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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202962

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202962

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP BENOIT OLSZOWIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 et 31 octobre et 2 novembre 2022, Mme A B demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 octobre 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement ;

2°) de condamner l'association lorraine de santé en milieu de travail (ALSMT) à lui verser la somme d'un euro symbolique en réparation de ses préjudices moraux ainsi que la somme de 19 999 euros destinés à une œuvre caricative.

Elle soutient que :

- il y a urgence à statuer sur sa situation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

* elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, les éléments utiles à sa défense ne lui ayant pas été communiqués et l'enquête de l'inspecteur du travail ayant été réalisée sans information préalable des parties et sans possibilité pour elle de se faire assister, ce qui méconnaît les articles 7, 8, 10 et 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 14 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, l'article 16 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, l'article 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* la décision est intervenue au-delà du délai de 15 jours prévu par l'article R. 4623-21 du code du travail ;

* les éléments qui lui sont reprochés, qui sont imprécis, subjectifs, et relèvent du ressenti, ne suffisent à justifier son licenciement ;

* le nombre de personnes mécontentes de sa pratique professionnelle ne représente que 0,025 % des visites médicales effectuées et ne reflète pas son exercice professionnel ;

* la décision autorisant son licenciement repose sur des faits qui ne sont soit pas matériellement établis, soit fallacieux ;

* ces éléments ne peuvent justifier son licenciement :

* la décision est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires enregistrés les 28 octobre et 2 novembre 2022, l'association lorraine de santé en milieu de travail (ALSMT), représentée par Me Blandin, demande au juge des référés de rejeter la requête de Mme B et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme B sont irrecevables dès lors que la requérante ne justifie d'aucune urgence et que la décision dont la suspension est demandée a été entièrement exécutée, son licenciement pour faute grave étant intervenu le 14 octobre 2022 ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dans le cadre du référé ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requérante ne fait naître un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2202963 enregistrée le 17 octobre 2022 par laquelle Mme B demande au tribunal d'annuler la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 novembre 2022 à 9h30 :

- le rapport de M. Di Candia, juge des référés ;

- les observations de Mme B, qui reprend les conclusions et moyens ressortant de ses écritures ;

- et les observations de Me Blandin, représentant l'association lorraine de santé en milieu de travail ;

- le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9h53.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été engagée par l'association lorraine de santé en milieu de travail (ALSMT) à compter du 1er août 2021 en vertu d'un contrat à durée indéterminée en qualité de médecin du travail. Après avoir soumis pour avis le projet de la licencier à son conseil d'administration, à la commission de contrôle et au comité social et économique, son employeur a, par un courrier du 4 août 2022, reçu le 10 août suivant, sollicité l'autorisation de la licencier pour motif disciplinaire, sur le fondement de l'article L. 4623-5 du code du travail. Par une décision du 5 octobre 2022, l'inspecteur du travail a accordé l'autorisation demandée. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision et de condamner son employeur à lui verser la somme de 1 euro symbolique en réparation de son préjudice moral ainsi que la somme de 19 999 euros à verser à des associations caritatives.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. En premier lieu, les dispositions précitées ne permettent au justiciable de demander la suspension d'une décision administrative qu'à la condition qu'une telle décision soit encore susceptible d'exécution. Par ailleurs, l'autorisation administrative de licenciement d'un salarié protégé doit être regardée comme entièrement exécutée à la date à laquelle la lettre de licenciement est envoyée à ce salarié par l'employeur.

4. Il résulte de l'instruction que l'ALSMT a adressé à Mme B, le

14 octobre 2022, soit antérieurement à l'introduction de sa requête aux fins de suspension, un courrier recommandé portant licenciement pour faute grave. La circonstance qu'elle n'ait pas reçu de son employeur l'intégralité des documents qu'implique son licenciement n'est pas de nature à établir qu'elle n'aurait pas reçu sa lettre de licenciement. Par suite, la décision autorisant le licenciement de la requérante, dont il est sollicité la suspension, doit être regardée comme ayant été exécutée, à la date d'introduction du présent recours, de telle sorte que la requête tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative a perdu son objet dès l'introduction de celui-ci et n'est ainsi pas recevable.

5. En deuxième lieu, il n'appartient en tout état de cause pas au juge des référés de se prononcer sur des conclusions à fin d'indemnité, de surcroît dirigées contre une personne privée, qui ne peuvent être utilement soumises qu'au juge du fond compétent.

6. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'ALSMT présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'association lorraine de santé en milieu de travail sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à l'association lorraine de santé en milieu de travail.

Fait à Nancy, le 4 novembre 2022.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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