jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | CUNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 juillet, 29 septembre et 20 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Cuny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au titre de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle ne comporte pas la signature de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle ne représente pas de risque de fuite et le préfet ne peut déduire l'absence de garanties de représentation suffisantes de la circonstance qu'elle est hébergée chez son conjoint sur lequel les faits de violences conjugales ont été commis.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle revêt une erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 16 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,
- les observations de Me Cuny, représentant Mme A,
- et les observations de Me Morel, représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, née le 4 octobre 1980, de nationalité ivoirienne, serait entrée en France le 15 novembre 2016, selon ses déclarations. Elle a formé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 juillet 2018. Le 22 octobre 2020, Mme A a déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjointe de français à la suite de son mariage, survenu le 20 novembre 2019, avec M. B, ressortissant français. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 28 avril 2021 par lequel le préfet de l'Yonne lui a également fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Mme A a été interpellée le 10 juillet 2022 par les services de police d'Auxerre à la suite de faits de violences intrafamiliales commis sur son conjoint et placée en garde à vue. Par arrêté du même jour, le préfet de l'Yonne a fait obligation à Mme A de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme A a été placée en rétention administrative puis libérée par le juge des libertés et de la détention. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2022.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 16 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante réside sur le territoire français depuis au moins quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'elle est mariée depuis plus de trois ans avec M. B, ressortissant français, et qu'ils se sont engagés dans une procédure de procréation médicalement assistée. Par ailleurs, Mme A et son mari partagent une communauté de vie ininterrompue depuis le 30 décembre 2019, ainsi que cela ressort de la quittance de loyer produite au dossier. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de l'époux de la requérante, que les faits de violence conjugale sur lesquels s'est fondé le préfet à l'appui de la décision attaquée se sont produits dans un contexte de dispute occasionnelle et que le couple n'entend pas se séparer. Par ailleurs, Mme A établit avoir développé un réseau amical sur le territoire français et tissé des liens avec la famille de son époux. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Yonne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Yonne l'a obligée à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant son pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. Il est enjoint au préfet de l'Yonne de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dès notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Cuny, avocat de Mme A, sur le fondement des dispositions précitées, sous réserve que celui-ci s'engage à renoncer à percevoir la part correspondant à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 10 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a fait obligation à Mme A de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dès notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait de nouveau statué sur son cas.
Article 4 : L'Etat versera à Me Cuny la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que celui-ci s'engage à renoncer à percevoir la part correspondant à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de l'Yonne.
Copie en sera adressée, pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Fabas, conseillère,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La rapporteure,
L. Fabas
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201967
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026