vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203108 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CISSE |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 29 octobre 2022 à 18h32 sous le n°2203108, Mme B G F, conteste l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 30 octobre 2022 à 18h26 sous le n°2203113 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 novembre 2022, Mme B G F, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet du Calvados l'obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente de ce réexamen, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à rester sur le territoire français dans les délais de, respectivement, un mois et quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en précisant qu'elle n'a jamais présenté de demande de titre de séjour ;
- le préfet aurait dû saisir la commission de titre de séjour dès lors que sa situation relève d'un cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour et qu'elle est présente en France depuis 2007 ;
- l'absence d'examen par le préfet de sa situation pour lui délivrer un titre de séjour entache la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A D,
- les observations de Me Cisse, qui représente Mme F dans l'instance n°2203113, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur l'absence d'examen par le préfet de la situation personnelle de l'intéressée, qu'il ressort du récépissé de demande de titre de séjour qu'elle est entrée en France en 2007 ; qu'elle est arrivée en France en 2007 avec ses deux frères, ce qui est corroboré par la demande et la décision autorisant son entrée en France au titre du regroupement familial ; que le conjoint de sa maman l'a adoptée ; qu'elle a effectué sa scolarité en France jusqu'à l'âge de seize ans ;
- les observations de Mme F qui déclare ne pas connaître l'Afrique, que sa mère est décédée et est enterrée à Caen ; qu'elle a effectué sa scolarité en France et que son compagnon avec lequel elle a pour projet de se marier vit en France ; qu'elle a obtenu son certificat de nationalité après qu'elle ait déposé la demande de titre de séjour ; que deux de ses frères ont la nationalité française ; que son frère aîné est arrivé plus tard en France et a obtenu la délivrance d'un titre de séjour en juin dernier ; qu'elle n'a pas pu déposer de titre de séjour dès lors qu'elle est sans papier ;
- et les observations de Serret-Troncho, représentant le préfet du Calvados, qui conclut aux mêmes fins que dans le mémoire en défense et soutient que le préfet a procédé à un examen complet de la situation de l'intéressée ; qu'elle ne justifie pas être entrée en France en 2007 ; que la mère de l'intéressée a présenté une demande de regroupement familial pour trois de ses quatre enfants, de sorte qu'il n'était pas certain que l'intéressée soit arrivée en France en 2007 par la voie du regroupement familial ; qu'elle a des liens au Cameroun, l'intéressée ayant déclaré dans son audition avoir récemment " fait des affaires " dans son pays d'origine ; qu'elle a déclaré avoir vécu en France puis en Belgique plus récemment ; qu'elle ne justifie pas avoir été scolarisée en France ; elle n'établit pas la situation régulière de ses frères en France ; qu'elle a déclaré à l'audience que son grand frère Jean-Marc est arrivé plus tard en France alors qu'elle a déclaré dans son audition être arrivée en France, par la voie du regroupement familial, avec Jean-Marc et Emmanuel, un autre de ses frères.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissante camerounaise née le 14 août 1996, a été placée en garde à vue, le 27 octobre 2022 pour des faits de bigamie, établissement d'attestations avec des faits matériellement inexacts et détention et usage de faux. Par un arrêté du 28 octobre 2022, le préfet du Calvados a, sur le fondement des dispositions du 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé Mme F à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme F, placée au centre de rétention de Metz, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022.
Sur les conclusions d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. E C, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet par un arrêté du 27 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque donc en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui fondent l'ensemble des décisions contestées par Mme F. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.
4. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, Mme F n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort de la motivation de la décision que le préfet du calvados ne s'est pas abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / () ".
7. Si la requérante soutient qu'elle est entrée en France en 2007 alors qu'elle était âgée de onze ans et qu'elle y réside habituellement depuis, les pièces qu'elle produit ne permettent pas d'en justifier. En outre, elle a déclaré, lors de son audition par les services de police, avoir quitté la France pour la Suisse pendant une période de deux ans lorsqu'elle était encore mineure. Si elle a soutenu à la barre avec effectué sa scolarité sur le territoire français, elle n'apporte aucune pièce pour en justifier. Par suite, à défaut de justifier de l'âge exact auquel elle est entrée en France et d'une résidence habituelle en France depuis l'âge de treize ans, elle n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Mme F soutient qu'elle est entrée en France en 2007, qu'elle y réside de manière ininterrompue depuis plus de quinze ans et qu'elle est en couple avec un ressortissant français avec lequel elle a pour projet de se marier. Il ressort cependant des pièces du dossier que la requérante est sans charge de famille en France, que sa relation avec son compagnon français est récente, et qu'elle n'établit pas résider en France depuis 2007 notamment par la production de certificat de scolarité. En outre, rien ne s'oppose à ce que Mme F qui est célibataire et n'a pas d'enfant, retourne dans son pays d'origine, où elle n'établit pas être dépourvue d'autres attaches familiales, alors que même que certains membres de sa fratrie résideraient sur le territoire français. Enfin, le préfet du Calvados établit que Mme F a été condamnée, le 9 février 2022, à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravée par le tribunal correctionnel de Nice. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
10. En quatrième lieu, contrairement à ce fait valoir la requérante, le préfet n'a pas mentionné dans l'arrêté attaqué qu'elle n'avait jamais présenté de demande de titre de séjour, il a précisé que pour se maintenir sur le territoire français, à la suite du jugement constatant son extranéité, elle devait solliciter la délivrance d'un titre de séjour et qu'elle ne démontrait pas être en possession d'un titre de séjour ou en avoir sollicité la délivrance. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de fait.
11. En cinquième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Aux termes de l'article L. 423-21 du même code " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ".
12. D'une part, Mme F n'établit pas par les pièces qu'elle produit résider habituellement en France depuis qu'elle atteint au plus l'âge de treize. Elle a, au contraire, déclaré lors de son audition devant les services de police de Metz avoir quitté la France pendant une période deux ans lorsqu'elle était encore mineure. D'autre part, la requérante n'établit pas pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 remplir les conditions pour obtenir de plein droit la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que la requérante ne peut sérieusement soutenir que le préfet ne pouvait procéder à son éloignement, ni utilement soutenir que l'autorité administrative était tenue de saisir pour avis la commission de titre de séjour, dès lors qu'en tout état de cause une telle obligation n'incombe au préfet, en vertu des dispositions précitées, que lorsqu'il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
14. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9ci-dessus.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions que Mme F dirige contre les décisions du préfet du Calvados en date du 28 octobre 2022, portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français ainsi que celles aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et Solange F et au préfet du Calvados.
Lecture en audience publique le 4 novembre 2022 à 16 heures 17.
La magistrate désignée,
C. Sousa D
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2203108 et 2203113
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant arménien, visant à annuler son arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour d'un an prononcée par le préfet du Gard. La juridiction a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le requérant, célibataire sans enfant, n'apportait pas d'éléments suffisants pour établir des liens familiaux ou privés stables en France au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a toutefois accordé à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle en raison de l'urgence.
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Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601647
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Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2601124
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant par ordonnance, donne acte du désistement du requérant concernant ses demandes d'annulation et d'injonction relatives à des titres de séjour. La juridiction rejette sa demande d'allocation d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratif. Le litige principal est ainsi éteint par le désistement.
07/04/2026