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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200231

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200231

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022 et des mémoires complémentaires enregistrés les 18 avril et 23 juin 2023, la société civile immobilière (SCI) Saint Michel, représentée par Me Remy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Cheniménil a retiré le permis de construire qui lui a été tacitement accordé le 1er septembre 2021 en vue d'aménager un logement dans un ancien local industriel situé 41 rue de la filature ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cheniménil le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les écritures de la commune sont irrecevables et doivent être écartées des débats dès lors que le maire ne produit ni délibération, ni décision l'habilitant à défendre la commune ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le projet respecte les dispositions de l'article 2.5 du plan local d'urbanisme de la commune de Cheniménil ;

- le projet respecte les dispositions du plan de prévention des risques naturels inondation de la Vologne.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, la commune de Cheniménil, représentée par Me Zoubeidi-Defert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Saint-Michel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Remy, représentant la SCI Saint Michel,

- et les observations de Me Zoubeidi-Defert, représentant la commune de Cheniménil.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour la commune de Cheniménil et enregistrée le 19 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Saint Michel a déposé le 1er juin 2021 une demande de permis de construire en vue d'aménager un logement dans un ancien local industriel lui appartenant, situé 41 rue de la filature à Cheniménil (Vosges). Par un arrêté en date du 26 novembre 2021, le maire de la commune a retiré le permis de construire tacite dont était titulaire la SCI Saint Michel. Cette dernière demande, par la requête susvisée, l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune :

2. La commune de Cheniménil fait valoir qu'une décision expresse de rejet de la demande de permis de construire présentée par la SCI Saint Michel a été adoptée le 23 juillet 2021, avant l'expiration du délai d'instruction de cette demande, et qu'en conséquence la décision portant retrait d'un permis de construire tacite ne ferait pas grief à la société requérante. Toutefois, à l'appui de sa fin de non-recevoir, la commune n'a pas produit avant la clôture de l'instruction la décision expresse dont elle entend se prévaloir et, en tout état de cause, n'a pas justifié, par la seule production d'un " registre des notifications ", qu'une telle décision a été notifiée au pétitionnaire préalablement à l'expiration du délai d'instruction de la demande de permis de construire. Il suit de là que la SCI Saint Michel est fondée à soutenir qu'elle était titulaire d'un permis de construire tacite et que, par suite, l'arrêté du 26 novembre 2021 procédant au retrait de cette autorisation lui fait grief. La fin de non-recevoir opposée par la commune doit, en conséquence, être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire / () ".

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent () une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

5. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite et en principe, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une autorisation d'urbanisme que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

6. D'une part, en l'absence de demande d'un tiers en ce sens, l'autorité administrative n'est en tout état de cause pas tenue de retirer un acte créateur de droit illégal. Par suite, la commune de Cheniménil n'est pas fondée à soutenir que son maire était en situation de compétence liée pour retirer le permis de construire tacite dont la SCI Saint Michel était titulaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire est opérant.

7. D'autre part, si la commune de Cheniménil fait également valoir que les travaux de construction venaient de commencer, qu'elle était contrainte par le délai de trois mois qui lui était imparti pour retirer l'autorisation tacite et que le projet, situé en zone rouge du plan de prévention des risques, mettait en cause la sécurité des personnes, ces seules circonstances ne permettent pas de caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. La commune n'est dès lors pas fondée à soutenir que la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du même code n'était pas applicable préalablement à l'édiction de son arrêté de retrait.

8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant le courrier daté du 8 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Cheniménil a informé la SCI Saint Michel de son intention de procéder au retrait de l'autorisation d'urbanisme tacite née le 1er septembre 2021, a été présenté par les services postaux le 12 novembre 2021 et retiré par sa destinataire le 25 novembre suivant. Si la commune fait valoir en défense que ce courrier, qui indiquait qu'à compter de sa réception la SCI avait 10 jours pour présenter ses observations, " faute de quoi le 25 octobre 2021 un arrêté de retrait sera pris ", a été en réalité rédigé le 8 octobre 2021 et non le 8 novembre, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur l'appréciation du délai dont la société a pu disposer pour présenter ses observations dès lors qu'il est constant que le pli ne lui est parvenu que le 25 novembre 2021. En édictant dès le 26 novembre 2021 son arrêté de retrait du permis de construire tacite, le maire de la commune n'a pas permis à la SCI Saint Michel de disposer d'un délai suffisant pour présenter utilement ses observations, alors au surplus que le courrier daté du 8 novembre 2021 ne comportait aucune précision quant aux illégalités affectant le permis de construire tacite qui justifiait qu'il soit procédé à son retrait.

9. Il résulte de ce qui précède que la SCI Saint Michel est fondée à soutenir que la méconnaissance de la procédure contradictoire l'a privée d'une garantie et qu'en conséquence l'arrêté du 26 novembre 2021 du maire de la commune de Cheniménil est entaché d'illégalité pour ce motif.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision contestée.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la requérante aux écritures en défense, que la décision du 26 novembre 2021 du maire de la commune de Cheniménil doit être annulée.

Sur les frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cheniménil une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Saint Michel et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Saint Michel, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 novembre 2021 du maire de la commune de Cheniménil est annulé.

Article 2 : La commune de Cheniménil versera à la SCI Saint Michel une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la SCI Saint Michel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Cheniménil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Saint Michel et à la commune de Cheniménil.

Délibéré après l'audience publique du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

B. CoudertL'assesseure la plus ancienne,

G. Grandjean

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200231

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