de secrétaire d'Etat ne met pas fin à cette délégation () ".

5. L'arrêté attaqué du 20 avril 2021 a été signé, au nom du ministre de l'intérieur, par M. A F, nommé directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises à compter du 26 août 2019 par un décret du Président de la République du 17 juillet 2019, publié au Journal officiel de la République française le lendemain, au nom du ministre de l'économie, des finances et de la relance, par M. D C, nommé sous-directeur des assurances au sein du service du financement de l'économie de la direction générale du Trésor par arrêté du 21 décembre 2017, publié au Journal officiel de la République française le lendemain, et renouvelé dans cet emploi par un arrêté du 23 novembre 2020 publié au Journal officiel de la République française le 25 novembre, et au nom du ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics, par M. E B, nommé à compter du 1er octobre 2020 sous-directeur, chargé de la cinquième sous-direction de la direction du budget, par un arrêté du 22 septembre 2020, publié au Journal officiel de la République française le 24 septembre suivant. Il résulte, respectivement, de l'arrêté du 6 avril 2021 portant organisation interne de la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, de l'arrêté du 18 décembre 2019 portant organisation de la direction générale du Trésor et de l'arrêté du 18 décembre 2019 portant organisation de la direction du budget, que la procédure de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle relève des affaires placées sous leur autorité. Dès lors, les signataires de l'arrêté attaqué bénéficiaient, en application des dispositions précitées des 1° ou 2° de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, d'une délégation de signature de chacun des ministres intéressés. Par suite, la commune requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué du 20 avril 2021 serait entaché d'incompétence.

6. En deuxième lieu, les dispositions précédemment citées de l'article L. 125-1 du code des assurances n'ont ni pour objet ni pour effet de prévoir à peine d'irrégularité de la décision la publication au Journal officiel de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dans le délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. Par ailleurs, l'expiration du délai imparti par un texte à l'autorité administrative pour statuer sur une demande ne dessaisit pas cette autorité, qui demeure tenue de statuer sur la demande. Par suite, la circonstance alléguée que l'arrêté interministériel du 20 avril 2021 a été publié au Journal officiel de la République française le 7 mai 2021, soit plus de trois mois après le dépôt du dossier de demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de la commune de Saint-Mard, est sans incidence sur la régularité de cet arrêté.

7. En troisième lieu, si les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances citées au point 2 exigent que la décision des ministres, assortie de sa motivation, soit, postérieurement à la publication de l'arrêté, notifiée par le représentant de l'État dans le département à chaque commune concernée, elles ne sauraient être interprétées comme imposant une motivation en la forme de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle qui serait une condition de légalité de ce dernier. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 20 avril 2021 et du courrier de notification du 12 mai 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle doit être écarté comme inopérant au soutien des conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté litigieux.

8. En dernier lieu, l'arrêté litigieux vise les avis rendus le 13 avril 2021 par la commission interministérielle instituée par la circulaire n° 84-90 du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophe naturelle. Cette circulaire prévoit que la commission, dont la mission est d'éclairer les ministres compétents sur l'application à chaque commune des méthodologies et paramètres scientifiques permettant de caractériser les phénomènes naturels en cause, est composée d'un représentant du ministère de l'intérieur, appartenant à la direction de la sécurité civile, d'un représentant du ministère de l'économie et des finances, appartenant à la direction des assurances et d'un représentant du secrétariat d'État chargé du budget, appartenant à la direction du budget et précise que le secrétariat de la commission est assuré par la Caisse centrale de réassurance. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

9. D'une part, si la commune requérante soutient que la réalité de la réunion de la commission interministérielle n'est pas établie, elle n'apporte pas d'élément tangible permettant de remettre en cause les mentions de l'arrêté du 20 avril 2021, les avis émis par la commission concernant les communes du département de Meurthe-et-Moselle, que le ministre de l'intérieur a produit en défense, ainsi que la feuille d'émargement également produite en défense. A cet égard, la commune n'est pas fondée à soutenir que la circonstance que les signatures des personnes présentes à la réunion du 13 avril 2021 aient été " scannées et copiées/collées " sur la feuille d'émargement retirerait toute valeur probante à ce document dès lors qu'à la date à laquelle la réunion s'est tenue, compte tenu du contexte sanitaire, elle était régie par les dispositions de l'ordonnance du 2 décembre 2020 qui autorisait notamment les commissions administratives à procéder à des délibérations à distance. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été édicté sans que la commission interministérielle instituée par la circulaire du 27 mars 1984 soit préalablement réunie doit être écarté comme manquant en fait. Il en est de même, eu égard au contenu des avis émis par la commission interministérielle, du moyen tiré de ce qu'il ne serait pas établi, à défaut de production d'un ordre du jour, que la situation de la commune requérante a bien été examinée lors de cette réunion.

