mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | REMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 septembre 2021 et le 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Remy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a ordonné le paiement d'une astreinte administrative journalière jusqu'à la remise en état d'une forêt défrichée sans autorisation sur la commune d'Aménoncourt et une amende administrative de 2 000 euros ;
2°) d'ordonner le remboursement de toute somme qui aura pu être versée en exécution de l'arrêté litigieux au titre tant de l'amende que de l'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que le délai qui lui a été imparti pour produire ses observations était insuffisant ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et au regard des dispositions du 4° du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement ;
- les montants de l'astreinte et de l'amende administratives ont été fixés sans tenir compte du principe de proportionnalité à la gravité des faits constatés, ni de la gravité du trouble causé à l'environnement en méconnaissance des dispositions du 4° du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement ;
- l'amende a été infligée au-delà du délai de trois ans à compter de la constatation des manquements en méconnaissance des dispositions du 4° du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement.
Par des mémoires en défense enregistrés les 30 septembre et 20 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre l'administration et le public ;
- le code de l'environnement ;
- le code forestier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- les observations de Me Remy, représentant M. B,
- et les observations de M. E, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, propriétaire de parcelles boisées sur le territoire de la commune d'Aménoncourt, a procédé au défrichement des parcelles cadastrées A 19 à A 26, en vue notamment d'y créer un plan d'eau qu'il a réalisé en 2004 et 2005 puis agrandi en 2009 et 2010. Bénéficiaire d'une décision tacite de non-opposition aux travaux relatifs au plan d'eau en date du 4 février 2019, il a néanmoins été reconnu coupable d'avoir défriché ces parcelles sans autorisation et condamné de ce chef par un jugement du 8 septembre 2014 du tribunal correctionnel de Nancy, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Nancy du 12 janvier 2017. Après cassation partielle de cet arrêt par une décision de la Cour de cassation du 20 mars 2018, la cour d'appel de Nancy a condamné M. B à une amende de 15 000 euros par un arrêt définitif en date du 11 juillet 2019. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a notifié à M. B un arrêté en date du 6 mai 2019 lui imposant de rétablir en nature de bois et forêt les parcelles défrichées avant le 1er avril 2020. Après avoir recueilli le 14 juin 2021 les observations de l'intéressé, le préfet de Meurthe-et-Moselle, constatant que M. B ne s'était pas conformé aux prescriptions de cet arrêté, a rendu redevable ce dernier, par un nouvel arrêté du 1er juillet 2021, d'une astreinte administrative d'un montant journalier de cinquante euros jusqu'au rétablissement en nature de bois et forêt des parcelles cadastrées A n° 19 à A n° 26 sur la commune d'Aménoncourt conformément à l'arrêté du 6 mai 2019 et lui a infligé une amende administrative d'un montant de 2 000 euros. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cet arrêté du 1er juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. C D, directeur départemental des territoires de Meurthe-et-Moselle. Par un arrêté du 6 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné à M. D délégation pour signer, parmi les décisions relevant notamment des sujets liés à l'environnement et, au sein de ceux-ci, ceux liés à la forêt, " tous documents ou actes de procédure nécessaires à la mise en œuvre de la procédure de police administrative, y compris les mises en demeure et les décisions portant sanctions administratives, notamment obligation de rétablissement de l'état et/ou d'exécution de travaux de reboisement ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement rendu applicable aux opérations de défrichements par l'article L. 341-10 du code forestier : " Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé ".
4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 4 juin 2021 notifié le 7 juin 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, d'une part, informé M. B de la sanction qu'il envisageait de prendre à son encontre en application de l'article L. 341-10 du code forestier et de ses motifs, et, d'autre part, précisé à l'intéressé qu'il pouvait formuler ses observations dans un délai de sept jours à compter de la notification de ce courrier. Eu égard à la portée de l'arrêté préfectoral en litige, qui faisait suite à l'arrêté du 6 mai 2019 imposant au requérant de rétablir en forêt les parcelles défrichées avant le 1er avril 2020, le délai qui lui était imparti par le préfet était suffisant pour lui permettre de présenter utilement ses observations, ce qu'il a du reste fait le 14 juin 2021, ses observations ayant été prises en compte par l'arrêté édicté le 1er juillet 2021. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie à son encontre serait irrégulière faute pour le préfet de lui avoir accordé un temps suffisant pour faire valoir ses observations.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre l'administration et le public : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; / () ".
