jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 et 23 septembre 2022, Mme E C demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle ne présente pas de risque de fuite.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle revêt une erreur d'appréciation quant à sa durée.
La requête de Mme C a été communiquée au préfet de la Moselle qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle de Mme C par une décision du 18 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, ressortissante albanaise née le 4 novembre 1995, serait entrée en France le 22 janvier 2021 selon ses déclarations. Le 20 septembre 2022, Mme C a fait l'objet d'un placement en garde à vue pour des faits de vol en réunion. A cette occasion, sa situation administrative a été contrôlée et elle n'a pas été en mesure de présenter un document l'autorisant à circuler ou séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 21 septembre 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra, le cas échéant, être éloignée et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. B D, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, auquel le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 2 juin 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. La requérante ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté attaqué ne lui aurait pas été notifié dans une langue qu'elle comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen spécifiquement dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente sur le territoire français depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, qu'elle est célibataire et sans enfant et ne se prévaut d'aucun lien sur le territoire français. Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de la Moselle a obligé Mme C à quitter le territoire français n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de celle-ci au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
8. D'une part, Mme C ne peut utilement faire valoir que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public dès lors qu'un tel motif ne fait pas partie de ceux retenus par le préfet pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. D'autre part, le préfet a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à Mme C au motif, non contesté par la requérante, qu'elle s'est notamment maintenue sur le territoire français au-delà d'un délai trois mois à compter de son entrée en France sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle a pu légalement estimer qu'il existait un risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre et lui refuser, pour ce seul motif, de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, la décision par laquelle le préfet de la Moselle a fixé le pays à destination duquel Mme C pourra être éloignée n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En deuxième lieu si Mme C soutient que la décision fixant son pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
13. Si le préfet de la Moselle fait valoir que la présence de la requérante sur le territoire français représente une menace à l'ordre public dès lors qu'elle est défavorablement connue des services de police pour voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable et qu'elle a fait l'objet d'un placement en garde à vue, le 20 septembre 2022 pour des faits de vol en réunion, Mme C n'a fait l'objet d'aucune condamnation et ces faits, pour répréhensibles qu'ils soient, ne sont pas suffisants pour estimer que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée sur le territoire français depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée et qu'elle n'établit pas disposer de liens anciens et stables en France. Ainsi, alors même qu'elle ne se serait déjà soustraite à l'exécution d'aucune précédente mesure d'éloignement, elle n'est pas fondée à soutenir, eu égard à l'absence de liens sur le territoire français et à son entrée très récente, que la décision par laquelle le préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "
16. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office.
17. D'une part, il n'est ni établi ni même allégué que Mme C aurait été privée d'un examen individuel, d'un entretien personnel ou d'un défaut d'interprétariat. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que la requérante ne justifie d'aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
19. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
20. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre du présent litige, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que Mme C demande, au bénéfice de son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet de la Moselle.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Cabecas, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La rapporteure,
L. A
Le président
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202705
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026