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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200556

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200556

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP SCHAF-CODOGNET, VERRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 février et 13 mai 2022, M. B D et Mme C A, représentés par Me Loctin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2021 par lequel la préfète de la Meuse a refusé de leur délivrer un permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 21 février 2022 à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de leur délivrer le permis de construire sollicité et, à défaut, de réexaminer leur dossier dans un délai de quatre mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les éventuels dépens de l'instance.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L. 424-3 du code de l'urbanisme et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors que la parcelle d'assiette de leur projet de construction est située dans une partie urbanisée de la commune de Pagny-la-Blanche-Côte ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des 2° et 2° bis de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme dès lors que la construction en litige est nécessaire à l'exercice de la profession agricole de M. D ;

- la décision de rejet de leur recours gracieux est entachée des mêmes illégalités que la décision portant refus de permis de construire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, la préfète de le Meuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Barbier-Renard, substituant Me Loctin, représentant M. D et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme A ont déposé, le 4 novembre 2021, une demande de permis de construire en vue de la construction d'une résidence principale sur une parcelle située à Pagny-la-Blanche-Côte (Meuse). Par un arrêté du 24 décembre 2021, la préfète de la Meuse a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par un courrier du 21 février 2022, M. D a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. M. D et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus implicite du recours gracieux :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

3. Il résulte de ce qui précède que les moyens dirigés par M. D et Mme A contre la décision implicite rejetant leur recours gracieux doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de permis de construire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ".

5. En l'espèce, l'arrêté vise les dispositions des textes applicables et notamment les articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme et expose, d'une part, les raisons pour lesquelles la préfète a considéré que la parcelle d'assiette du projet cadastrée AA 304 ne pouvait être regardée comme étant située dans une partie urbanisée de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, d'autre part, que le projet de construction litigieux n'entre pas dans les exceptions prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté est insuffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ".

7. Les parties urbanisées de la commune sont celles qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. En dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

8. Il est constant que la commune de Pagny-la-Blanche-Côte n'était, à la date de la décision contestée, dotée ni d'un plan local d'urbanisme ni d'un document d'urbanisme en tenant lieu ni d'une carte communale. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande de permis de construire que le terrain d'assiette du projet en litige présente une surface de 4 441 m². Il ressort en particulier du plan de situation de la parcelle, des pièces annexées au dossier de la demande et des photographies versées aux débats, que le terrain se situe dans une zone qui s'ouvre à l'est et au sud sur de vastes espaces agricoles et est longé au nord par la rue des Moises, qui marque une rupture avec la partie urbanisée de la commune située au-delà. Par ailleurs, si la parcelle d'assiette du projet est desservie par la rue du Boudé Han à l'extrémité de laquelle elle se situe et par les réseaux d'assainissement et d'électricité, le projet positionné, au sein de la vaste parcelle d'implantation, à l'écart des constructions existantes, ne peut être regardé comme situé dans les parties urbanisées de la commune. Par suite, la préfète de la Meuse a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en refusant le permis de construire sollicité par les requérants.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / () 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national. / 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers () ".

10. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes dépourvues de tout plan d'urbanisme ou de carte communale, la règle de constructibilité limitée n'autorise, en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, que les constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole ou à la commercialisation des produits agricoles qui en constituent le prolongement. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée. Il s'ensuit que la seule qualité d'exploitant agricole du pétitionnaire ne suffit pas à caractériser un tel lien. Lorsque la construction envisagée est à usage d'habitation, il convient d'apprécier le caractère indispensable de la présence permanente de l'exploitant sur l'exploitation au regard de la nature et du fonctionnement des activités de l'exploitation agricole.

11. En l'espèce, les requérants ne démontrent pas que la construction qu'ils projettent de réaliser est nécessaire à une exploitation agricole ou à une activité de transformation, conditionnement ou commercialisation de produits agricoles qui constituerait le prolongement d'un acte de production. Dès lors qu'ils se bornent à indiquer que M. D est exploitant agricole et que sa profession lui impose de se situer à proximité de son exploitation, les requérants ne peuvent être regardés comme entrant dans le champ des exceptions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2021 par lequel la préfète de la Meuse a refusé de leur délivrer un permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D et Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante, verse aux requérants quelque somme que ce soit au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.

15. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. D et Mme A doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Meuse et à la commune de Pagny-la-Blanche-Côte.

Délibéré après l'audience publique du 11 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

G. GrandjeanLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200556

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