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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202256

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202256

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à payer la somme de 500 euros au titre des frais irrépétibles en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B par une décision du 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Coudert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 24 mai 1995 à Le Kef (Tunisie), a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement ainsi que d'une interdiction définitive du territoire français prononcées par la cour d'appel de Besançon par un arrêt du 19 mai 2019. Par une décision du 7 juillet 2022, le préfet de l'Yonne a fixé le pays à destination duquel M. B était susceptible d'être reconduit pour l'exécution de cette interdiction judiciaire. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme D A, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas la décision contestée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que la cour d'appel de Besançon a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction définitive de territoire français par un arrêt du 19 mai 2019 et que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Tunisie, son pays d'origine. Le préfet n'était par ailleurs pas tenu de viser les articles L. 612-12 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne s'appliquent que lorsque le pays de destination est fixé en application d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si M. B soutient qu'il est menacé de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la réalité des risques personnels allégués, alors qu'il est constant que ses demandes d'admission au statut de réfugié ont été rejetées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. B soutient que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il se borne à faire valoir qu'il est le père d'un enfant né le 20 septembre 2019 et qui vit en Italie sans apporter d'élément permettant d'établir tant la réalité de la paternité alléguée que l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec cet enfant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office aux fins d'exécution de l'interdiction définitive du territoire français prononcée à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 500 euros demandée par le préfet de l'Yonne au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de l'Yonne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Yonne.

Délibéré après l'audience publique du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le président-rapporteur,

B. CoudertL'assesseure la plus ancienne,

G. Grandjean

La greffière,

A. MATHIEU

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202256

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