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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103676

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103676

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2021 et le 2 janvier 2023, Mme B D, alias Mme A E épouse F, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle a rejeté son recours préalable contre des décisions des 20 et 26 novembre 2020 lui notifiant des indus de prestations sociales ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai pour le paiement de sa dette ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- ses prestations ne pouvaient lui être retirées au seul motif qu'elle est entrée sur le territoire français sous une fausse identité ;

- elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale et bénéficie de la présomption d'innocence.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 novembre 2022 et 6 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner la requérante à rembourser la somme de 6 653,04 euros.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle tendant à la condamnation de Mme D au remboursement de la somme de 6 653,04 euros au titre de sa dette de prime d'activité et d'aide personnelle au logement.

Par des observations, enregistrées le 6 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle indique s'en remettre à la sagesse du tribunal en ce qui concerne ses conclusions tendant à la condamnation de Mme D.

Mme B D, alias Mme A E épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne, est entrée sur le territoire français en 2006 accompagnée de son époux et de son fils mineur sous l'identité de Mme A E épouse F. Elle a bénéficié, sous cette identité, de la prime d'activité et de l'aide personnelle au logement notamment. Après qu'elle a révélé sa véritable identité et demandé au préfet de Meurthe-et-Moselle de modifier le titre de séjour dont elle bénéficiait pour en tenir compte, le préfet a saisi le procureur de la République au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. La caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle a alors notifié à l'intéressée, par des décisions des 20 et 26 novembre 2020, un indu d'un montant total de 27 897,94 euros. Mme D a formé un recours administratif auprès de la commission de recours amiable demandant l'annulation de ces indus, qui a été rejeté par une décision du 9 avril 2021 dont Mme D demande l'annulation.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité ou d'aide personnelle au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur :

1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement () ". Aux termes de l'article R. 825-2 : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées ".

5. Il résulte de l'instruction que la CAF de Meurthe-et-Moselle a adressé à Mme D, le 20 novembre 2020, une notification d'indu mentionnant la perception, à tort, de prestations familiales pour un montant de 21 956 euros au motif du séjour illégal de l'intéressée en France, puis le 26 novembre 2020, un indu de complément de libre choix du mode de garde pour un montant de 5 941,94 euros. Mme D a saisi, le 12 janvier 2021, la commission de recours amiable d'une contestation de l'ensemble de ces indus, dont la CAF précise en défense qu'ils concernent d'une part, des prestations familiales (allocations familiales, allocation de base de la PAJE, complément de mode de garde de la PAJE, complément familial et allocation de rentrée scolaire) pour un montant total de 21 244,90 euros et deux indus de prime d'activité d'un montant total de 2 198,28 euros et un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 454,76 euros. Elle a ainsi exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées. Sa contestation a été rejetée par la décision du 9 avril 2021 en litige qui mentionne uniquement que la " requête est rejetée au regard des dispositions des articles L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation " au motif que l'intéressée a " obtenu un titre de séjour sous une fausse identité ". Cette décision, qui ne mentionne pas les dispositions du code de la sécurité sociale relatives à la prime d'activité, ni les motifs permettant à la CAF de procéder au retrait de cette prime ou de l'aide personnelle au logement et qui se borne à faire état de la fausse identité de l'intéressée sans mentionner ni établir que le titre de séjour qui lui avait été délivré aurait été retiré, ne mentionne pas suffisamment les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi insuffisamment motivée.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 9 avril 2021 par laquelle la CAF de Meurthe-et-Moselle a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 20 novembre 2020 lui notifiant deux indus de prime d'activité d'un montant total de 2 198,28 euros et un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 454,76 euros. Dans ces conditions, les conclusions de la CAF de Meurthe-et-Moselle tendant à la condamnation de Mme D au remboursement de la somme de 6 653,04 euros au titre de sa dette de prime d'activité et d'aide personnelle au logement doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité.

7. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lévi-Cyferman, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 avril 2021 par laquelle la CAF de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours administratif préalable de Mme D contre la décision du 20 novembre 2020 lui notifiant deux indus de prime d'activité d'un montant total de 2 198,28 euros et un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 454,76 euros est annulée.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle versera à Me Lévi-Cyferman, avocate de Mme D, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lévi-Cyferman renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

La magistrate désignée,

J. C

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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