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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200066

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200066

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantBOURCHENIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Bourchenin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de onze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui restituer son permis de conduire sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire, sans qu'aucune situation d'urgence ni aucun autre motif ne le justifie ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;

- l'arrêté contesté ainsi que l'avis de rétention de son permis de conduire omettent certaines mentions, notamment le taux d'alcoolémie qui a été retenu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 224-2 du code de la route.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 décembre 2021 à 20 heures et 40 minutes, M. A a fait l'objet d'un contrôle par les forces de l'ordre alors qu'il circulait en état d'ivresse manifeste. Il a fait l'objet d'une mesure de rétention immédiate de son permis de conduire. Par un arrêté du 28 décembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de onze mois sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, (), prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; / 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / 4° Le permis a été retenu à la suite d'un accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en application du 6° du I de l'article L. 224-1, en cas de procès-verbal constatant que le conducteur a commis une infraction en matière d'usage du téléphone tenu en main, de respect des vitesses maximales autorisées ou des règles de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage ; / 5° Le permis a été retenu à la suite d'une infraction en matière d'usage du téléphone tenu en main commise simultanément avec une des infractions en matière de respect des règles de conduite des véhicules, de vitesse, de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat ; / 6° Le permis de conduire a été retenu à la suite d'un refus d'obtempérer commis dans les conditions prévues aux articles L. 233-1 et L. 233-1-1 ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision de suspension de la validité du permis de conduire de M. A en litige a été prononcée, sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, en considération du seul état d'ivresse manifeste de l'intéressé. Ce seul motif, en l'absence de mention de la preuve de l'état alcoolique ou du refus de l'intéressé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à en établir la preuve, n'est pas au nombre de ceux qui permettent au préfet de prononcer la suspension du permis de conduire sur le fondement de ces dispositions. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, l'arrêté du 28 décembre 2021 doit être annulé.

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 224-9 du code de la route : " Quelle que soit sa durée, la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département en application des articles L. 224-2 et L. 224-7 cesse d'avoir effet lorsque est exécutoire une décision judiciaire prononçant une mesure restrictive du droit de conduire prévue au présent titre ".

5. Il résulte de l'instruction que M. A a été condamné à une peine de suspension de son permis de conduire pour une durée de onze mois par une décision du tribunal judiciaire de Nancy du 13 juin 2022 devenue exécutoire le 24juin 2022. Dans ces conditions, l'arrêté du 28 décembre 2021 a cessé de produire ses effets et son annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme quelconque au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La magistrate désignée,

J. C

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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