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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200658

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200658

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantTADIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2022 et des mémoires en réplique enregistrés les 26 janvier, 4 mai et 7 août 2023, la société civile immobilière (SCI) Les Images, représentée par Me Loctin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bainville-sur-Madon a refusé de lui délivrer un permis de construire, ensemble la décision du 4 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes Moselle et Madon de modifier le plan local d'urbanisme de la commune de Bainville-sur-Madon en tirant toutes les conséquences de son annulation ;

3°) d'enjoindre à la commune de Bainville-sur-Madon de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Bainville-sur-Madon la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une insuffisance de motivation en droit et en fait ;

- il est illégal en conséquence de l'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune de Bainville-sur-Madon dès lors que ce dernier est entaché, d'une part, d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il classe sa parcelle en zone naturelle, d'autre part, d'un détournement de pouvoir ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le permis de construire ne pouvait être refusé en raison d'un défaut de raccordement du terrain d'assiette du projet aux réseaux publics d'eau et d'assainissement ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il est fondé sur le motif tiré de l'absence de desserte du projet par les réseaux d'eau et d'assainissement ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'en application de l'article L. 2225-2 du code général des collectivités territoriales, c'est à la commune d'assurer la défense extérieure contre l'incendie et non au pétitionnaire ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la commune ne pouvait rejeter sa demande sans lui avoir préalablement demandé un complément d'informations tant sur la question de la desserte du projet par les réseaux d'eau et d'assainissement que sur celle de la défense extérieure contre l'incendie ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 juillet 2022, 28 février et 12 mai 2023, la commune de Bainville-sur-Madon et la communauté de communes Moselle et Madon, représentées par Me Tadic, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI Les Images en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 17 août 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que, dans l'hypothèse où le bien-fondé du classement en zone N de la parcelle d'assiette du projet serait confirmé par le tribunal, le maire de la commune se trouvait en situation de compétence liée pour rejeter la demande de permis de construire de la société requérante et qu'en conséquence les autres moyens soulevés par la requérante seraient susceptibles d'être écartés comme inopérants.

Des observations en réponse à cette information ont été enregistrées pour la SCI Les Images le 30 août 2023 et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Loctin, représentant la SCI Les Images,

- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Bainville-sur-Madon et la communauté de communes Moselle et Madon.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Images a déposé, le 17 juin 2021, une demande de permis de construire portant réhabilitation d'une construction existante sur la parcelle cadastrée ZE n° 254 située aux 21 à 9 Les Côteaux, dans la commune de Bainville-sur-Madon. Par un arrêté du 9 septembre 2021, le maire de la commune de Bainville-sur-Madon a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. La SCI Les Images demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision du 4 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité, le maire de la commune de Bainville-sur-Madon s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que la parcelle d'implantation du projet est située en zone naturelle (zone N) du plan local d'urbanisme de la commune, où sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol à l'exception de celles listées à l'article 2 du règlement de cette zone, à savoir les constructions nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. La SCI Les Images excipe de l'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune et soutient à cet égard que le classement de la parcelle cadastrée ZE n° 254 en zone naturelle du plan local d'urbanisme en raison, selon les termes du rapport de présentation du plan local d'urbanisme, du " risque imminent d'effondrement de la corniche calcaire " de la colonne rocheuse surmontant le Fort Pélissier, ne serait pas justifié. D'une part, la circonstance qu'il n'existe pas sur le territoire de la commune de plan de prévention des risques naturels prévisibles valant servitude d'utilité publique ne faisait pas en elle-même obstacle à ce que des parcelles affectées d'un risque naturel soient classées par les auteurs du plan local d'urbanisme en zone naturelle. D'autre part, il ressort des termes de l'avis favorable de la direction départementale des territoires de Meurthe-et-Moselle du 26 juillet 2021, que l'unité foncière concernée par le projet est " concernée par le risque 'chute de blocs' " et que selon l'étude de l'aléa chute de blocs réalisée par le bureau de recherches géologiques et minières en septembre 2015 " la parcelle ZE 254 () est concernée pour partie par un aléa faible à moyen ". Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la parcelle d'assiette du projet serait située " hors aléa ". Il suit de là, et alors que la circonstance que la parcelle litigieuse serait bâtie et située dans un secteur urbanisé est, eu égard à son motif, sans incidence sur la légalité de son classement en zone N par les auteurs du plan local d'urbanisme, que la SCI Les Images n'est pas fondée à soutenir que ce classement serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en zone naturelle ait été décidé à des fins étrangères à des considérations d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, l'article 1er du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bainville-sur-Madon relatif à la zone N prévoit que toutes les occupations et utilisations du sol sont interdites, " sauf cas visés à l'article 2 ". Selon cet article, pour ce qui concerne la zone N dans son ensemble, seules les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif sont susceptibles d'être autorisées. Si la SCI Les Images soutient que son projet n'était pas soumis à ces dispositions dans la mesure où il porte sur une construction existante, elle ne conteste pas que les travaux à réaliser visent à modifier la destination de cette construction afin de la rendre habitable. Un tel projet n'est pas au nombre des constructions autorisées en vertu de l'article 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune relatif à la zone N et c'est, par suite, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation que le maire de la commune de Bainville-sur-Madon a rejeté pour ce motif la demande de permis de construire de la société requérante.

8. Il suit de là que le maire de la commune de Bainville-sur-Madon se trouvait en situation de compétence liée pour refuser de délivrer à la SCI Les Images le permis de construire qu'elle sollicitait. Par suite, les autres moyens soulevés par la société requérante doivent être écartés comme inopérants.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI Les Images doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bainville-sur-Madon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Les Images demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Les Images une somme globale de 1 500 euros à verser à la commune de Bainville-sur-Madon et à la communauté de communes Moselle et Madon au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Les Images est rejetée.

Article 2 : La SCI Les Images versera à la commune de Bainville-sur-Madon et à la communauté de communes Moselle et Madon une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Bainville-sur-Madon et la communauté de communes Moselle et Madon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Images, à la commune de Bainville-sur-Madon et à la communauté de communes Moselle et Madon.

Délibéré après l'audience publique du 19 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

B. CoudertL'assesseure la plus ancienne,

F. Milin-Rance

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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