mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | GEHIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, Mme A C B, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " révélée par la remise le 4 janvier 2022 d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée n'est pas motivée ;
- la préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des lignes directrices de la circulaire Valls.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,
- et les observations de Me Géhin, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mauricienne née le 2 septembre 1989, est entrée régulièrement sur le territoire français le 30 août 2009 pour y poursuivre ses études. Elle s'est vu successivement délivrer plusieurs titres de séjour portant la mention étudiant, valables jusqu'au 4 novembre 2019 puis un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 4 novembre 2020. Le 15 septembre 2020, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en raison de la conclusion d'un contrat de travail en qualité de vendeuse en boulangerie. Par un arrêté du 29 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 15 septembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par un courrier du 22 septembre 2021, reçu par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le 25 septembre 2021, Mme B a complété sa demande d'admission au séjour en sollicitant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des lignes directrices de la circulaire du 28 novembre 2012, ainsi qu'au titre du pouvoir de régularisation de l'administration. Le 4 janvier 2022, Mme B a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 5 décembre 2022. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " révélée par la remise le 4 janvier 2022 d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le 25 septembre 2021, Mme B a saisi le préfet de Meurthe-et-Moselle afin de compléter sa demande tendant au renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En lui délivrant le 4 janvier 2022 une carte de séjour mention " travailleur temporaire ", le préfet ne saurait être regardé comme lui ayant refusé le même jour la carte de séjour mention " vie privée et familiale ". Ce refus de délivrance n'a en effet été acquis de manière implicite que le 25 janvier 2022 en application des dispositions ci-dessus rappelées. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", révélée par la remise le 4 janvier 2022 d'un titre de séjour portant la mention " salarié", doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision implicite du 25 janvier 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Et l'article L. 435-1 du même code prévoit que : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 30 août 2009 pour y poursuivre ses études sous couvert de son passeport et d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 25 août 2008, qu'elle a été mise en possession de cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant " valables du 29 septembre 2010 au 15 octobre 2015, puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 5 octobre 2017 au 4 novembre 2019, et enfin d'une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 5 novembre 2019 au 4 novembre 2020, dont elle a sollicité le renouvellement le 15 septembre 2020. La délivrance de ces titres de séjour, ainsi que les nombreux documents de nature variée couvrant les années 2014 à 2021, constituent un faisceau d'indices précis et concordants de nature à établir que l'intéressée résidait en France de manière habituelle depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Or, il est constant que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de statuer sur la demande de Mme B tendant à son admission exceptionnelle au séjour en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requérante, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour opposée par le préfet de Meurthe-et-Moselle a été prise au terme d'une procédure irrégulière.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et après examen de l'ensemble des moyens de la requête, le présent jugement implique seulement que le préfet de Meurthe-et-Moselle procède, après saisine pour avis de la commission du titre de séjour, au réexamen de la situation de Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à Mme B le titre de séjour qu'elle a sollicité le 25 septembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Géhin.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
R. Gottlieb
Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026