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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201157

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201157

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantABELLAN-MONTAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 avril 2022 et le 25 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Abellan-Montaut, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal a fixé au 20 octobre 2021 la date de consolidation de son accident de service survenu le 5 juin 2020 et à 9% le taux d'incapacité permanente partielle en résultant ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise afin d'évaluer son taux d'incapacité permanente ;

3°) de condamner le centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal aux entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucun médecin spécialiste ne faisait partie de la commission de réforme ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'expertise conduite est incomplète et erronée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juin 2022 et le 29 juillet 2022, le centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 9 janvier 1988 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,

- et les observations de Me Abellan-Montaut, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce les fonctions de cuisinier au sein du centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal. Le 5 juin 2020, il a été victime d'un accident reconnu imputable au service. Le 26 mai 2021, M. B a présenté une rechute de son état de santé. Par un avis du 27 janvier 2022, la commission départementale de réforme s'est prononcée en faveur de l'imputabilité au service de cette rechute, sur la date de consolidation du dommage et sur le taux d'incapacité permanente partielle. Par une décision du 18 février 2022, le directeur du centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal a informé M. B de ce que la date de consolidation de son dommage était fixée au 20 octobre 2021 et de ce que son taux d'incapacité permanente partielle était évalué à 9%. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". En vertu des dispositions de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend : " () 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

4. En l'espèce, il est constant qu'aucun médecin spécialiste n'a siégé au sein de la commission de réforme le 27 janvier 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a pu assister à la séance et présenter ses observations ainsi que des documents, en particulier un certificat médical d'un médecin rhumatologue. En outre, il n'établit pas qu'il présentait, à la date de la séance de la commission, des troubles neurologiques dès lors que les certificats médicaux qu'il produit dans le cadre de l'instance y sont postérieurs. Dans ces conditions, l'absence de médecin spécialiste, rhumatologue ou neurologue, à la commission de réforme n'a pas été de nature à priver M. B d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de réforme ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () - refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 42 / () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () "

6. La reconnaissance de l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident, ainsi que la date de consolidation des dommages et le cas échéant, le taux d'incapacité permanente demeurant à cette date en lien avec la maladie ou l'accident constituent, en application des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 précitées, des avantages dont l'attribution constitue un droit dès lors que le fonctionnaire remplit les conditions pour les obtenir. Par suite, ces décisions doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En l'espèce, la décision contestée du 18 février 2022 confirme l'imputabilité au service de l'accident du 5 juin 2020, fixe la date de consolidation au 20 octobre 2021 et le taux d'incapacité permanente partielle à 9 %. Cette décision vise les textes dont elle fait application, cite l'avis de la commission départementale de réforme du 27 janvier 2022 et le rapport d'expertise du Dr C du 20 octobre 2021. Cette décision est donc suffisamment motivée, compte tenu des exigences du secret médical qui s'oppose à ce que les éléments médicaux justifiant les propositions de la commission de réforme soient détaillés dans les décisions prises sur avis de cette commission. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 18 février 2022 ne peut donc qu'être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'accident de service intervenu le 5 juin 2020, M. B a présenté une rupture du tendon du biceps distal gauche qui a fait l'objet d'une reprise chirurgicale par greffon du long palmaire. Il ressort du rapport d'expertise que le requérant a exposé ses doléances quant aux douleurs, à la gêne fonctionnelle globale, aux paresthésies et aux sensations de main froide ressenties au niveau du membre supérieur gauche. M. B soutient que l'expert n'a pas réalisé les examens nécessaires pour mesurer sa mobilité et sa force musculaire. Le Dr C indique toutefois qu'il n'existe pas de déficit moteur du bras, dont le biceps est rétracté au tiers supérieur mais actif en termes de contraction. Il mentionne également l'existence de douleurs chroniques et d'une impotence fonctionnelle et préconise d'ailleurs de limiter le port de charge à moins de 10 kilogrammes. De plus, d'après les certificats médicaux qu'il produit, M. B ne présente pas de limitation d'amplitude articulaire. M. B soutient également qu'il n'a pas été tenu compte dans l'évaluation de sa situation de l'ensemble des séquelles, notamment neurologiques, qu'il présente. Il se prévaut de deux comptes rendus de consultation d'un médecin neurologue et d'un médecin rhumatologue aux termes desquels il ressent des douleurs au niveau du rachis cervical et au niveau du bras gauche. Ces documents, postérieurs à la décision contestée, évoquent une possible névralgie cervico-brachiale à gauche. Toutefois, l'examen d'imagerie par résonance magnétique réalisé le 25 avril 2022 ne l'a pas objectivée et a conclu à l'absence de conflit disco-radiculaire. Enfin, ces comptes rendus ne font pas de lien entre les troubles ressentis et l'accident de service du 5 juin 2020, ni ne réévaluent la date de consolidation et le taux d'incapacité permanente fixés par le rapport d'expertise. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les dépens :

10. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Émile Durkheim d'Épinal.

Délibéré après l'audience publique du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201157

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