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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102212

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102212

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantBOYE-NICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Boye-Nicolas, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle ne lui a accordé qu'un " permis probatoire " depuis 2005 ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui accorder un permis de conduire " définitif " ;

3°) de condamner la Matmut à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis.

Il soutient qu'il risque de perdre son emploi, ce qui aurait des conséquences désastreuses sur sa vie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 28 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B conteste les décisions ayant restreint la durée de la validité de son permis de conduire depuis 2005, date à laquelle il a fait l'objet d'une première mesure de suspension de la validité de ce permis de conduire après avoir été contrôlé en train de conduire sous l'empire de l'état alcoolique. Il demande la délivrance d'un permis de conduire " définitif " ainsi que l'indemnisation des préjudices résultant du caractère " provisoire " de son permis de conduire depuis 2005.

2. Aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; () ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " I.-Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende ". Aux termes de l'article R. 221-12 : " La validité d'une ou plusieurs catégories du permis peut être limitée dans sa durée, si lors de la délivrance ou de son renouvellement, il est constaté que le candidat est atteint d'une affection compatible avec l'obtention du permis de conduire mais susceptible de s'aggraver ". Aux termes de l'article R. 221-10 : " I.-Les catégories A1, A2, A, B1, B et BE du permis de conduire sont délivrées sans visite médicale préalable sauf dans les cas où cette visite est rendue obligatoire par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière pris en application de l'article R. 226-1 () ". Aux termes de l'article R. 226-1 : " Le contrôle médical de l'aptitude à la conduite consiste en une évaluation de l'aptitude physique, cognitive et sensorielle du candidat au permis de conduire ou du titulaire du permis : () 2° Atteint d'une affection médicale incompatible avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée, figurant sur une liste fixée par arrêté conjoint des ministres chargés de la sécurité routière et de la santé ; () ". L'arrêté du 21 décembre 2005, aujourd'hui repris dans l'arrêté du 28 mars 2022, fixe notamment la liste des affections susceptibles de donner lieu à la délivrance d'un permis de conduire de durée de validité limitée, laquelle ne peut être inférieure à six mois et excéder cinq ans. Cet arrêté mentionne dans cette liste les pratiques addictives au nombre desquelles les troubles de l'usage de l'alcool. Les médecins chargés du contrôle médical sont tenus au secret médical dans les conditions rappelées au premier alinéa de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique relatifs aux devoirs des médecins exerçant la médecine de contrôle, au terme duquel : " Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels et établissements de santé, qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. / Elle peut accéder à ces informations directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'elle désigne et en obtenir communication, dans des conditions définies par voie réglementaire au plus tard dans les huit jours suivant sa demande et au plus tôt après qu'un délai de réflexion de quarante-huit heures aura été observé () ".

4. La décision par laquelle le préfet suspend ou annule un permis de conduire, ou restreint sa validité, au motif que son titulaire est atteint d'une affection médicale incompatible avec la conduite d'un véhicule présente le caractère d'une mesure de police et doit, en tant que telle, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Si le préfet ne peut que se référer, dans sa décision, pour en assurer la motivation, à l'avis qui lui a été communiqué par les médecins chargés du contrôle médical, lequel, conformément aux dispositions précitées de R. 4127-104 du code de la santé publique, se borne à indiquer que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite d'un véhicule, il incombe aux médecins, afin d'assurer le respect des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, d'informer le titulaire des motifs médicaux sur lesquels ils se sont fondés au regard des dispositions de l'arrêté du 28 mars 2022 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire. La signature de l'intéressé sur l'avis d'inaptitude, sous une mention selon laquelle il reconnaît avoir été informé verbalement des motifs médicaux retenus, permet ainsi de vérifier le respect de cette obligation. Il est, par ailleurs, loisible au titulaire du permis de demander communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents conservés par les médecins relatifs à son état de santé.

5. En l'espèce, d'une part, il n'est pas contesté que M. B a bénéficié, depuis 2005, d'un permis de conduire dont la validité était limitée dans le temps, après contrôle médical de son aptitude à la conduite. M. B, qui indique s'être soumis à des tests médicaux, ne conteste pas s'être vu remettre, à l'issue de ces visites de contrôle, les avis médicaux correspondants, lesquels doivent, ainsi qu'il vient d'être dit, comporter la signature de l'intéressé et l'indication selon laquelle il a pris connaissance des motifs médicaux ayant entraîné l'avis. Alors qu'il ressort des éléments transmis, et notamment des différents échanges entre le conseil de M. B et la préfecture, qu'il a été indiqué à plusieurs reprises à l'intéressé que la limitation de la durée de la validité de son permis de conduire était justifiée par des raisons médicales et faisait suite à une infraction liée à l'alcool, M. B ne fait valoir aucun élément de nature à démontrer l'inexactitude de l'appréciation ainsi portée sur son aptitude à la conduite. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. B a commis une nouvelle infraction liée à la consommation d'alcool en février 2020 qui a donné lieu à la suspension de son permis de conduire et à un avis d'inaptitude à la conduite. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait dû bénéficier d'un permis de conduire sans limitation de durée ni que les périodes pendant lesquelles il a bénéficié d'un permis de conduire à validité limitée dans le temps lui ont causé un préjudice dont il pourrait obtenir la réparation.

6. D'autre part, M. B ne demande que l'annulation des décisions prises depuis 2005 et l'indemnisation des préjudices en résultant. S'il demande également qu'il soit fait droit à sa demande " au regard des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ", il n'établit pas avoir demandé la communication des éléments médicaux conservés par les médecins ayant procédé au contrôle médical de son aptitude à la conduite.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La magistrate désignée,

J. C

La greffière,

A. Mathieu La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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