jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrée les 5 janvier et 19 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Richard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 30 juin 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nancy-Metz a proposé au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse un refus de titularisation, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 12 novembre 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a prononcé son licenciement ;
3°) d'enjoindre à sa réintégration dans les fonctions de professeur certifié stagiaire de lettres modernes ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 12 novembre 2021 est entaché d'incompétence ;
- le rectorat a méconnu les dispositions de l'article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 et a commis une erreur d'appréciation dès lors que l'absence d'aménagement de son poste est à l'origine de ses difficultés.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2022, le recteur conclut à titre principal à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du recteur en date du 30 juin 2021 ensemble le rejet du recours gracieux et au rejet des conclusions dirigées contre l'arrêté de licenciement, à titre subsidiaire au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°72-581 du 4 juillet 1972 ;
- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- et les conclusions de Mme A -Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a intégré le corps des professeurs certifiés de lettres modernes par concours externe le 1er septembre 2019. Au titre de l'année scolaire 2019/2020, il a été affecté au collège Saint-Exupéry de Saint-Nicolas-de-Port pour effectuer son année de stage. Par une délibération du 22 juin 2020, le jury académique a émis un avis très réservé pour un renouvellement de stage. Au titre de l'année scolaire 2020/2021, il a été affecté au lycée Loritz de Nancy pour effectuer une nouvelle année de stage. Par une délibération du 21 juin 2021, le jury académique a décidé de ne pas l'inscrire sur la liste des candidats admis. Par un courrier du 30 juin 2021, dont le requérant demande l'annulation, le recteur de l'académie de Nancy-Metz l'a informé de son intention de proposer au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, un refus définitif de stage. M. C a formé un recours gracieux le 27 août 2021. L'absence de réponse du recteur a fait naître une décision implicite de rejet dont le requérant demande l'annulation. Par un arrêté du 12 novembre 2021, dont M. C demande également l'annulation, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a prononcé son licenciement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la décision du recteur en date du 30 juin 2021 et du rejet du recours gracieux :
2. Aux termes de l'article 26 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés : " A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury mentionné à l'article 24. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré ou le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique. ". Aux termes de l'article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 323-3 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de l'exercer et d'y progresser ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie des dépenses supportées à ce titre par l'employeur ". Ces dispositions imposent à l'autorité administrative de prendre les mesures appropriées au cas par cas pour permettre à chaque personne handicapée d'accéder ou de conserver un emploi sous réserve, d'une part, que cet handicap n'ait pas été déclaré incompatible avec l'emploi en cause et, d'autre part, que ces mesures ne constituent pas une charge disproportionnée pour le service.
3. Le recteur de l'académie de Nancy-Metz a refusé la titularisation de M. C au motif d'une maitrise insuffisante des connaissances et des compétences exigées des professeurs stagiaires. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la grille d'évaluation complétée par le chef d'établissement du lycée Loritz qu'il a estimé que M. C ne possède pas les compétences relationnelles et professionnelles nécessaires à l'exercice du métier de professeur. Le rapport de sa tutrice fait état de difficultés à se remettre en cause, à se questionner sur ses pratiques, d'une maîtrise insuffisante des savoirs liés à la discipline, des programmes, de l'orthographe et des concepts grammaticaux à enseigner, une préparation des séances trop rapide et qui manque d'approfondissement, l'absence de fixation d'un objectif clair et précis par séance, de l'inadéquation des propositions pédagogiques avec le niveau des élèves. L'avis du directeur de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation de Lorraine fait état de son attitude passive face aux institutions, d'un comportement décalé ou inadapté dans de nombreuses situations d'échanges ou d'enseignement, de contenus disciplinaires souvent indigents voire erronés, un programme mal maîtrisé, des progrès sur le plan pédagogique et éducatif superficiels, une préparation de séances approximative, une absence d'application des conseils et de remise en cause. Enfin, le rapport d'inspection du 3 mai 2021 fait état d'un entretien difficile avec M. C qui est incapable de prendre en compte le point de vue de son interlocuteur lorsqu'il lui est défavorable, des cours qui manquent d'objectifs clairs, d'une relation pédagogique avec les élèves qui repose sur le conflit. L'inspecteur conclut que malgré une année de renouvellement, la pratique est loin d'être à la hauteur du professionnalisme attendu.
4. M. C fait valoir qu'il a obtenu la reconnaissance de travailleur handicapé pour troubles dyspraxiques le 2 juin 2020, étendue à la dyspraxie le 21 avril 2021. Malgré cette reconnaissance et ses demandes, son poste n'aurait pas été aménagé, ce qui l'a mis en difficulté et aurait conduit à sa non-titularisation. Il produit un courriel adressé au proviseur du lycée Loritz avant la rentrée 2020, lui demandant notamment de ne pas changer de salle entre les cours, de pouvoir disposer d'un vidéoprojecteur et bénéficier éventuellement d'un logement de fonction. Toutefois, d'une part, aucun lien entre le handicap de M. C et les carences qui lui sont reprochées n'est établi par les pièces du dossier. D'autre part, par un courriel du 20 août 2020, le chef d'établissement l'a informé que sans validation de la médecine de prévention du rectorat, il ne pourrait prendre en compte l'intégralité de ses demandes, que le maintien dans la même salle est difficile notamment en période de Covid19 où ce sont les élèves qui ne changent pas de salle, que toutes les salles sont équipées de vidéo projecteur, qu'il n'y a pas de logement de fonction et qu'il pourrait visiter l'établissement lors de la pré-rentrée. Il ressort également des pièces du dossier et notamment d'une attestation en date du 26 avril 2022 du docteur E, médecin du travail, qui bien que postérieure à la date de la décision attaquée révèle une situation préexistante, qu'elle a suivi et s'est entretenue plusieurs fois avec M. C au cours de l'année scolaire sans qu'il ne puisse jamais clairement identifier et préciser ses besoins. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation que sur proposition du jury, le recteur de l'académie de Nancy-Metz a pu refuser la titularisation de M. C.
S'agissant de la décision de licenciement en date du 12 novembre 2021 :
5. Aux termes des dispositions de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. () " et aux termes des dispositions de l'article 9 du même arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. Toutefois, le recteur prolonge d'un an le stage des stagiaires lauréats des concours externes aptes à être titularisés devant justifier d'un master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation qui ne rempliraient pas, à l'issue du stage, cette exigence. La titularisation est prononcée à l'issue de cette prolongation à la condition de détenir le titre ou diplôme requis.Le recteur arrête par ailleurs la liste de ceux qui sont autorisés à accomplir une seconde année de stage. Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'administration est tenue de prononcer le licenciement d'un professeur stagiaire ne figurant pas sur la liste des stagiaires déclarés aptes à être titularisés, ni sur la liste des stagiaires autorisés à accomplir une seconde année de stage. Il ressort des pièces du dossier que, par sa délibération du 21 juin 2021, le jury académique a estimé que M. C n'était pas apte à être titularisé et que par une décision du 30 juin 2021, le recteur de l'académie de Nancy-Metz l'a informé de son intention de proposer au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, un refus définitif de titularisation. Par suite, le ministre de l'éducation nationale avait compétence liée pour licencier le requérant.
7. Du fait de cette situation de compétence liée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est inopérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Nancy-Metz.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Boulangé, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à dispositions au greffe, le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
C. B
Le président,
D. Marti
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200033
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026