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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202813

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202813

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJACQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022 à 19 heures 07 et un mémoire enregistré le 16 octobre 2022, M. G B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er octobre 2022 par lequel le préfet de la Moselle a ordonné son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision contestée est incompétent ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- la décision contestée ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant à ses garanties de représentation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Jacquin, avocate commise d'office, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Elle fait valoir que Mme C n'était pas compétente pour prendre la décision contestée. M. B n'a pas fait de demande de titre de séjour parce qu'il pensait pouvoir en obtenir un automatiquement après dix ans de présence en France. Il n'avait pas connaissance de la possibilité de faire une demande d'asile. En Algérie, il a rencontré un homme qui avait des pratiques religieuses salafistes et qui voulait lui imposer cette pratique. Il s'y est opposé et a été blessé. Il a deux cicatrices. Il présente des garanties de représentation puisqu'il vit chez sa tante ce qui figure dans le procès-verbal de police ;

- et les observations de M. H, représentant le préfet de la Moselle, qui indique que le préfet a considéré que la demande d'asile de M. B est dilatoire dès lors qu'au cours de son audition par les services de police, il n'a fait état d'aucune crainte. Il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'il n'a ni respectées ni contestées. Il a présenté sa demande d'asile après que sa rétention a été prolongée par le juge des libertés et de la détention.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2015. Par un arrêté du 19 juillet 2018, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pour une durée de 26 mois. Par un arrêté du 1er avril 2022, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une année. Le 25 septembre 2022, M. B a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de " recel de vol ". Par un arrêté du 26 septembre 2022, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et M. B a été placé en rétention administrative. Il a présenté une demande d'asile le 30 septembre 2022. Par un arrêté en date du 1er octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Moselle a ordonné son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme C. Par un arrêté n° 2022-A-11 du 2 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné sa délégation à Mme A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer toute décision se rapportant aux matières de sa direction, à l'exception des arrêtés d'expulsion. Mme D C, agent du bureau d'éloignement, bénéficiait d'une délégation pour signer toute mesure d'éloignement et toutes documents relatifs à la gestion des dossiers d'éloignement, lors des permanences qu'elle peut assurer le week-end. Il ressort des pièces du dossier que Mme C devait assurer une permanence lors des journées des 1er et 2 octobre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose au préfet de notifier une décision portant obligation de quitter le territoire français à son destinataire par l'intermédiaire d'un interprète ou dans une langue qu'il comprend. Ainsi, les conditions de notification d'une telle décision n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux mais n'affectent pas sa légalité. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été notifié en l'absence d'un interprète est, par suite, sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et doit ainsi être écarté.

6. En troisième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les conditions d'entrée et de séjour de M. B en France ainsi que les éléments au regard desquels le préfet a estimé que la demande d'asile de l'intéressé présentait un caractère dilatoire. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait pertinentes qui fondent la décision maintenant M. B en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. ".

8. Si M. B soutient que ses craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine sont réelles, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, il n'a accompli aucune démarche pour demander l'asile depuis sa première entrée sur le territoire français en 2015 et ce alors qu'il a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'il n'a pas contestées. Par ailleurs, M. B a présenté sa demande d'asile quatre jours après son placement au centre de rétention administrative et après que ce placement ait été prolongé par le juge des libertés et de la détention. Dans ces conditions, la demande d'asile de l'intéressé doit être regardée comme ayant été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation en le maintenant en rétention pendant la durée d'examen de sa demande d'asile.

9. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties suffisantes de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen, qui n'est pas opérant, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. B au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 17 octobre 2022 à 14h51.

La magistrate désignée,

C. E

La greffière

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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