Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2026, la société La Fabrique du Ventoux, représentée par Me Bezaud, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le maire de Malaucène a rejeté sa demande tendant au rétablissement de l’accès au chemin desservant les parcelles cadastrées section AO nos 303 et 304 ;
2°) d’enjoindre au maire de Malaucène de faire usage de ses pouvoirs de police afin de faire procéder au retrait du portail litigieux dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à venir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Malaucène la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie compte tenu, d’une part, de l’enclavement de fait des parcelles cadastrées section AO nos 303 et 304 en raison de la présence du portail litigieux et de l’atteinte portée à son droit de propriété et de jouissance, d’autre part, du « préjudice patrimonial actuel et concret » qu’elle subit dès lors qu’elle est privée de la possibilité de céder son bien dans des conditions normales et, enfin, de l’existence d’un « risque en matière de sécurité » ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors, d’une part, que le maire de Malaucène a méconnu l’étendue de ses compétences, commis une erreur de droit ainsi qu’une carence fautive en s’abstenant de faire usage de ses pouvoirs de police et, d’autre part, que le maire a commis une erreur manifeste d’appréciation eu égard à la gravité de l’atteinte portée à la circulation et à ses intérêts.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2603171.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mouret, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société La Fabrique du Ventoux a, par une lettre du 12 novembre 2025 reçue le lendemain, demandé au maire de Malaucène de faire usage de ses pouvoirs de police afin de rétablir l’accès au chemin desservant les parcelles cadastrées section AO nos 303 et 304 situées sur le territoire de cette commune, en ordonnant le retrait d’un portail implanté sur la parcelle cadastrée section AO n° 533. La société La Fabrique du Ventoux demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le maire de Malaucène a rejeté cette demande.
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». En vertu de l’article L. 522‑3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce.
4. Pour justifier de l’urgence qu’il y aurait à suspendre la décision implicite en litige, la société La Fabrique du Ventoux se prévaut, d’une part, de l’enclavement de fait des parcelles cadastrées section AO nos 303 et 304 – enclavement résultant selon elle de la présence d’un portail implanté sur la parcelle cadastrée section AO n° 533 – ainsi que de l’atteinte portée à son droit de propriété et de jouissance, d’autre part, de l’existence d’un « préjudice patrimonial actuel et concret » résultant de l’impossibilité dans laquelle elle se trouverait de céder son bien dans des conditions normales et, enfin, de l’existence d’un « risque en matière de sécurité », l’intervention rapide des services de secours sur des parcelles boisées étant, selon elle, compromise du fait de l’impossibilité pour les véhicules de franchir le portail évoqué ci-dessus. Toutefois, les seuls éléments soumis au juge des référés ne permettent pas d’apprécier la configuration exacte des lieux, ni de déterminer la nature du chemin en cause. Par ailleurs, il ne résulte pas de l’instruction que les parcelles cadastrées section AO nos 303 et 304, qui supportent des constructions, seraient actuellement occupées. Enfin, la circonstance alléguée, à la supposer avérée, que la vente de l’une de ces deux parcelles n’aurait pu aboutir au cours de l’année 2025, et ce en raison de l’impossibilité d’accéder à cette parcelle, ne saurait être de nature, en l’absence notamment de tout projet de vente actuel, à établir l’existence d’une situation d’urgence à la date de la présente ordonnance. Dans ces conditions, la société La Fabrique du Ventoux ne justifie pas, par les seuls éléments qu’elle produit, de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d’obtenir à bref délai une mesure provisoire dans l’attente qu’il soit statué sur sa requête au fond. Par suite, la condition d’urgence requise par l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite en litige, que la requête de la société La Fabrique du Ventoux doit être rejetée en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société La Fabrique du Ventoux est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société La Fabrique du Ventoux.
Copie en sera adressée pour information à la commune de Malaucène.
Fait à Nîmes, le 3 août 2026.
Le juge des référés,
R. MOURET
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.