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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201196

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201196

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 avril 2022 et 17 février 2024, M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg a appliqué sur son traitement une retenue de 1/30ème pour service non fait le 29 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme d'un euro symbolique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 29 décembre 2021, il était présent au sein du service, à son poste de travail, ce que reconnaît d'ailleurs l'administration ;

- il lui est reproché un retard dans les pointages, et non une absence de pointage ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale dès lors que les lois n° 82-889 et 83-634 et l'ordonnance n° 58-696 du 6 août 1958, sur lesquelles elle est fondée, ont été abrogées ;

- il n'a pas reconnu d'absence de pointage ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que le directeur des services pénitentiaires lui reproche une grande désinvolture lors de sa faction au mirador 4 de 22h à minuit, alors qu'il était en poste de 23h30 à 1h30 ;

- un doute subsiste quant à la fiabilité de la pointeuse, dès lors qu'un problème technique était déjà apparu le 17 décembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il sollicite une substitution de base légale afin que les dispositions de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 de finances rectificatives pour 1961 soient substituées aux dispositions de la loi du 19 octobre 1982 et soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;

- la loi n° 82-889 du 19 octobre 1982 ;

- la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 ;

- l'ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, surveillant pénitentiaire au centre de détention d'Ecrouves, a fait l'objet d'une décision de retenue de 1/30ème sur son traitement en raison de service non fait. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 19 octobre 1982 relative aux retenues pour absence de service fait par les personnels de l'Etat, des collectivités locales et des services publics : " Le traitement exigible après service fait, conformément à l'article 22, premier alinéa, de l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959, relative au statut général des fonctionnaires, est liquidé selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique. / L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'alinéa précédent. / Les dispositions du présent article sont applicables au personnel de chaque administration ou service doté d'un statut particulier ainsi qu'à tous bénéficiaires d'un traitement ou salaire qui se liquide par mois. () " Aux termes de l'article 89 de la loi du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d'ordre social : " I. - Les articles 1er, 2, 5 et 6 de la loi n° 82-889 du 19 octobre 1982 relative aux retenues pour absence de service fait par les personnels de l'Etat, des collectivités locales et des services publics sont abrogés. () "

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les dispositions applicables de la loi du 19 octobre 1982 relative aux retenues pour absence de service fait par les personnels de l'Etat, des collectivités locales et des services publics ont été abrogées par la loi du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d'ordre social. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision en litige est fondée sur un texte désormais abrogé.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. Aux termes de l'article 89 de la loi du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d'ordre social : " () II. - En conséquence, sont rétablis : / - l'article 4 de la loi de finances rectificative pour 1961 (n° 61-825 du 29 juillet 1961) ainsi que la loi n° 77-826 du 22 juillet 1977, que les articles 5 et 6 de la loi n° 82-889 du 19 octobre 1982 précitée avaient abrogés. " Aux termes de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961, applicable à la date du litige : " Le traitement exigible après service fait, conformément à l'article 22 (premier alinéa) de l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaires est liquidé selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique. / L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'alinéa précédent. / Il n'y a pas service fait : / 1°) Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de services ; / 2°) Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements. "

6. En l'espèce, comme le soutient en défense le garde des sceaux, ministre de la justice, les dispositions de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961 peuvent être substituées aux dispositions de la loi du 19 octobre 1982 relative aux retenues pour absence de service fait par les personnels de l'Etat, des collectivités locales et des services publics dès lors que la décision contestée aurait pu être prise sur ce fondement et que l'intéressé n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale en raison de l'abrogation de la loi du 19 octobre 1982 relative aux retenues pour absence de service fait par les personnels de l'Etat, des collectivités locales et des services publics doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de l'ordonnance du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique : " () les dispositions de la présente ordonnance entrent en vigueur le 1er mars 2022. "

8. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'à la date de la décision attaquée, les dispositions de l'ordonnance du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique n'étaient pas entrées en vigueur. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de la loi du 13 juillet 1983 et de l'ordonnance du 6 août 1958 étaient abrogées à la date de la décision attaquée.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de ronde du mirador 4 du centre de détention d'Ecrouves du 30 décembre 2021, que des retards " dans le signalement par passage de pointeau " ont été constatés, dans la nuit du 29 au 30 décembre 2021, à 00h14, 00h49 et 1h24, heures auxquelles M. A était supposé assurer sa ronde. Si ce rapport fait mention d'un retard dans le pointage, il ne ressort pas de celui-ci que M. A aurait satisfait à son obligation de pointage entre 23h30 et 1h30. Si M. A fait valoir qu'à 1h24, la relève était arrivée, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur les deux défauts de pointage précédents. Enfin, la production d'un précédent rapport de ronde du 18 décembre 2021, au cours de laquelle aurait été signalé un " retard dans le signalement par passage de pointeau ", ne suffit pas à lui-seul à établir un quelconque dysfonctionnement de la machine de pointage. Par suite, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur de fait, nonobstant la circonstance que M. A n'ait pas reconnu d'absence à son poste de ronde entre 23h30 et 1h30 dans la nuit du 29 au 30 décembre 2021.

10. En dernier lieu, à supposer même que M. A ait entendu soulever un moyen tiré de ce qu'il n'a pas été absent durant toute sa période de travail, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il n'a pas pointé à deux reprises au moins dans la nuit du 29 au 30 décembre 2021, pendant la période au cours de laquelle il devait assurer la ronde du mirador 4. Dès lors, il s'est abstenu d'effectuer une partie de ses heures de service. Ainsi, en application des dispositions de l'article 4 de la loi de finances rectificative pour 1961 du 29 juillet 1961 citées au point 4, cette absence de service fait pouvait donner lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'alinéa précédent.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg a appliqué sur son traitement une retenue de 1/30ème pour service non fait le 29 décembre 2021. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

La greffière

L. Bourger

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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