mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2021, M. B A, représenté par Me Marrion, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle le conseil régional du Grand Est de l'ordre des architectes a mis à exécution la mesure de suspension prise par la Chambre nationale de discipline des architectes du 26 novembre 2014 à compter du 9 août 2021 et a désigné un gestionnaire ainsi que la décision implicite par laquelle le ministre de la culture a rejeté son " recours hiérarchique " en date du 13 août 2021 ;
2°) d'enjoindre au conseil régional du Grand Est de l'ordre des architectes de réexaminer sa situation au regard de son inscription au tableau de l'ordre.
Il soutient que :
- la décision de mettre à exécution du 9 août 2021 au 9 août 2024 la décision de suspension prise le 26 novembre 2014 contrevient aux stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision n'est pas intervenue dans un délai raisonnable et la mise à exécution de la sanction était prescrite ;
- l'ordre des architectes devait d'autant plus respecter un délai raisonnable pour mettre à exécution la sanction de suspension que sa situation présentait une particularité tenant à ce qu'il avait fait l'objet de l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire le 30 mars 2009 qui emportait sa radiation du tableau de l'ordre jusqu'à la fin de cette procédure clôturée en avril 2013, qu'ainsi la décision de la chambre disciplinaire régionale a été prise à son encontre alors qu'il était déjà radié et que, par suite, le caractère suspensif de l'appel devant la Chambre nationale de discipline a été sans incidence sur sa situation ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 57 du décret du 28 décembre 1977 dès lors qu'elle a été prise plus de deux mois suivant la réception de la décision de la Chambre nationale de discipline ;
- la nomination d'un architecte gestionnaire est inutile dès lors qu'il n'exerçait plus, à la date de sa demande de réinscription au tableau de l'ordre, la profession d'architecte.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, le conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est, représenté par Me Bernier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Il soutient, d'une part que la décision implicite du ministre s'est substituée à sa décision du 15 juillet 2021, d'autre part, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée au ministre de la culture qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 ;
- le décret n° 77-1481 du 28 décembre 1977 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- les observations de M. A,
- et les observations de Me Meleiro-Decastro substituant Me Bernier, représentant le conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, architecte DPLG, a fait l'objet, le 5 mars 2009, d'une décision du conseil régional de l'ordre des architectes de Lorraine de radiation administrative pour défaut de production d'une attestation d'assurance. Le 30 mars 2009, il a été placé en procédure de liquidation judiciaire qui a pris fin en avril 2013. Le 12 avril 2011, la chambre régionale de discipline du conseil de l'ordre des architectes de Lorraine a prononcé la radiation de M. A du tableau de l'ordre en raison de diverses fautes professionnelles. Par une décision du 26 novembre 2014, la Chambre nationale de discipline du conseil de l'ordre des architectes a réformé cette sanction et a prononcé la suspension de l'intéressé du tableau de l'ordre pour une durée de trois années. Le 8 juillet 2021, M. A a sollicité sa réinscription au tableau de l'ordre. Par une décision du 15 juillet 2021, le conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est l'a informé de sa réinscription au tableau ainsi que de la mise à exécution de la sanction prononcée le 26 novembre 2014 conduisant à sa suspension du tableau du 9 août 2021 au 9 août 2024 inclus et à la nomination d'un architecte gestionnaire. Le recours hiérarchique formé par M. A le 13 août 2021 auprès du ministre de la culture a été implicitement rejeté. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de la décision du 15 juillet 2021 du conseil régional de l'ordre des architectes et de la décision implicite du ministre de la culture.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice. / 2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. / 3. Tout accusé a droit notamment à : / a) être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu'il comprend et d'une manière détaillée, de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui ; / b) disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ; / c) se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent ; / d) interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la convocation et l'interrogation des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge ; / e) se faire assister gratuitement d'un interprète, s'il ne comprend pas ou ne parle pas la langue employée à l'audience ". D'une part, les stipulations de l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont applicables au contentieux disciplinaire des juridictions ordinales en raison du rattachement de ce dernier aux contestations portant sur des droits et obligations de caractère civil. D'autre part, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé, dans sa décision n° 107/1995/613/701 du 19 mars 1997 (Hornsby contre Grèce) que l'exécution d'un jugement ou arrêt, de quelque juridiction que ce soit, doit être considérée comme faisant partie intégrante du procès équitable garanti par le paragraphe 1 de l'article 6 de la convention.
