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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200060

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200060

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSGRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2022, M. A C, représenté par Me Sgro, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, en tant qu'elle lui refuse l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, à titre subsidiaire, en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et dans l'attente, dans ce même délai, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus d'enregistrement :

- ses deux parents étant de nationalité arménienne, il n'avait pas à produire de passeport, étant lui-même arménien en vertu de l'article 41.7 de la constitution arménienne ;

Sur le refus de séjour :

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- la décision est contraire à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est contraire à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est contraire à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 et 27 juillet et 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête a perdu son objet.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 21 janvier 2022.

Par un courrier du 15 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions comme étant dirigées contre un décision ne faisant pas grief.

Des observations, en réponse au courrier du 15 septembre 2022, ont été présentées pour M. C, enregistrées le 20 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boulangé, rapporteur ;

- et les observations de Me Sgro, avocat, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né en Russie le 1er juillet 2003, est entré en France l'année de sa naissance avec ses parents. Son père, de nationalité arménienne, est titulaire d'une carte de résident de 10 ans et sa mère, également de nationalité arménienne, s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable en dernier lieu, jusqu'au 2 juin 2023. Avant l'expiration du document de circulation pour étranger mineur qui lui avait été remis, valable jusqu'au 30 juin 2021, M. C, le 16 mai 2021, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au motif de sa vie privée et familiale. Par une décision du 9 décembre 2021 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a informé de ce que sa demande ne pouvait être enregistrée, faute de justificatif de nationalité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour, déposée le 16 mai 2021 par M. C n'était pas complète, faute de justificatif de nationalité, malgré la demande des services préfectoraux du 25 juin 2021. Si l'intéressé soutient qu'un tel justificatif n'était pas nécessaire eu égard à la nationalité de ses deux parents, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a fourni le 28 avril 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, un jugement supplétif d'acte de naissance qui a permis l'enregistrement ultérieur de sa demande. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée du 9 décembre 2021, c'est à bon droit que le préfet a pu refuser d'enregistrer sa demande de titre séjour, au motif de l'incomplétude de son dossier. Par suite, la décision du 9 décembre 2021 qui se borne à refuser d'enregistrer la demande de l'intéressé, faute d'un dossier complet, n'est pas susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de non-lieu opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

6. En application de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle () est retiré () dans les cas suivants () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable ". L'article 51 précise que : " Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie ". En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'irrecevabilité manifeste de sa requête, de retirer à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7 Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Sgro.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Boulangé, premier conseiller,

M. Durand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

P. BoulangéLe président,

D. Marti

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200060

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