vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103428 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ainsi que la décision du 13 août 2021 par laquelle il a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate, Me Jeannot, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- le refus de délivrance d'un récépissé méconnaît les dispositions des articles R. 311-4 et R. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son dossier était complet ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Un mémoire a été présenté pour le préfet, le 20 juin 2022, et n'a pas été communiqué.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu :
- l'ordonnance n°2103429 du 26 novembre 2021 de la juge des référés du tribunal administratif de Nancy ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Jeannot, avocate de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 3 mai 2002, serait entré en France au cours du mois de janvier 2018, selon ses déclarations. Par un jugement du 20 mars 2018, le juge des enfants a ordonné son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. Par un courrier reçu par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le 12 février 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 13 août 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. B demande l'annulation de la décision implicite lui refusant la délivrance d'un récépissé de titre de séjour ainsi que de l'arrêté du 13 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, le 12 février 2020, et qu'un récépissé de délivrance de titre de séjour lui a finalement été remis le 31 mars 2021. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'annulation du refus de délivrer un récépissé de titre de séjour.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. En premier lieu, par un arrêté n°21.BCI.21 du 22 juin 2021, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat. Par suite, M. D était autorisé à signer la décision portant refus de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ".
5. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur l'absence de caractère réel et sérieux du suivi de la formation de M. B.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été scolarisé en première année de CAP " opérateur logistique ", au titre de l'année 2018/2019, qu'il a suivi avec assiduité et au cours de laquelle il a obtenu de très bons résultats scolaires. M. B s'est ensuite réorienté, au titre de l'année 2019/2020, vers une 1ère professionnelle " réalisation de produits imprimés et multimédias " à l'issue de laquelle il a redoublé. Au cours de l'année 2020/2021, ses professeurs ont notamment relevé de très nombreux retards et absences ainsi qu'un manque d'investissement de M. B. Si le requérant établit avoir éprouvé des difficultés de nature psychologique lors de cette période, la seule attestation d'un médecin psychologue, au demeurant peu circonstanciée, n'est pas à elle seule de nature à justifier les très nombreuses absences et le manque d'investissement constaté dans sa scolarité. Enfin, si le requérant est inscrit, au titre de l'année 2021/2022, à une formation d'accompagnant éducatif et social, cette circonstance est postérieure à la date de la décision attaquée et ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé, s'il l'estime fondé, présente une nouvelle demande de titre séjour. Dans ces conditions, eu égard à l'absence de caractère réel et sérieux du suivi de la formation du requérant, le préfet n'a pas inexactement apprécié les faits de l'espèce en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En deuxième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale, sans toutefois mentionner le fondement de sa demande. D'une part, au regard des termes de la demande de l'intéressé, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet a pu s'estimer saisi d'une demande sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile uniquement. D'autre part, le préfet s'étant borné à refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces seules dispositions, le moyen tiré de la violation des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet ne s'est pas fondé pour refuser le séjour, sont sans rapport avec la teneur de la décision et doivent donc être écartés comme inopérants.
8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la présence de M. B en France est récente, qu'il est célibataire et sans charge de famille et que ses parents et ses deux sœurs résident en Côte d'Ivoire. Le requérant ne soutient pas, par ailleurs, qu'il disposerait d'attaches familiales en France ou qu'il y aurait noué des attaches privées. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure particulière d'exécution, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Denizot, premier conseiller,
- Mme Cabecas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
L. CLe président,
O. Di Candia
La greffière
L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026