mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201051 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | LOCTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 avril 2022 et le 17 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Richard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Heillecourt a accordé à la SARL GFS Habitat Construction un permis de construire un immeuble de quatorze logements et deux locaux à usage commercial ou activité libérale sur un terrain sis 84, Grande rue sur les parcelles cadastrées section AC n° 254, 257 et 684 ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Heillecourt une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir ;
- le permis a été accordé en méconnaissance des articles L. 111-11 et R. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors que le raccordement du projet nécessite une puissance électrique de 276 kVA ;
- le permis a été accordé en méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme et de l'article UA 3.1 du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, la SARL GFS Habitat Construction, représentée par Me Poirson, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête de Mme A est irrecevable, que les moyens soulevés ne sont pas fondés et que le recours est abusif et a entraîné un surcoût du chantier.
Par un mémoire distinct enregistré le 24 mai 2022, la SARL GFS Habitat Construction, représentée par Me Poirson, demande au tribunal de condamner Mme A à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'introduction de l'instance.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, la commune d'Heillecourt, représentée par Me Loctin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient à titre principal, que la requête de Mme A est irrecevable, et à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- les observations de Me Richard, représentant Mme A,
- les observations de Me Conti, substituant Me Loctin, représentant la commune d'Heillecourt ;
- et les observations de Me Miller, substituant Me Poirson, représentant la SARL GFS Habitat Construction.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de la commune d'Heillecourt a délivré, par un arrêté du 10 février 2022, un permis de construire n° PC 054 257 21 N00016 à la SARL GFS Habitat Construction portant sur l'édification d'un immeuble, situé à l'angle de la Grande rue et de l'allée de l'Enclos, de quatorze logements et deux locaux à usage commercial ou profession libérale et dix-neuf places de stationnement. Par la requête susvisée, Mme A, dont le jardin s'ouvre allée de l'Enclos en vis-à-vis des places de stationnement du projet, demande au tribunal d'annuler cet arrêté. La SARL GFS Habitat Construction demande au tribunal de condamner Mme A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation de ses préjudices financiers.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'un avis d'Enedis rendu le 19 novembre 2021 fait état de la nécessité, pour un raccordement d'une puissance de 276 kVA, de procéder à une extension du réseau jusqu'aux parcelles d'assiette du projet nécessitant dans ce cas une participation de la personne publique. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que l'arrêté en litige a pris en compte non cet avis du 19 novembre 2021 mais celui antérieurement émis par Enedis le 30 septembre 2021 concernant les mêmes parcelles et rendu au vu d'une hypothèse de raccordement d'une puissance de 160 kVA triphasé ne nécessitant dans ce cas, aucune extension du réseau ni participation financière de la personne publique compétente. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le projet en litige nécessiterait une puissance supérieure à 160 kVA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. / () ".
5. La commune d'Heillecourt est dotée d'un plan local d'urbanisme. Par suite, en vertu des dispositions citées au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 3.1 du plan local d'urbanisme relatif aux accès à la voirie : " Toute construction est interdite sur les terrains non desservis par des voies publiques ou privées, soit directement, soit par l'intermédiaire d'une servitude de passage aménagé sur fonds voisins dans des conditions répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles à édifier, notamment en ce qui concerne la commodité de la circulation et des accès et l'approche des moyens de lutte contre l'incendie ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'allée de l'Enclos, d'une largeur d'environ cinq mètres, qui dessert les dix-neuf places de stationnement attachées à l'immeuble contesté, ne répondrait pas à l'importance et à la destination de cet immeuble, quand bien même ce passage ne desservait jusqu'alors que cinq habitations individuelles et un bâtiment industriel inoccupé. La circonstance, postérieure à l'arrêté en litige, qu'un permis de construire ait été accordé le 29 juin 2022 pour l'édification de deux logements avec création de deux places de stationnement sur une parcelle située au fond de l'allée de l'Enclos est sans incidence sur la légalité du permis de construire délivré à la société GFS Habitat Construction. Par ailleurs, Mme A n'établit pas que l'allée de l'Enclos serait impropre à l'accès de véhicules de secours, alors que le service d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle a rendu un avis favorable au projet le projet étant notamment accessible aux engins de secours depuis la Grande rue. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le permis de construire aurait été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article UA 3.1 du plan local d'urbanisme.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune d'Heillecourt et la SARL GFS Habitat Construction, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires du pétitionnaire :
9. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".
10. Il ne résulte pas de l'instruction que le droit de Mme A à former un recours contre le permis de construire aurait été mis en œuvre dans des conditions qui traduiraient de sa part un comportement abusif, alors qu'elle se présente comme voisine immédiate du projet et qu'un tel comportement ne saurait être établi par le caractère infondé des moyens qu'elle a entendu soulever, dont l'un était tiré de la méconnaissance d'un document d'urbanisme. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la SARL GFS Habitat Construction sur le fondement des dispositions citées au point précédent doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Heillecourt, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Heillecourt et une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SARL GFS Habitat Construction et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la SARL GFS Habitat Construction sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 3 : Mme A versera à la commune d'Heillecourt et à la SARL GFS Habitat Construction une somme de 1 000 (mille) euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune d'Heillecourt et la SARL GFS Habitat Construction est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune d'Heillecourt et à la SARL GFS Habitat Construction.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026