6. En l'espèce, l'arrêté du 1er juillet 2021 vise les articles L. 341-3, L. 341-5, L. 341-8, L. 341-10 et R. 341-8 du code forestier ainsi que les articles L. 171-8 et R. 214-49 du code de l'environnement. Il vise également le procès-verbal de constatation de l'infraction en date du 6 novembre 2012, l'arrêté préfectoral du 6 mai 2019 imposant à M. B la remise en état au plus tard le 1er avril 2020 de la forêt défrichée, indique qu'à la date du 26 avril 2021, l'intéressé ne s'est pas mis en conformité avec les dispositions de l'arrêté du 6 mai 2019, enfin expose que le code forestier prévoit que le préfet fait application des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement à l'encontre d'un propriétaire qui n'a pas exécuté les obligations prévues par l'article L. 341-8 du code forestier dans le délai prescrit. Dans ces conditions, la décision du 1er juillet 2021 en litige comporte avec une précision suffisante l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, sans que le requérant puisse utilement soutenir à cet égard que cette décision aurait dû comporter, au-delà des éléments qui viennent d'être rappelés, une motivation propre aux montants de l'amende et de l'astreinte prononcées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. Aux termes de l'article L. 341-3 du code forestier : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation ". Aux termes de l'article L. 341-8 du même code : " L'autorité administrative compétente de l'État peut ordonner au propriétaire, ou à toute autre personne, condamné pour infraction aux dispositions de l'article L. 341-3 de rétablir les lieux en nature de bois et forêts dans le délai que fixe cette autorité. Ce délai ne peut excéder trois années ". Enfin, aux termes de l'article L. 341-10 de ce code : " L'article L. 171-8 du code de l'environnement est applicable au propriétaire qui n'a pas exécuté les obligations prévues aux articles () L. 341-8 () du présent code dans le délai prescrit par la décision administrative ".
8. Aux termes du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'État étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. () / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. / L'amende ne peut être prononcée au-delà d'un délai de trois ans à compter de la constatation des manquements () ".
9. En premier lieu, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 341-8 du code forestier, M. B s'est vu soumettre par un arrêté du 6 mai 2019 à l'obligation de remettre en état ses parcelles en nature de bois et forêts en raison du défrichement sans autorisation dont il s'est rendu coupable et pour lequel il a été condamné, en dernier lieu par un arrêt de la cour d'appel de Nancy du 11 juillet 2019, à une amende de 15 000 euros. Il est constant qu'à la date du 1er avril 2020 fixée par cet arrêté, M. B n'avait pas procédé au reboisement ainsi prescrit des parcelles illégalement défrichées. Ainsi, conformément aux dispositions précitées, le préfet disposait, à compter du constat du manquement de M. B aux obligations qui lui avaient été faites par la mise en demeure, d'un délai de trois ans pour prononcer à son encontre une amende. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle a légalement pu, par l'arrêté litigieux du 1er juillet 2021, infliger au requérant l'amende en litige, le délai de trois ans n'étant pas, contrairement à ce qui est soutenu, expiré. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché l'arrêté du 1er juillet 2021 doit être écarté.
10. En second lieu, il résulte des dispositions, citées au point 8 du présent jugement, de l'article L. 171-8 du code de l'environnement que la fixation du montant des astreintes et de l'amende doit être proportionnée à la gravité des manquements constatés et tient compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. En l'espèce, le manquement constaté tient au non-respect de l'injonction faite par le préfet le 6 mai 2019 de reboiser au plus tard le 1er avril 2020 plus de deux hectares et demi de forêt que M. B a illégalement défrichés entre 2005 et 2010 pour creuser un étang. Par ailleurs, M. B soutient que la présence d'espèces protégées ou rares dans sa propriété ferait obstacle au reboisement. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces espèces vivent toutes aux abords du plan d'eau ou dans la zone défrichée, ni, en l'absence d'avis des services de la police de l'eau, que M. B est tenu de solliciter préalablement aux travaux de reboisement, qu'il n'y aurait pas matière à régularisation et en tout état de cause dans des conditions compatibles avec la protection des espèces protégées présentes sur le site. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les montants de l'astreinte de 50 euros par jour et de l'amende de 2 000 euros seraient excessifs.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2021 pris par le préfet de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Ses conclusions tendant à ce que soit ordonné le remboursement de toute somme versée en exécution de cet arrêté doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au ministre de la transition écologique et solidaire.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et solidaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026