jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 juillet, 6 et 14 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Jeannot demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite sa demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de deux-cents euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Jeannot sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cette décision est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ni la mention du nom et prénom de celui-ci ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait classer sans suite sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français au motif qu'il n'avait pas été retirer son titre de séjour en qualité d'étudiant ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que cette décision est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par des mémoires en défense enregistrés les 5 et 28 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que la demande de titre de séjour de M. A en qualité de parent d'enfant français a été enregistrée le 4 août 2022 et que le requérant a été mis en possession d'un récépissé valable du 4 août 2022 au 3 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
L'affaire, initialement inscrite à l'audience du 20 octobre, a été renvoyée à celle du 17 novembre 2022.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 13 janvier 2001, serait entré en France le 8 janvier 2018, selon ses déclarations. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à la suite d'une décision du juge des enfants de B du 13 mars 2018. Il a bénéficié d'un titre de séjour délivré sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors en vigueur, régulièrement renouvelé jusqu'au 2 juin 2021. Le 30 septembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Parallèlement, à la suite de la naissance de son fils de nationalité française, il a sollicité un changement de statut au profit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, prévu par les nouvelles dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 28 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite la demande de titre de séjour du requérant.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. S'il ressort des pièces du dossier que le 4 août 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, le préfet a enregistré la demande de titre de séjour de M. A et lui a délivré un récépissé valable du 4 août 2022 au 3 février 2023, il est constant que la décision du 28 juin 2022 a produit ses effets jusqu'au 4 août 2022. Dans ces conditions l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par le préfet de Meurthe-et-Moselle ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code: " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu des éléments circonstanciés. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.
6. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour procéder au classement sans suite de la demande de titre de séjour présentée en qualité de parent d'enfant français par M. A, le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé qu'il ne lui était pas possible de délivrer le titre sollicité dès lors que M. A n'était pas venu retirer le titre de séjour " étudiant " qui lui avait été délivré. Or, un tel motif, qui est sans rapport avec le caractère incomplet de son dossier du requérant, ne peut légalement fonder le refus de l'administration d'enregistrer une demande de titre de séjour. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en lui opposant un tel motif pour classer sans suite sa demande de titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision du 28 juin 2022 d'une erreur de droit.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. D'une part, l'annulation du refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à M. A. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet soutient sans être contredit avoir procédé, le 4 août 2022, à l'enregistrement de la demande de titre de séjour du requérant en qualité de parent d'enfant français.
9. D'autre part, si le préfet justifie avoir délivré au requérant un récépissé valable du 4 août 2022 au 3 février 2023, ce récépissé correspond non pas à la demande de titre de séjour parent d'enfant français déposée par M. A mais à un titre de séjour " étudiant - élève ". Dans ces conditions, il a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer un récépissé de demande de carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français, autorisant celui-ci à travailler en vertu des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 juin 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite la demande de titre de séjour de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A un récépissé de demande de carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français l'autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie, pour information, sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Fabas, conseillère,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La rapporteure,
L. Fabas
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026