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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202741

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202741

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantAARPI BAUER & BERNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 septembre 2022 et 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Berna, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 25 juillet 2022 du silence gardé par la commission nationale d'agrément et de contrôle sur le recours formé contre le refus de délivrance d'une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée ;

2°) d'annuler la décision de la commission locale d'agrément portant refus de délivrance de cette autorisation du 10 avril 2022 ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'erreurs de fait en ce qui concerne les faits de vol et de violence, pour lesquels il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 133-16 du code pénal, qui fait obstacle à ce que le CNAPS se fonde sur des faits pour lesquels il a bénéficié d'une réhabilitation de plein droit ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa capacité à faire preuve de maîtrise de soi et du calme requis dans les situations conflictuelles.

Par une lettre du 8 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de la commission locale d'agrément du 10 avril 2022 dès lors que le recours n'est recevable qu'en tant qu'il est dirigé contre la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire.

Par un mémoire enregistré le 10 avril 2024, M. B a répondu au moyen ainsi relevé d'office.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2022-449 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, président,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 10 avril 2022, la commission locale d'agrément et de contrôle Est a refusé de délivrer à M. B une autorisation préalable d'accès à la formation aux métiers de la sécurité privée. M. B a formé un recours à l'encontre de cette décision devant la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité. Par sa requête, M. B demande l'annulation, d'une part, de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Est du 10 avril 2022, d'autre part de la décision implicite née le 25 juillet 2022 du silence gardé par la commission nationale d'agrément et de contrôle sur le silence gardé sur le recours administratif formé par M. B à l'encontre de la décision du 10 avril 2022.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle du 10 avril 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, applicable au présent litige en vertu de l'article 8 du décret n° 2022-449 : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission nationale d'agrément et de contrôle, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles de la commission locale d'agrément et de contrôle. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées, non contre la décision de la commission nationale, mais contre la décision initiale de refus prise par la commission locale, sont irrecevables.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, M. B a saisi le 23 mai 2022, la commission nationale d'agrément et de contrôle d'un recours contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle du 10 avril 2022, ainsi qu'il en avait l'obligation. La commission nationale d'agrément et de contrôle a, par une décision implicite de rejet née le 25 juillet 2022 du silence gardé par celle-ci, rejeté le recours administratif préalable ainsi formé devant elle de sorte que cette dernière décision s'est substituée à celle de la commission locale. En conséquence, les conclusions présentées par M. B contre la décision du 10 avril 2022 sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née le 25 juillet 2022 du silence gardé par la commission nationale d'agrément et de contrôle :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ; (). ". Aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20 ". Aux termes de l'article L. 612-20 de ce même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. B l'autorisation sollicitée, la commission nationale d'agrément et de contrôle a estimé que le comportement de M. B était de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et était par conséquent incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, sur le fondement du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Pour ce faire, elle s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé avait été condamné à huit mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Lyon, le 8 février 2017, pour des faits de violence commise en réunion suivis d'une incapacité n'excédant pas huit jours, des faits de vol en réunion, de dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion, d'autre part, sur la circonstance qu'il avait été mis en cause, en qualité d'auteur, pour des faits de vol ou de violence commis les 8 décembre 2012, 5 janvier 2014 et 11 avril 2020.

6. En premier lieu, M. B conteste la matérialité des faits qui auraient été commis les 8 décembre 2012, 5 janvier 2014 et 11 avril 2020. En se bornant à produire des extraits du traitement des antécédents judiciaires ainsi que le résumé des faits des enquêtes administratives concernées, qui ne comportent aucun élément d'identification du requérant, le Conseil national des activités privées de sécurité n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de la matérialité de ces faits.

7. En second lieu, aux termes de l'article 133-12 du code pénal : " Toute personne frappée d'une peine criminelle, correctionnelle ou contraventionnelle peut bénéficier, soit d'une réhabilitation de plein droit dans les conditions prévues à la présente section, soit d'une réhabilitation judiciaire accordée dans les conditions prévues par le code de procédure pénale ". L'article 133-13 du même code précise que la réhabilitation est acquise de plein droit à la personne physique condamnée qui n'a, dans les délais ci-après déterminés, subi aucune condamnation nouvelle à une peine criminelle ou correctionnelle, pour la condamnation unique à un emprisonnement n'excédant pas un an, après un délai de cinq ans à compter soit de l'exécution de la peine, soit de la prescription accomplie. Selon le premier alinéa de l'article 133-16 du même code, la réhabilitation produit les mêmes effets que ceux qui sont prévus par les articles 133-10 et 133-11 et efface toutes les incapacités et déchéances qui résultent de la condamnation. Enfin, selon l'article 133-11 du même code : " Il est interdit à toute personne qui, dans l'exercice de ses fonctions, a connaissance de condamnations pénales, de sanctions disciplinaires ou professionnelles ou d'interdictions, déchéances et incapacités effacées par l'amnistie, d'en rappeler l'existence sous quelque forme que ce soit ou d'en laisser subsister la mention dans un document quelconque. () ".

8. Il n'est pas contesté qu'à la suite de sa condamnation à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis prononcée par le jugement du tribunal correctionnel de Lyon le 8 février 2017, devenu définitif, M. B a bénéficié d'une réhabilitation de plein droit en application des dispositions précitées, justifiant que, par jugement du 15 juin 2022, cette même juridiction constate que la requête en exclusion de la mention de la condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire du requérant était devenue sans objet, motif pris de ce que celui-ci comportait déjà la mention " néant ". Si cette circonstance est sans incidence sur la matérialité des faits ayant donné lieu à de telles condamnations, elle a en revanche pour effet d'effacer lesdites condamnations, ce qui faisait obstacle à ce que le Conseil national des activités privées de sécurité puisse légalement se fonder sur cette condamnation pour justifier sa décision. Le moyen tiré de l'erreur de droit, ainsi soulevé par M. B, doit donc être accueilli.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission nationale d'agrément et de contrôle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du 25 juillet 2022, implique seulement que ladite commission réexamine la demande de M. B tendant à être autorisé à suivre une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle à l'exercice d'une activité privée de sécurité. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La présente instance n'ayant par ailleurs donné lieu à aucun dépens, les conclusions formulées à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née le 25 juillet 2022 du silence gardé par la commission nationale d'agrément et de contrôle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience publique du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne

A. Bourjol

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202741

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