3. Aux termes de l'article 23 de la loi du 3 janvier 1977 : " Le conseil régional assure la tenue du tableau régional des architectes. Il procède à l'inscription des architectes après avoir vérifié qu'ils remplissent les conditions requises par la présente loi et ses textes d'application. / Il procède à leur radiation si ces conditions cessent d'être remplies. / () ". Aux termes de l'article 27 de la même loi : " Une chambre régionale de discipline des architectes instituée au sein de chaque conseil régional exerce en première instance le pouvoir disciplinaire à l'égard des architectes ". Aux termes de l'article 28 de la même loi : " I. - La chambre régionale de discipline des architectes peut prononcer les sanctions suivantes : / - avertissement ; / - blâme/ - suspension, avec ou sans sursis, de l'inscription au tableau régional des architectes pour une période de trois mois à trois ans ; / - radiation du tableau régional des architectes. / La suspension ou la radiation privent l'intéressé de l'ensemble des droits attachés à l'inscription au tableau. Un décret fixe les conditions dans lesquelles sont gérées ou liquidées les affaires confiées à un architecte frappé d'une mesure de suspension ou d'une mesure de radiation. Ce décret définit les missions de l'architecte gestionnaire nommé d'office par le conseil régional de l'ordre pour suppléer l'architecte suspendu ou radié, ainsi que les modalités de son intervention. / () ". Aux termes de l'article 29 de la même loi : " Une Chambre nationale de discipline des architectes, instituée au sein du Conseil national de l'ordre des architectes, connaît des recours dirigés contre les décisions des chambres régionales de discipline des architectes. / () Les dispositions du I de l'article 28 sont applicables aux instances devant la Chambre nationale de discipline des architectes. Lorsque l'appel émane de l'architecte sanctionné en première instance, la chambre nationale de discipline ne peut aggraver la sanction prononcée par la chambre régionale de discipline ".
4. Aux termes de l'article 51 du décret du 28 décembre 1977 sur l'organisation de la profession d'architecte : " Lorsqu'elles sont devenues définitives, les décisions de suspension et de radiation sont notifiées aux présidents des conseils régionaux, au conseil national ainsi qu'aux préfets de région et de département du lieu d'exercice de l'architecte sanctionné. / () ". Aux termes de l'article 57 du même décret : " Le président du conseil régional fixe la date d'exécution des sanctions disciplinaires dans un délai maximum de deux mois suivant la réception de la notification de la décision de la chambre de discipline par la personne sanctionnée. / La suspension et la radiation emportent, pendant la durée de la sanction dans le premier cas, à titre définitif dans le second cas, interdiction d'exercer la profession d'architecte. / La personne suspendue ou radiée ne peut faire état de sa qualité d'architecte. / Après un délai de trois ans, l'architecte radié du tableau ou de son annexe peut demander sa réinscription au conseil régional ".
5. En premier lieu, la sanction de suspension d'une durée de trois années prononcée par la Chambre nationale de discipline des architectes à l'encontre de M. A a été rendue publiquement le 26 novembre 2014. Si la décision du président du conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est en date du 15 juillet 2021 fixant la période d'exécution de la sanction de suspension lui a été notifiée postérieurement à l'échéance du délai de deux mois prévu par les dispositions citées au point 4 du présent jugement, le respect de ce délai n'est toutefois pas requis à peine de nullité de la décision portant exécution de la sanction attaquée. Par suite le moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été radié du tableau de l'ordre des architectes par une décision du 5 mars 2009 du conseil régional de l'ordre pour défaut de production de l'attestation d'assurance obligatoire. La circonstance que l'intéressé n'était plus inscrit au tableau de l'ordre depuis cette date s'opposait ainsi de fait à l'exécution de la sanction de suspension prononcée à l'encontre du requérant par la décision du 26 novembre 2014 de la Chambre nationale de discipline du conseil de l'ordre des architectes. Enfin, le requérant ne peut utilement faire valoir qu'il n'aurait pas bénéficié, en raison de cette radiation administrative, de l'effet suspensif de l'appel contre la décision de la chambre régionale de discipline auprès de la chambre nationale de discipline de l'ordre. Par ailleurs, M. A, qui disposait de la possibilité de solliciter sa réinscription sur le tableau de l'ordre postérieurement à la clôture de la procédure collective dont il avait fait l'objet et n'établit pas avoir déposé une telle demande avant 2021, a contribué à l'allongement du délai d'exécution de la sanction disciplinaire. Ainsi, le délai de près de sept années écoulé entre le prononcé de la suspension et sa mise à exécution par le président du conseil régional de l'ordre après que M. A a été réinscrit, à sa demande, au tableau de l'ordre, n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, excédé un délai raisonnable ni contrevenu aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
7. En dernier lieu, la nomination d'un architecte gestionnaire s'impose, en cas de suspension ou de radiation d'un architecte frappé d'une mesure de suspension ou d'une mesure de radiation, en vertu des dispositions précitées du sixième alinéa de l'article 28 de la loi du 3 janvier 1977. Par suite, et en tout état de cause, le moyen selon lequel une telle nomination serait inutile ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 15 juillet 2021 prise par son président, ensemble la décision implicite de rejet du ministre de la culture, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
10. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par le conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 000 euros que le conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera au conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions du conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au conseil régional de l'ordre des architectes du Grand Est et au ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de la culture en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026