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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202714

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202714

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022 à 11 heures 58, M. D A, alias M. F B, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 septembre 2022 par lequel la préfète de la Meuse a maintenu son placement en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Meuse de lui délivrer une attestation d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- l'auteur de la décision n'est pas compétent ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- sa demande d'asile ne présente pas de caractère dilatoire ;

- il dispose de garantie de représentation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, la préfète de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boulangé, magistrat désigné,

- les observations de Me Lévi-Cyferman, avocate représentant M. A alias M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, ajoutant que son client a déposé une demande d'asile en 2020 en qualité de syrien, et sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- les observations de M. A, alias M. B ;

- et les observations de M. H, représentant la préfète de la Meuse, qui reprend l'argumentation du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né en 1985, se disant M. B, de nationalité syrienne, a déclaré être entré en France de manière irrégulière le 1er mars 2013. Il s'est fait connaître sous différentes identités auprès des services de police. Il est très défavorablement connu pour de nombreuses infractions. Il a fait l'objet de différentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas mises à exécution. Il a été condamné par la cour d'assise de Paris le 13 novembre 2020 à des peines de 6 ans d'emprisonnement et à une interdiction judiciaire définitive du territoire français. Au terme de sa peine, l'intéressé a été placé en rétention administrative. Depuis le centre de rétention de Metz qu'il a rejoint le 17 septembre 2022, M. A alias M. B, le 19 septembre 2022, a demandé l'asile en France. Estimant qu'il s'agissait d'une manœuvre dilatoire, la préfète de la Meuse, par la décision contestée du 21 septembre 2022, a décidé de son maintien en rétention administrative.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A alias M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () ".

5. En premier lieu, Christian G par un arrêté n°2021-2519 du 13 octobre 2021, régulièrement publié, la préfète de la Meuse a donné délégation à M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions entrant dans les attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. G, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision du 21 septembre 2022 par laquelle la préfète de la Meuse a maintenu le placement en rétention administrative de M. A alias M. B, comporte, dans une rédaction non stéréotypée, l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle précise en particulier les deux identités avancées par l'intéressé, à savoir, M. D A de nationalité turque né le 17 octobre 1985 à Annaba (Algérie) et M. F B, né le 17 octobre 1985 à Damas (Syrie). Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été notifiée au requérant dans une langue qu'il comprend n'est pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision attaquée. Il doit par suite être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties suffisantes de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen, qui n'est pas opérant, doit être écarté.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, alias M. B, qui est entré en France, selon ses déclarations, le 1 mars 2012, n'a sollicité l'asile que le 19 septembre 2022, après son placement en rétention, soit plus de 10 ans après son entrée sur le territoire français, dix années au cours desquelles il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement. Dans ces conditions, c'est sans erreur d'appréciation que la préfète de la Meuse a pu considérer que la demande d'asile de M. A, alias M. B était dilatoire et n'avait été déposée que dans le seul but de faire échec à son éloignement, l'intéressé n'établissant pas par ailleurs, comme il le soutient à l'audience, avoir déposé une demande d'asile en 2020 sous l'identité de B et dont il ne peut donner l'issue.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante au principal dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de la Meuse.

Lecture en audience publique le 4 octobre 2022 à 15 heures 30.

.

Le magistrat désigné,

P. E La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de la Meuse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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