jeudi 25 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021 et un mémoire non communiqué, enregistré le 29 juin 2022, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus de séjour née du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle pendant plus de quatre mois après sa majorité, ensemble les décisions des 13 septembre 2021 et 18 juin 2021 portant refus d'instruction et de délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision implicite de séjour :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable ;
En ce qui concerne les décisions des 18 juin 2021 et 13 septembre 2021 :
- l'auteur des décisions est incompétent ;
- les décisions sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- le préfet n'a pas renversé la présomption d'authenticité des actes d'état civil qu'il a présentés dès lors qu'il lui a déjà délivré un titre de séjour sur le fondement des actes d'état civil présentés ;
- dans le cadre d'une demande d'instruction d'un dossier, le préfet n'a pas le pouvoir de se prononcer sur la validité des pièces produites ;
- l'autorité de la chose jugée par le juge des enfants doit prévaloir ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il convient de substituer l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux articles R. 431-1 et 431-4 du même code comme base légale de la décision attaquée ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par courrier du 30 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation des décisions des 18 juin 2021 et 13 septembre 2021 en tant qu'elles portent refus de séjour, ces décisions étant inexistantes.
Un mémoire a été produit pour M. A, le 6 juillet 2022, postérieurement à la clôture. Ce mémoire n'a pas été communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 2 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durand, rapporteur ;
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 23 novembre 2001, a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle à compter du 23 mai 2018. Le 22 avril 2019, il a sollicité l'obtention d'un titre de séjour. Par courrier du 4 septembre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a demandé à l'intéressé de compléter sa demande en lui adressant tout document d'identité ou de nationalité valide. Le 28 octobre 2019, M. A a transmis à l'administration la copie d'une carte d'identité, d'une carte d'identité consulaire, d'un certificat de nationalité et d'un acte de naissance. L'intéressé a été convoqué en préfecture, le 7 avril 2021 pour remettre ces documents en vue d'une expertise. Par courrier du 18 juin 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a informé M. A, de ce que son dossier était irrecevable, les documents de l'état civil produits étant " irrecevables et/ou réguliers " et lui a demandé de compléter son dossier. Par courrier du 13 septembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a procédé au classement de la demande de M. A. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus de séjour née du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle pendant plus de quatre mois après sa majorité, ensemble les décisions des 13 septembre 2021 et 18 juin 2021 portant refus d'instruction et de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour née du silence gardé par l'administration :
2. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant guinéen né le 23 novembre 2001, a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle à compter du 23 mai 2018. Au cours de l'année scolaire 2018-2019, M. A était inscrit au centre de formation des apprentis, dans le cadre du dispositif d'insertion aux métiers de l'apprentissage (DIMA). S'il soutient avoir été inscrit, pour l'année 2021-2022 au sein du centre de formation des apprentis de Pont-à-Mousson, pour suivre une formation de certificat d'aptitude professionnelle " métiers du plâtre et isolation ", il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A justifiait suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait toutes les conditions de délivrance du titre de séjour prévu par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision de refus de séjour née du silence gardé par l'administration doivent en tout état de cause être rejetées.
En ce qui concerne les décisions des 18 juin 2021 et 13 septembre 2021 :
5. En premier lieu, les décisions des 18 juin 2021 et 13 septembre 2021 ont pour seul objet de statuer sur la recevabilité et l'enregistrement de la demande de séjour du requérant et ne se prononcent pas sur le bien-fondé de cette demande. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions en ce qu'elles statuent sur son droit au séjour sont irrecevables, en tant qu'elles sont dirigées contre des décisions inexistantes.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 4 septembre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a demandé à l'intéressé de compléter sa demande de séjour en lui adressant tout document d'identité ou de nationalité valide. En réponse, le 28 octobre 2019, M. A a transmis à l'administration la copie d'une carte d'identité, d'une carte d'identité consulaire, d'un certificat de nationalité et d'un acte de naissance. Pour refuser d'instruire la demande de séjour de M. A, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que les documents ainsi transmis étaient " irrecevables et/ou réguliers ". Par une telle motivation, qui ne précise nullement les raisons ayant conduit le préfet à regarder les actes litigieux comme irrecevables ou irréguliers, le préfet n'a pas mis l'intéressé à même de comprendre et de contester utilement les termes de la décision attaquée. Par suite, M. A est fondé à soutenir que les décisions en litiges sont insuffisamment motivées.
8. Il ressort de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulations des décisions des 18 juin 2021 et 13 septembre 2021 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :
9. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".
10. Le présent jugement, par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique cependant pas, eu égard au motif d'annulation ci-dessus énoncé, que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour doivent être rejetées. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de statuer à nouveau sur la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de remettre à M. A un récépissé de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du préfet de Meurthe-et-Moselle des 18 juin 2021 et 13 septembre 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi qu'un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
M. Boulangé, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026