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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200315

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200315

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP DUBOIS - MARRION- MOUROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2022, Mme A C, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 7 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy l'a suspendue de ses fonctions à compter du 15 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur du CHRU de Nancy, à titre principal, de la réintégrer dans ses fonctions, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans tous les cas de procéder au versement de sa rémunération, sous astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision de suspension ;

-la décision en litige méconnaît le respect des conséquences juridiques de l'arrêt de travail ;

- elle constitue une sanction et n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure disciplinaire prévue par l'article 82 de la loi du 9 janvier 1986 ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense et des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle méconnaît l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 dès lors que la suspension de fonctions sans rémunération n'est pas au nombre des sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre d'un agent public hospitalier ;

- en tant que mesure de police administrative, elle n'est ni justifiée, ni nécessaire, ni proportionnée ;

- en tant que mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service, elle méconnaît l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il n'est pas justifié que son employeur a effectivement constaté qu'elle ne pouvait plus exercer son activité ;

- elle porte atteinte au principe de continuité du service public hospitalier dès lors qu'elle réduit le nombre de personnels disponibles ;

- elle méconnaît le principe d'égalité et constitue une discrimination ;

- elle méconnaît le droit à la protection contre les atteintes arbitraires à la liberté et à la sureté garanti par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le droit à la vie garanti par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le droit à la santé garanti par l'alinéa 11 du préambule de la Constitution de 1946 ;

- elle méconnaît le principe de respect de l'intégrité physique et du corps humain garantie notamment par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article 16-1 du code civil ;

- elle méconnaît le principe de précaution ;

- elle méconnaît le droit au respect du secret médical protégé par l'article L. 1111-4 du code de la santé publique ;

- elle méconnaît la liberté individuelle garantie par l'article 66 de la Constitution ;

- elle méconnaît la liberté d'entreprendre et la liberté du commerce et de l'industrie garantie notamment par l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2022, le CHRU de Nancy, représenté par Me Marrion, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2014 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Risacher, représentant Mme C et de Me Marrion, représentant le CHRU de Nancy.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est adjointe administrative au CHRU de Nancy et a été placée en congé maladie à compter du 31 juillet 2021. Par une décision du 7 décembre 2021, dont la requérante demande l'annulation, le directeur du CHRU de Nancy l'a informée de sa décision de la suspendre de ses fonctions à compter du 15 octobre 2021 en raison de la non satisfaction à l'obligation vaccinale contre la covid-19. Par une ordonnance du 14 février 2022 du juge des référés du présent tribunal, la demande de suspension de l'exécution de la décision contestée a été rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".

3. D'autre part, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : ()k) Les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés aux 2°, 3°, 5°, 6°, 7°, 9° et 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'exception des travailleurs handicapés accompagnés dans le cadre d'un contrat de soutien et d'aide par le travail mentionné au dernier alinéa de l'article L. 311-4 du même code ; () ". Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et de la famille : " I.-Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ; () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

4. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

5. Il ressort des pièces du dossier que par une décision en date du 7 décembre 2021, le directeur du CHRU de Nancy a prononcé la suspension de fonctions de Mme C à compter du 15 octobre 2021. Toutefois, il est constant qu'à cette date, Mme C était placée en congé maladie ordinaire depuis le 31 juillet 2021.Par suite, la décision de suspension du 7 décembre 2021 qui visait Mme C ne pouvait être d'effet immédiat et devait voir son entrée en vigueur différée au terme du congé maladie. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision en date du 7 décembre 2021 du directeur du CHRU de Nancy doit être annulée en tant qu'elle prend effet avant l'expiration du congé maladie de Mme C.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement, qui annule la décision en date du 7 décembre 2021 du directeur du CHRU de Nancy en tant qu'elle suspend Mme C de ses fonctions et qu'elle suspend le versement de ses traitements avant l'expiration de son congé maladie, implique nécessairement que l'administration prenne une nouvelle décision. Il y a donc lieu d'enjoindre à l'administration de prendre une nouvelle décision rétablissant l'intéressée dans ses droits, y compris à rémunération, pour la période comprise entre le 15 octobre 2021 et la fin de son congé maladie, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Nancy une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C, la somme demandée par le CHRU de Nancy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du CHRU de Nancy en date du 7 décembre 2021 en tant qu'elle prend effet avant l'expiration du congé maladie de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du CHRU de Nancy de prendre une nouvelle décision rétablissant Mme C dans ses droits, y compris à rémunération, durant la période comprise entre le 15 octobre 2021 et la fin de son congé maladie dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CHRU de Nancy versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au CHRU de Nancy.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Boulangé, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 août 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200315

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