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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200861

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200861

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Issa, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'examiner la demande de titre de séjour qu'elle a présentée le 29 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 25 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Issa représentant Mme C, également présente.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour Mme C et enregistrée le 3 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 21 janvier 1989, est entrée régulièrement en France, sous couvert d'un passeport en cours de validité et revêtu d'un visa de court séjour, selon ses déclarations le 28 novembre 2014, accompagnée de son époux et de leur premier enfant. Par deux décisions du 12 août 2016 et du 10 août 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté leur demande de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Celui-ci a assorti sa décision du 10 août 2018 d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les recours formés contre l'arrêté du 10 août 2018 ont été rejetés par un jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 13 novembre 2018. Désormais séparée de son époux, Mme C a sollicité, par un courrier en date du 28 septembre 2021, un titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale en France. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement rejeté cette demande. Par la requête susvisée, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 25 mars 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

4. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle avait sollicité le 28 septembre 2021 doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 19 avril 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a confirmé ce refus et, d'autre part, que, cette dernière décision dûment motivée s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant refus implicite de délivrance d'un titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

6. Mme C est entrée en France alors qu'elle était âgée de vingt-cinq ans. Si la requérante fait valoir sa bonne intégration en France, qu'elle est propriétaire de son logement, que ses deux enfants, dont l'un est né en France, sont scolarisés, qu'elle a pu suivre avec succès plusieurs formations en anglais, en langue des signes et en qualité de secrétaire-hôtesse d'accueil, et qu'elle exerce diverses activités bénévoles, ces éléments ne permettent pas à eux seuls de démontrer qu'elle entretient des liens personnels d'une particulière intensité en France, pas plus que la circonstance qu'elle dispose d'une promesse d'embauche en qualité d'employée polyvalente d'un restaurant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

7. En troisième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance, ne sont donc pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité. Mme C ne peut dès lors utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, bien que l'accord franco-algérien ne prévoie pas de modalités d'admission au séjour en raison de considérations humanitaires ou au regard des motifs exceptionnels semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est toujours loisible au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en faisant usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, et d'apprécier, compte-tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Il ne résulte pas des pièces du dossier, eu égard à la situation de Mme C exposée au point 6 du présent jugement, que le préfet aurait dû admettre la requérante au séjour à titre exceptionnel.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Alors que Mme C ne soutient pas être dépourvue d'attaches en Algérie et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans son pays d'origine, sa situation telle qu'elle a été exposée au point 6 du présent jugement ne permet pas d'établir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet au regard de la gravité alléguée des conséquences de son refus sur la situation de la requérante doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence du 19 avril 2022 prise par le préfet de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme C au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience publique du 2 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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