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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202811

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202811

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202811
TypeDécision
RecoursInterprétation
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantVAXELAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er octobre 2022 à 18 heures 52 et le 6 octobre 2022, M. G E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire des décisions n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué à tort qu'il se maintient volontairement en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il n'allègue pas à être exposé à des peines et traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'il a déposé une demande d'asile en France et en Allemagne ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même irrégulière ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même irrégulière ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même irrégulière ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué à tort qu'il n'allègue pas à être exposé à des peines et traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il a déposé une demande d'asile en France et en Allemagne ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour et quant aux circonstances humanitaires ;

- la décision porte atteinte à son droit constitutionnel d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A D,

- les observations de Me Real, avocat commise d'office, représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur les raisons pour lesquelles il a quitté son pays d'origine ; qu'il a exécuté l'obligation de quitter le territoire français pour se rendre en Allemagne ; qu'il dispose d'une adresse stable en Allemagne ; qu'il a introduit une demande d'asile en raison de craintes pour sa sécurité liées à l'existence de dettes auprès de créanciers géorgiens et d'une relation qu'il a entretenu avec une fille qu'il a mise enceinte ; que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il a exécuté la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet ; que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français fait obstacle à ce qu'il puisse présenter une autre demande d'asile sur le territoire d'un autre pays du système Schengen ; le préfet n'a pas tenu compte des nombreux problèmes de santé dont il souffre ;

- les observations de M. E, assisté d'un interprète en langue géorgienne qui précise qu'il a déposé une demande d'asile en Allemagne et qu'il dispose d'une adresse fixe dans ce pays et que sa femme et ses enfants vivent toujours en Géorgie ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et relève que l'intéressé n'a pas exécuté, en quittant la France pour l'Allemagne, la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet au sens de l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; que si l'intéressé déclare avoir des problèmes de santé, il ne les établit pas et n'a d'ailleurs pas sollicité la présence d'un médecin lors de son audition par les services de police ; qu'il est connu défavorablement par les services de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien né le 26 novembre 1974, déclare être entré en France le 13 janvier 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 mai 2021. Par un arrêté du 24 septembre 2021, le préfet d'Ile-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. M. E a quitté la France pour l'Allemagne à une date indéterminée, pays dans lequel il a présenté une demande d'asile. M. E a fait l'objet d'un arrêté de transfert pour la France par les autorités allemandes. Le 30 septembre 2022, il a été interpellé pour tentative de vol par les services de gendarmerie d'Arnay-le-Duc. Par un arrêté du 1er octobre 2022, le préfet de la Côte d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Placé en rétention administrative, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé de M. C B, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de la Côte-d'Or, à qui ce dernier a donné délégation pour signer les décisions en litige par un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 2 septembre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions qu'il comporte, qui sont, par suite, suffisamment motivées

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que la décision contestée n'aurait pas été notifiée à l'aide d'un interprète. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition administrative du 30 septembre 2022, que M. E a été informé de ce que le préfet était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'il a alors été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs pouvant justifier que le préfet s'abstienne de prendre une mesure d'éloignement. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. E, qui n'établit pas souffrir de problèmes cardiaques. Par suite ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. E est présent en France depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée et ne fait état d'aucune attache familiale sur le territoire français. Par ailleurs, il n'est pas dépourvu de lien dans son pays d'origine où résident son épouse et ses deux enfants. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, le requérant ne justifie pas avoir exécuté, en quittant la France pour l'Allemagne, la précédente mesure d'éloignement au sens de l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il ne peut sérieusement soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en précisant que l'intéressé s'est volontairement maintenu sur le territoire français en situation irrégulière. Par ailleurs, la seule circonstance que l'intéressé ait présenté une demande d'asile en France et en Allemagne n'est pas de nature à démontrer qu'il se serait prévalu devant le préfet de risques de mauvais de traitement en cas de retour dans son pays d'origine.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, le requérant n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la mesure précédente.

12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation familiale de M. E avant de refuser d'accorder à celui-ci un délai de départ volontaire. Par suite ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / ()/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ) ".

14. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas exécuté, en quittant la France pour l'Allemagne, la mesure d'éloignement prise à son encontre le 24 septembre 2021 au sens des dispositions de l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer, pour ce seul motif, qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, et ce alors même qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque de fuite doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, le requérant n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de la mesure précédente.

16. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation familiale de M. E en prenant la décision litigieuse.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture () ".

18. Si le requérant soutient craindre des représailles en cas de retour dans son pays d'origine et risquer de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'établit pas être actuellement exposé à de tels traitements en se bornant à exposer que sa communauté n'a pas accepté sa relation avec un membre de sa famille lointaine et que cette personne est tombée enceinte. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants doivent être écartés.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

21. En premier lieu, le requérant n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la mesure précédente.

22. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'entrée en France du requérant est récente, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et qu'il n'est pas dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où résident son épouse et ses deux enfants. Enfin, il n'établit pas disposer de liens privés et familiaux stables sur le territoire français. Dans ces conditions le préfet de la Côte d'Or n'a pas inexactement apprécié les faits de l'espèce en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

23. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. E, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte d'Or aurait fait une appréciation manifestement erronée de sa situation en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne justifiait que ne soit pas édictée à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.

24. En quatrième lieu, le requérant soutient que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter asile et protection. Il résulte toutefois des dispositions précitées que l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle, ainsi que le prévoit l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions désormais codifiées aux articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, la décision n'est pas entachée d'une erreur de fait lorsque le préfet a indiqué que l'intéressé n'avait pas allégué être exposé à des peines et traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte d'Or doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et au préfet de la Côte d'Or.

Lu en audience publique le 7 octobre 2022 à 15 heures 55.

La magistrate désignée,

C. Sousa DLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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