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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203286

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203286

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement du signalement de son nom aux fichiers de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- toutes les décisions sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de communauté de vie alors que la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an n'est pas conditionnée à l'existence d'une communauté de vie entre les époux ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance de son titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de faits dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de communauté de vie alors que la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an n'est pas conditionnée à l'existence d'une communauté de vie entre les époux ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense du 4 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 4 décembre 1987, est entré sur le territoire français le 15 juillet 2021 muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles et valable jusqu'au 21 décembre 2021. Par un courrier du 20 janvier 2022, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, a pu légalement signer l'arrêté contesté du 21 octobre 2022 en vertu d'une délégation de signature que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a consentie par un arrêté du 8 août 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté énonce suffisamment les considérations de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance du certificat de résidence est subordonnée à la régularité de la dernière entrée du ressortissant algérien sur le territoire français. Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". Et, aux termes des dispositions de l'article R. 621-2 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. () ".

6. Pour lui refuser la délivrance du certificat de résidence en qualité de conjoint de français qu'il avait sollicité le 20 janvier 2022, le préfet s'est fondé sur le défaut de justification de son entrée régulière en France, en soulignant que l'intéressé n'avait pas souscrit la déclaration mentionnée à l'article R. 211-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article R. 621-2 du même code cité ci-dessus. Si M. C produit la copie de son passeport, revêtu d'un visa délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 21 décembre 2021, l'autorisant à entrer sur le territoire des Etats membres de l'espace Schengen, le cachet attestant de son entrée sur le territoire Schengen par l'intermédiaire du territoire espagnol et un billet à son nom pour un vol à destination de Paris, il ne conteste pas s'être abstenu de souscrire une telle déclaration lors de son entrée sur le territoire français. A défaut de produire cette déclaration, il ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français. Dans ces conditions les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait et de ce qu'elle méconnaîtrait l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne peuvent qu'être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside sur le territoire français depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut de son mariage contracté le 13 novembre 2021 avec une ressortissante française, cette union et la vie commune des époux étaient, à la date de la décision attaquée, très récentes. Il n'établit ni même n'allègue qu'il serait dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Par ailleurs, il ne se prévaut d'aucun autre lien sur le territoire français que celui qui l'unit à son épouse. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressé, le refus de titre de séjour qui lui a été opposé n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été décidé. Il ne méconnaît dès lors ni le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ne peuvent qu'être écartés.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant son pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si M. C soutient que la décision fixant son pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que M. C demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

M. Gottlieb, premier conseiller,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

L. ALe président,

O. Di CandiaLe greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2203286

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