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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201069

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201069

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 5 avril 2022 et le 17 janvier 2024, Mme B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a implicitement refusé de lui verser une nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2018 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser cette prime pour la période concernée, assortie " des intérêts capitalisés au taux légal " à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 3 000 euros en réparation du préjudice subi.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie de l'envoi de sa demande auprès de l'administration ;

- elle peut prétendre au versement d'une nouvelle bonification indiciaire conformément aux points 2 et 3 de l'annexe du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité dès lors que la nouvelle bonification indiciaire a déjà été versée au profit de collègues travaillant notamment dans le même service ;

- la pièce produite en défense doit être écartée des débats, son employeur ayant méconnu son obligation de loyauté ;

- elle est fondée à solliciter la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice résultant de l'attitude déloyale de son employeur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête, dirigée contre un acte inexistant, est irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une lettre du 29 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;

- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- l'arrêté du 17 octobre 2012 portant extension d'un établissement de placement éducatif à Laxou (54) ;

- l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, est affectée depuis le 1er septembre 2018 à l'unité éducative d'hébergement diversifié (UEDH) de Nancy, au sein de l'établissement de placement éducatif (EPE) de Laxou Lorraine Sud. Par un courrier du 3 décembre 2021, Mme A a demandé à son administration le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) sur cette période au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, l'annulation de la décision par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a implicitement refusé de faire droit à sa demande et à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de lui verser les sommes dues au titre de cette prime sur la période concernée et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'attitude déloyale de son employeur.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. " Cette sous-section comprend l'article L. 112-3, aux termes duquel : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / () ", ainsi que l'article L. 112-6, aux termes duquel : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. " Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / () ".

4. Il résulte des dispositions rappelées aux points 2 et 3 ci-dessus qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions des articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande du 3 décembre 2021 par laquelle Mme A a sollicité le bénéfice de la NBI a été implicitement rejetée le 3 février 2022 par le silence gardé par l'administration pendant deux mois. Le délai de recours expirait, dès lors, dans le délai franc de deux mois suivant la naissance de ce rejet implicite, soit, en l'espèce, le 4 avril 2022. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction, qui n'ont été enregistrées au greffe du tribunal que le 5 avril 2022, sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et les moyens soulevés à l'appui des conclusions dirigées contre la décision attaquée.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Si Mme A réclame la somme de 3 000 euros au titre du préjudice qu'elle aurait subi en raison de l'attitude déloyale de l'administration, elle n'établit pas la nature de ce préjudice. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à demander cette indemnité.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ses conclusions indemnitaires, que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

L. Philis

Le président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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