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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201240

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201240

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, M. A B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- en contestant son identité sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- le préfet n'a pas renversé la présomption d'authenticité des actes d'état civil qu'il a présentés dès lors qu'il lui a déjà délivré un titre de séjour sur le fondement des actes d'état civil présentés, que les griefs invoqués contre les documents d'état civil manquent de sérieux, que les services de la préfecture détiennent et utilisent de manière déloyale et illégale des informations en méconnaissance du règlement général de protection des données, utilisant des informations anciennes du conseil départemental qui n'ont jamais été transmises à la préfecture ;

- la décision est insuffisamment motivée sur les raisons qui conduisent la préfecture à qualifier de faux ses documents d'état civil ;

- le préfet s'est estimé en compétence liée par rapport aux rapports d'expertise documentaire et n'a pas examiné sa situation ;

- la décision attaquée méconnaît l'autorité de la chose jugée et le principe de sécurité juridique ;

- la décision attaquée méconnaît le droit fondamental à l'identité tel qu'il est protégé par les articles 3-1, 7 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant, les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les articles 16 et 17 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 25 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur ;

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 22 février 2001, a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle à compter du 26 avril 2017. Le 7 janvier 2019, il a sollicité l'obtention d'un titre de séjour. En dépit de la délivrance de récépissés de demande de titre régulièrement renouvelés, il a demandé l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande. Le préfet a indiqué en cours d'instance, par un courrier du 4 décembre 2020, qu'un titre de séjour serait délivré à M. B sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement n° 2001076 du 28 décembre 2020, le tribunal administratif a en conséquence constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B. Toutefois, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 9 août 2021, refusé d'accorder à M. B un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné, avant de constater son erreur et de notifier à M. B, le 28 octobre 2021, un nouvel arrêté retirant l'arrêté du 9 août 2021 et décidant d'accorder à M. B une carte de séjour temporaire. Muni d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 30 novembre 2021, M. B s'est vu délivrer un titre de séjour temporaire valable du 4 décembre 2020 au 3 décembre 2021. Par un nouvel arrêté du 1er mars 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions :

2. Par un arrêté n°21.BCI.41 du 8 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le 9 septembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, M. C, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. B séjournait en France depuis un peu moins de cinq ans. Célibataire et sans enfant, il ne fait état d'aucun lien familial en France, alors qu'il ne conteste pas, ainsi que cela ressort du rapport d'évaluation de sa situation, que sa mère, sa sœur et son frère résident dans son pays d'origine où il ne serait en conséquence pas isolé. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'insertion que le requérant a consentis et du déroulement satisfaisant de sa scolarité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet a effectué un examen de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment au regard des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels.

7. D'autre part, la circonstance que le requérant est entré en France en tant que mineur isolé, qu'il suit une formation pour obtenir un certificat d'aptitude professionnel (CAP) " restauration ", qu'il a conclu un contrat d'apprentissage et qu'il a bénéficié d'un contrat jeune majeur, ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, pour refuser d'admettre M. B au séjour, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le fait que les actes de l'état civil n'étaient pas de nature à justifier de son état civil et de sa nationalité. A l'appui de sa requête, M. B soutient qu'en contestant son identité sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit, que le préfet n'a pas renversé la présomption d'authenticité des actes d'état civil qu'il a présentés dès lors qu'il lui a déjà délivré un titre de séjour sur le fondement des actes d'état civil présentés, que les griefs invoqués contre les documents d'état civil manquent de sérieux, que les services de la préfecture détiennent et utilisent de manière déloyale et illégale des informations en méconnaissance du règlement général de protection des données, utilisant des informations anciennes du conseil départemental qui n'ont jamais été transmises à la préfecture, que la décision est insuffisamment motivée sur les raisons qui conduisent la préfecture à qualifier de faux ses documents d'état civil, que le préfet s'est estimé en compétence liée par rapport aux rapports d'expertise documentaire et n'a pas examiné sa situation, que la décision attaquée méconnaît l'autorité de la chose jugée et le principe de sécurité juridique et que la décision attaquée méconnaît le droit fondamental à l'identité tel qu'il est protégé par les articles 3-1, 7 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant, les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 16 et 17 du pacte international relatif aux droits civils et politiques. Toutefois, ainsi qu'il l'a été dit précédemment, M. B ne remplit pas les conditions en vue de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de Meurthe-et-Moselle était en droit de refuser d'admettre au séjour M. B pour ces seuls motifs et il résulte de l'instruction que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ces deux motifs.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il ne ressort pas des termes du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle se serait cru en situation de compétence liée au moment d'obliger M. B à quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées

Sur les frais de l'instance :

13. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que M. B demande au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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