10. D'autre part, la commune soutient qu'en tout état de cause la composition de la commission, telle qu'elle résulte de la feuille d'émargement, était irrégulière. Si la commune soutient tout d'abord qu'aucun représentant de la direction générale du Trésor, dont relève la direction des assurances, n'était présent, cette circonstance, qui n'affecte pas le respect du quorum dès lors qu'il est constant que des représentants du ministère de l'intérieur et du ministère de l'action et des comptes publics étaient présents, n'entache pas d'irrégularité la réunion de la commission interministérielle. Par ailleurs, la circonstance que moins de la moitié des personnes mentionnées sur la feuille d'émargement l'ont signées est, contrairement à ce que soutient la commune, sans incidence sur le respect du quorum dès lors qu'un même ministère ou service est susceptible d'être représenté par plusieurs personnes. Si la commune requérante soutient ensuite que des personnes présentes n'auraient pas dû être convoquées, notamment des représentants de la Caisse centrale de réassurance, cette circonstance, eu égard à la mission confiée à la commission qui est, ainsi qu'il a été dit précédemment, d'éclairer les ministres compétents sur l'application à chaque commune des méthodologies et paramètres scientifiques permettant de caractériser les phénomènes naturels en cause, n'a pas privé la commune d'une garantie et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette circonstance a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Enfin, si la commune soutient que des personnes devant être convoquées ne l'ont pas été, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une vérification d'écritures, qu'il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté en litige.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté du 20 avril 2021 :

12. Il résulte des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utiles de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.

13. Il ressort des pièces du dossier que, pour instruire les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur deux critères cumulatifs, l'un géotechnique, élaboré à partir des données techniques et des études cartographiques établies par le bureau de recherches géologiques et minières, et l'autre météorologique, établi à partir des données météorologiques et hydrologiques collectées et modélisées par Météo France. Selon cette nouvelle méthode, exposée par la circulaire du ministre de l'intérieur n° INTE1911312C du 10 mai 2019 susvisée, le critère géologique est rempli lorsqu'au moins 3 % du territoire communal est composé de sols sensibles au phénomène de sécheresse-réhydratation des sols. S'agissant du critère météorologique, il consiste à analyser, à partir des données hydrométéorologiques collectées et modélisées par Météo France, la teneur en eau des sols et ainsi établir un indice d'humidité des sols, appelé " Soil Wetness Index " (SWI), visant à évaluer la réserve en eau d'un sol à un niveau superficiel (deux mètres de profondeur) par rapport à sa réserve optimale. Météo France détermine le SWI en ayant recours à une méthode reposant sur la modélisation numérique. Ce modèle hydrométéorologique, dénommé " Safran/Isba/Modcou " (SIM), combine à la fois des observations météorologiques, dont les précipitations mesurées à partir des 3 189 points de mesures pluviométriques sur le territoire de la France, et des outils de modélisation permettant de prendre en compte différents phénomènes climatiques et processus physiques, parmi lesquels les échanges entre le sol et l'atmosphère (évaporation des eaux et transpiration des végétaux), l'infiltration, le ruissèlement, le drainage et les débits des cours d'eau. L'indice d'humidité des sols superficiels est établi par mailles géographiques. Chaque maille géographique numérotée recouvre une zone de soixante-quatre kilomètres carrés, correspondant au découpage du territoire de la France métropolitaine en carrés de huit kilomètres carrés de côté, soit un total de 8 981 mailles géographiques, le territoire d'une commune pouvant être couvert par plusieurs mailles. L'indice d'humidité des sols superficiels est ainsi établi de manière journalière puis mensuelle sur chacune des mailles géographiques couvrant le territoire de la France métropolitaine avec un découpage par saisons. Chaque indicateur mensuel est calculé en s'appuyant sur la moyenne des indices journaliers d'humidité des sols superficiels du mois concerné et des deux mois qui le précèdent. Si l'indice est proche de 1, le sol est considéré comme saturé d'eau tandis qu'une valeur d'indice proche de 0 révèle un sol très sec. Ces indicateurs établis mensuellement sont comparés à ceux du même mois des cinquante dernières années afin de déterminer la durée de retour. Si cette durée atteint 25 ans, dans une maille et pour un mois, la sécheresse est regardée comme présentant une intensité anormale sur l'ensemble du trimestre saisonnier.

14. Il ressort des pièces du dossier que la demande de reconnaissance présentée par la commune de Saint-Mard, dont le territoire est compris dans les mailles n°s 1963 et 2086, a été rejetée au motif qu'elle ne remplit pas les critères rappelés au point précédent qui permettent de caractériser un état de catastrophe naturelle. Il ressort en effet de la fiche de notification annexée au courrier du préfet de Meurthe-et-Moselle du 12 mai 2021 que si la commune satisfaisait au critère géologique, le critère météorologique n'était pas quant à lui rempli puisque la durée de retour la plus haute pour cette commune était de 16 ans, c'est-à-dire en-dessous du seuil de 25 ans.

15. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les méthodologies et paramètres énoncés au point 13 et mis en œuvre par l'autorité administrative apparaissent appropriés pour caractériser l'intensité des phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols et leur localisation et permettre ainsi à l'autorité administrative, ainsi qu'il lui incombe de le faire, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. La commune requérante n'est par suite pas fondée à soutenir qu'à défaut de reposer sur des " données météorologiques réelles " l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur dans la matérialité des faits, d'une erreur de qualification juridique, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

16. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la commune requérante, en retenant une durée de retour de 25 ans, l'autorité administrative a défini un critère pertinent pour apprécier l'anormalité de l'intensité de la sécheresse constatée au titre d'un mois donné. Ce critère, qui n'est ni subjectif ou arbitraire, ni restrictif, ne méconnaît pas, par suite, les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances. Si la commune soutient également que cette durée de 25 ans serait en contradiction avec la circulaire du 10 mai 2019 qui prévoit une durée de retour de 50 ans, ce moyen manque en fait, la circulaire en cause indiquant en page 3 qu'une durée de retour supérieure ou égale à 25 ans est retenue comme seuil unique pour qualifier une sécheresse géotechnique d'anormale, les points 2.5 et 2.6 de l'annexe 3 de cette circulaire précisant que l'autorité administrative doit comparer l'indicateur d'humidité des sols superficiel établi pour un mois donné avec les indicateurs établis pour ce même mois au cours des cinquante dernières années et que l'intensité d'un épisode de sécheresse est anormale dès lors que l'indicateur d'humidité des sols présente une durée de retour supérieure ou égale à 25 ans.

17. En troisième lieu, il ressort de ce qui a été dit précédemment que si le critère géotechnique relatif à la présence d'argiles sensibles au phénomène de retrait/gonflement est une condition de la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, il n'en demeure pas moins qu'il ne permet pas à lui seul de caractériser l'intensité d'un épisode de sécheresse/réhydratation des sols, laquelle résulte principalement de l'appréciation du critère météorologique précédemment rappelé. Dans ces conditions, la commune requérante n'est pas fondée à soutenir que l'absence de mise en œuvre par l'autorité administrative d'une pondération entre ces deux critères conduirait à l'application de critères arbitraires et entacherait, par suite, d'illégalité l'arrêté litigieux.

18. En quatrième lieu, la commune requérante soutient que le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a induite en erreur en lui demandant de mentionner pour période de référence la période du " 1er janvier au 31 décembre 2020 " dans son dossier de demande, alors que les communes qui ont mentionné une autre période de référence ont obtenu une réponse favorable. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de la grille d'analyse des données techniques du département de Meurthe-et-Moselle produite par le ministre de l'intérieur en défense, que l'ensemble des communes du département ont souscrit une demande de reconnaissance au titre de la période correspondant à l'année 2020. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, le bien fondé des demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle est apprécié par trimestre saisonnier et est reconnu pour une saison et une maille données lorsque la durée de retour atteint 25 ans au moins pour un des mois du trimestre concerné. Les communes du département qui satisfaisaient au critère géologique et au critère météorologique ont ainsi obtenu la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre d'une saison ou éventuellement deux saisons, sans que la circonstance qu'elles avaient mentionné dans leur demande la période de référence du " 1er janvier au 31 décembre 2020 " y ait fait obstacle. Le moyen de la commune doit, par suite, être écarté.

19. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas porté une appréciation particulière sur la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle présentée par la commune de Saint-Mard et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant liée par les données techniques propres à la commune.

20. En dernier lieu, la circonstance que l'état de calamité agricole ait été reconnu dans le département de Meurthe-et-Moselle pour les dommages causés par la sécheresse de 2020 est sans incidence sur le bien-fondé de l'appréciation portée par l'autorité administrative sur le fondement de l'article L. 125-1 du code des assurances. Si la commune soutient également que les communes de Vaudigny et Gripport, qui sont à proximité immédiate, ont été reconnues en état de catastrophe naturelle, cette circonstance ne saurait entacher d'une erreur d'appréciation l'arrêté litigieux dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ces communes ont obtenu une réponse favorable en raison de leur rattachement à d'autres mailles que les mailles n° 1963 et 2086 sur lesquelles est située la commune de Saint-Mard. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés, sans que la commune puisse utilement critiquer à cet égard la motivation du courrier de notification du 12 mai 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la commune de Saint-Mard doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Saint-Mard demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par le ministre de l'intérieur sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Saint-Mard est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Mard, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

B. Coudert

L'assesseure la plus ancienne,

G. Grandjean

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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