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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103154

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103154

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantLOMBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2021, Mme B C, représentée par Me Buisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et a rejeté sa demande d'indemnisation ;

2°) de condamner la commune de Vandœuvre-lès-Nancy à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation de son préjudice moral et 564 euros à parfaire en réparation de son préjudice matériel ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la décision de refus de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des faits de harcèlement qu'elle a subis ;

- elle apporte des éléments suffisants pour démontrer qu'elle a été victime de faits de harcèlement moral depuis 2009 ;

- les agissements dont elle a été victime ont eu pour conséquence une nette dégradation de ses conditions de travail ;

- la responsabilité pour faute de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy est engagée en raison du harcèlement moral subi, d'une part, et du refus de protection fonctionnelle qui lui a été opposé, d'autre part ;

- son préjudice moral doit être réparé à hauteur de 50 000 euros et son préjudice matériel, tenant aux retenues sur salaire qui lui ont été appliquées, à hauteur de 564 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023, la commune de Vandœuvre-lès-Nancy, représentée par Me Lombard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Barbaut, substituant Me Lombard, représentant la commune de Vandœuvre-lès-Nancy.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe territoriale d'animation principale de 1ère classe est employée au service périscolaire de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy. Elle a sollicité les 12 janvier 2017 et 3 juin 2021 le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison de faits de harcèlement qu'elle déclarait subir de la part de plusieurs de ses collègues ou supérieurs hiérarchiques. Elle a également sollicité, par le courrier du 3 juin 2021, pour un montant de 50 000 euros, l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de ces actes de harcèlement et de la carence de la commune face à cette situation. La commune de Vandœuvre-lès-Nancy a expressément rejeté cette demande par un courrier en date du 24 juin 2021. Par la requête susvisée, Mme C demande l'annulation de cette décision du 24 juin 2021 et la condamnation de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy à réparer ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / () ". Aux termes du IV de l'article 11 de la même loi : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

3. Des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires et les agents publics non titulaires sont susceptibles d'être victimes à l'occasion de leurs fonctions.

4. Par ailleurs, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. En premier lieu, Mme C fait valoir qu'elle a subi les insultes d'une collègue, Mme F, à quatre reprises les 10 septembre et 9 novembre 2009, le 26 janvier 2010 puis le 17 novembre 2015. Si cette dernière a reconnu à l'occasion d'une réunion du 19 décembre 2009 organisée par le directeur général des services avoir prononcé des insultes au mois de septembre précédent, les affirmations de Mme C selon lesquelles elle aurait à nouveau été victime de telles insultes en novembre 2009 et janvier 2010 ne sont pas corroborées par les documents qu'elle produits. Alors même que la requérante établit qu'elle a été la cible de nouvelles insultes de la part de la même personne le 17 novembre 2015, il n'en ressort pas, eu égard notamment à leur temporalité, que les altercations relatées caractérisent des agissements susceptibles d'être qualifiés de harcèlement.

6. En deuxième lieu, le fait que le supérieur hiérarchique de Mme C, M. D, ait rédigé, peu de temps après son arrivée en 2018, trois rapports d'incident relatifs l'un à une réunion qui s'est tenue le 28 août 2018 au cours de laquelle il a dû faire face à des revendications salariales ou une démotivation de certains des agents du service dont il a imputé la cause à des indiscrétions de Mme C, le deuxième, d'octobre 2018, à un changement de bureau des directeurs de sites périscolaires le 28 septembre 2018 autorisé par Mme C sans avoir obtenu la validation de son supérieur, le troisième, de novembre 2018, relatif à une intrusion de Mme C dans le bureau de M. D alors en rendez-vous, n'excède pas l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Mme C ne démontre en outre pas que, contrairement à ce qu'elle soutient, M. D ait proféré à son encontre les propos injurieux ou attentatoires à sa dignité qu'elle allègue, l'ait évincée de réunions de service ou ait procédé à sa mise à l'écart. Il ressort d'ailleurs de l'entretien d'évaluation professionnelle portant sur l'année 2018 que cet échange a mis fin aux incompréhensions entre les deux intéressés, et de l'entretien portant sur l'année 2019 que Mme C a indiqué vouloir poursuivre le binôme qu'elle forme avec M. D et que ce dernier émet un avis favorable au transfert de véritables missions d'adjointe au chef de service à l'intéressée. La circonstance qu'un nouveau rapport d'incident ait été rédigé par M. D le 30 juillet 2020 à propos du circuit de transmission des feuilles de présence des enfants dans les activités périscolaires et de la présence de la requérante au sein d'un jury de recrutement bien qu'elle se trouvât alors en congé de maladie n'excède pas non plus l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et ne caractérise ainsi pas un comportement constitutif de harcèlement moral.

