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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102479

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102479

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août 2021 et 29 juin 2022, M. B C, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 29 juillet 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas renversé la présomption d'authenticité de ses actes d'état civil ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 8 octobre 2021.

Par une ordonnance en date du 9 juin 2022, la clôture a été fixée au 29 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Jeannot substituant Me Chaïb, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, né le 20 avril 2003, a déclaré être entré irrégulièrement en France au cours du mois de juin 2019. Par une ordonnance du 20 août 2019, il a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle. Le 19 janvier 2021, il a présenté une demande de titre de séjour auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle. Par une décision du 24 août 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Pour refuser le séjour en France à M. C, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est notamment fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de son état civil ni de sa nationalité, se fondant sur un rapport d'examen technique documentaire de la police aux frontières en date du 18 février 2021. Ce rapport relève s'agissant du jugement supplétif n°1136 du 7 juin 2019 que les informations concernant les parents sont incomplètes en méconnaissance des articles 160 et 165 du code civil guinéen, que le document cite à tort l'article 193 du code civil guinéen au lieu de l'article 158 applicable à la date du jugement supplétif et que la légalisation est irrégulière puisqu'elle cite la signature du greffier en chef au lieu de celle du président. S'agissant de l'extrait du registre de l'état civil n°909 en date du 19 juin 2019, que des informations sont manquantes. S'agissant du certificat de nationalité n°525 du 21 août 2020 que les informations relatives aux conditions d'obtention de la nationalité guinéenne ne sont pas indiquées dans le document cité en référence (extrait d'acte de naissance) et que les articles 56, 178 et 179 du code civil guinéen cités en référence, ne mentionnent pas la nationalité des parents, ni celle du titulaire et sont infondés. S'agissant de la carte d'identité consulaire du 1er octobre 2020, les pièces justificatives de référence présentent des irrégularités et il ne s'agit pas d'un passeport authentique, seul document reconnu par le droit international. Toutefois, la référence à l'article 193 du code civil guinéen sur le jugement supplétif n'est pas erronée puisque cet article, dans sa rédaction en vigueur à la date du jugement supplétif du 7 juin 2019, soit antérieurement à la nouvelle codification du code civil guinéen intervenue le 5 octobre 2019, date de sa publication au journal officiel de la République de Guinée, disposait alors que " Lorsque la naissance n'aura pas été déclarée dans le délai légal, l'officier de l'état civil ne pourra la relater sur ses registres qu'en vertu d'un jugement rendu par la juridiction compétente de la région dans laquelle est né l'enfant, et mention sommaire sera faite en marge à la naissance () ". Par ailleurs, il n'est pas établi que les articles 160 et 165 du code civil guinéen, qui visent les actes de naissance soient applicables au jugement supplétif. Aucune précision n'est apportée quant aux mentions qui seraient manquantes sur l'extrait du registre d'état civil. Si le préfet soutient que les articles 56, 178 et 179 du code civil guinéen ne peuvent produire leur effet dès lors que l'information relative aux conditions d'obtention de la nationalité guinéenne n'est pas énoncée dans l'extrait d'acte de naissance, il ne précise pas la disposition en vertu de laquelle cette information devrait être mentionnée dans ce document. Enfin, la seule circonstance que la légalisation serait irrégulière alors même que le jugement supplétif n'a pas été considéré contrefait, falsifié ou même douteux, au point de lui ôter la force probante que lui prête la présomption prévue à l'article 47 du code civil, ne suffit pas à renverser la présomption d'authenticité des actes d'état-civil.

4. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. C a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 20 août 2019, alors qu'il était âgé de seize ans. Il était inscrit au titre de l'année scolaire 2019/2020, soit depuis plus de six mois à la date de l'arrêté attaqué, au centre de formation des apprentis du bâtiment à Pont-à-Mousson pour y suivre une formation en CAP " maçon " et a conclu un contrat d'apprentissage avec la Sarl Bruno Machado qui atteste de sa motivation, sa rigueur et son attitude respectueuse. L'avis de la structure auprès de laquelle est accueilli M. C est favorable et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant représenterait une menace pour l'ordre public. Enfin, il n'est pas établi que le requérant aurait entretenu des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine de nature à faire obstacle à l'attribution d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le requérant étant âgé de plus de dix-huit ans à la date du présent jugement, l'exécution de ce dernier implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaïb, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaïb de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 29 juillet 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement un récépissé valant autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Chaïb, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 août 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102479

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