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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102836

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102836

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantZARROUK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2021, la société Dali Com, représentée par Me Zarrouk, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la somme de 14 480 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi de ressortissants étrangers non autorisés à travailler et séjourner en France ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée du vice d'incompétence de sa signataire, faute de délégation du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'erreurs manifestes d'appréciation dès lors qu'elle a découvert que le premier salarié ne lui permettait pas de travailler dans tous les domaines et qu'il ne faisait pas partie du personnel au moment du contrôle, tandis que le second salarié n'était pas sur le chantier et qu'étant de nationalité italienne, son recrutement n'était soumis à aucune autorisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Dali Com ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les conclusions de M. Pierre Bastian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 novembre 2019, les services de l'inspection du travail ont procédé au contrôle d'un chantier de déploiement et de raccordement de la fibre optique à Nancy. A l'occasion de ce contrôle, ils ont dressé un procès-verbal d'infraction à l'encontre de la société Dali Com pour avoir employé deux ressortissants tunisiens dépourvus de titres de séjour les autorisant à travailler et séjourner en France. Par une décision du 29 juillet 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la société requérante la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 480 euros. La société Dali Com demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 29 juillet 2021 est signée par Mme E C, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur de l'OFII. Par une décision du 19 décembre 2019 publiée sur le site internet de l'OFII, Mme E C a reçu délégation du directeur général de l'OFII à l'effet de signer, notamment, " l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciales et forfaitaires et aux créances salariales ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction. En l'espèce, la décision prise le 29 juillet 2021 par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mentionne les articles L. 8251-1, L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail, qui définissent le manquement et la sanction et déterminent son mode de calcul, et que la sanction, correspondant à 2 000 fois le taux horaire minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 du code du travail, était infligée en raison de l'emploi de deux salariés étrangers travaillant sans autorisation de travail et de séjour en France, et non déclarés. Au surplus, elle fait également état du procès-verbal établi à l'encontre de la société Dali Com le 19 novembre 2019, en précisant l'avoir invitée à présenter ses observations sur la mise en œuvre de l'article L. 8253-1. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. (). ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes des dispositions de l'article L. 8253-1 du même code, dans leur version en vigueur à compter du 1er janvier 2018 : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ".

5. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé. Le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire, ou en décharger l'employeur. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

6. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal établi le 19 novembre 2019 par l'inspection du travail, d'une part, que la présence de M. B D, ressortissant tunisien titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de " travailleur saisonnier " valable du 19 juin 2019 au 18 juin 2022, a été constatée sur un chantier de déploiement et de raccordement à la fibre optique sur la commune de Nancy. Si ce dernier a dans un premier temps déclaré travailler pour le compte d'une autre société et n'être présent sur le chantier que depuis la veille du contrôle administratif, des vérifications ultérieures ont permis d'établir que l'intéressé était employé par la société requérante, ce que la société requérante ne conteste plus. D'autre part, le registre du personnel de la société requérante produit durant l'enquête à l'inspection du travail atteste que M. A F, ressortissant tunisien, faisait partie du personnel de la société Dali Com. La circonstance que celui-ci n'ait pas été contrôlé sur le chantier est sans incidence sur la matérialité des faits sur lesquels la sanction administrative litigieuse a été prise. Il ressort par ailleurs du procès-verbal de l'audition pénale libre du gérant, le 12 février 2020, que celui-ci a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, et alors qu'elle n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause les affirmations contenues dans le procès-verbal d'audition, la société Dali Com n'est pas fondée à soutenir que la décision du 29 juillet 2021 est entachée d'erreurs quant à la matérialité des faits.

7. En dernier lieu, la société requérante ne peut utilement invoquer l'absence d'élément intentionnel du manquement qui lui était reproché ni, dès lors qu'elle ne soutenait pas avoir respecté les obligations de vérification de l'existence du titre de travail de l'étranger employé découlant de l'article L 5221-8 du code du travail, sa prétendue bonne foi. En l'espèce, dès lors que la société requérante soutient elle-même avoir, dès le 15 novembre 2019, après avoir découvert que la qualité de travailleur saisonnier de M. B D ne lui permettait pas de travailler sur le chantier où sa présence a été relevée, entrepris des démarches auprès de l'administration afin de régulariser la situation de M. B D, elle ne peut sérieusement justifier la présence de ce dernier sur le chantier le 19 novembre suivant. Elle ne peut davantage sérieusement soutenir avoir confondu la situation de celui-ci avec celle de son frère, également salarié de la société en situation régulière. En outre, la société Dali Com fait valoir que le recrutement de M. A F n'était soumis à aucune autorisation ou déclaration préalable dès lors qu'il a la nationalité italienne. Toutefois, la circonstance que M. A F soit titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes n'a ni pour objet, ni pour effet de lui donner la nationalité italienne. Dans ces conditions, l'administration n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail en mettant à sa charge la contribution en litige, d'un montant de 14 480 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Dali Com n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 juillet 2021 par laquelle l'OFII a mis à sa charge la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 480 euros.

Sur les frais du litige :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. L'Etat n'étant pas, dans le cadre de la présente instance, la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que demande la société Dali Com au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par suite, ses conclusions formulées sur ce fondement ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société Dali Com est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Dali Com et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience publique du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

A. BourjolLe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102836

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