7. En troisième lieu, les allégations de Mme C aux termes desquelles M. A, directeur du pôle " CCAS, personnes âgées, jeunesse et sports " puis directeur général adjoint des services, l'aurait mise à l'écart du fonctionnement du service périscolaire dont elle assure la coordination ne sont corroborées par aucune des pièces produites. Par ailleurs, les termes, que la commune ne conteste pas, particulièrement véhéments et déplacés, employés par celui-ci à l'égard de Mme C lors d'une réunion en date du 19 septembre 2019 consacrée à un bilan de la rentrée scolaire pour le service périscolaire, pour regrettables qu'ils soient, ne permettent pas à eux seuls de caractériser un comportement de harcèlement. Enfin, à supposer même que l'agression dont a été victime Mme C le 7 novembre 2019 de la part d'un collègue, M. E, ait fait suite à un entretien relatif à son changement d'affectation que ce dernier a eu avec M. A quelques instants auparavant, il n'en ressort pas pour autant que le directeur général adjoint des services ait, ce faisant, mis en danger la requérante en toute connaissance de cause ainsi qu'elle l'affirme.

8. En quatrième lieu, le maire a adressé, le 18 décembre 2009, un courrier d'avertissement à Mme F en raison des propos tenus à l'égard de Mme C en septembre 2009, et a cherché à confronter les deux agents en 2015. Le maire s'est par ailleurs personnellement impliqué, au début de l'année 2019, dans la résolution des incompréhensions entre Mme C et M. D ayant marqué la prise de fonctions de ce dernier. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que l'intéressée ait, en dehors d'un courriel en date du 28 mai 2018, signalé les difficultés qu'elle dit rencontrer avec M. A depuis 2017, auxquelles le courrier du 3 juin 2021 par lequel elle sollicite le bénéfice de la protection fonctionnelle ne fait d'ailleurs aucune référence. La requérante n'est ainsi pas fondée à dénoncer l'inaction du maire face aux difficultés professionnelles qu'elle a pu rencontrer depuis 2009, alors en tout état de cause qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, ces difficultés ne sont pas constitutives de harcèlement moral. Enfin, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le maire a proposé Mme C à la promotion interne d'animateur territorial au titre de l'année 2020 et ne peut ainsi être regardé comme ayant fait obstacle à sa nomination dans ce grade, d'autre part, que les retenues sur salaire que la requérante a subies en 2020 sont justifiées par le jour de carence relatif au congé de maladie dont elle a bénéficié à compter du 16 novembre 2020 et par une diminution de son régime indemnitaire en raison de son absence pour maladie. La requérante ne soutient pas que cette diminution ne serait pas conforme aux règles d'attribution du régime indemnitaire au sein de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy. En outre, la requérante ne peut raisonnablement regarder la demande en date du 24 juin 2021 de restitution du matériel informatique et des clés du service qu'elle avait conservés au cours de son arrêt maladie depuis novembre 2020 comme une sanction. La seule circonstance que Mme C ait sollicité en vain la communication de sa fiche de poste ne peut par ailleurs suffire à caractériser une situation de harcèlement moral. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la commune de Vandœuvre-lès-Nancy aurait contribué aux agissements de harcèlement dont la requérante prétend avoir été victime, ni avoir concouru à la dégradation de ses conditions de travail.

9. En cinquième lieu, il ressort du rapport médical du 14 avril 2021 produit que l'expert psychiatre, se référant aux déclarations de l'intéressée, impute la dégradation de l'état de santé de cette dernière à l'agression qu'elle a subie le 7 novembre 2019 et non à des faits de harcèlement moral qui ne sont aucunement mentionnés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été victime de faits constitutifs de harcèlement moral ni, par suite, à demander l'annulation de la décision par laquelle le bénéfice de la protection fonctionnelle lui a été refusé à ce titre.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'un harcèlement moral et du fait de la carence supposée de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy à y mettre fin doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Vandœuvre-lès-Nancy.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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