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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203324

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203324

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203324
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantROMMELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Nancy la requête présentée par Mme C A épouse B.

Par cette requête enregistrée sous le numéro 2203324 au sein du tribunal administratif de Nancy et un mémoire, enregistrés les 13 octobre et 30 novembre 2022, Mme A, représentée par Me Rommelaere, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter des observations écrites ou orales, en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoire en défense, enregistrés le 1er décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 novembre 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Stocco, substituant Me Rommelaere, avocat de Mme A, assité d'une interprète en langue Albanaise ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A épouse B, ressortissante albanaise, est entrée en France en 2016 pour y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 16 juin 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 janvier 2018. Interpellée le 11 octobre 2022 le préfet de Meurthe-et-Moselle a pris à son encontre un arrêté, en date du 11 octobre 2022, par lequel il a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, publié le même jour au recueil des actes de la préfecture, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, alors même qu'il ne mentionne pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A, il est suffisamment motivé. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été auditionnée le 11 octobre 2022 et a été expressément invitée à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Mme A valoir qu'arrivée en France en 2016, elle y vit avec son époux et leurs deux enfants nés en 2002 et 2005 et scolarisés, l'ainé ayant obtenu un baccalauréat professionnel dans la spécialité " maintenance des équipements industriels " et étant titulaire d'une autorisation de travail délivrée le 10 mars 2022 pour occuper un emploi de pizzaiolo et le second étant en classe de terminale professionnelle. Elle fait également valoir qu'elle est en possession d'une promesse d'embauche, que son mari bénéficie d'un suivi médical et que sa sœur a obtenu le statut de réfugié en France. Toutefois, eu égard aux conditions de son séjour en France et alors que son mari est, comme elle, en situation irrégulière, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Si Mme A fait valoir que son éloignement aurait pour effet de la séparer de ses enfants, rien ne fait toutefois obstacle à ce que son plus jeune fils la suive en Albanie, tandis que son fils aîné, qui bénéfice d'une autorisation de travail en France, est désormais majeur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, faute pour Mme A d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / ( ) / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est maintenue sur le territoire au-delà de la validité de son attestation de demande d'asile après le rejet définitif de sa demande de statut de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 janvier 2018. Elle se trouvait ainsi dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-3 précité, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'elle se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. Ce motif justifie à lui seul la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à Mme A. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 11 doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, faute pour Mme A d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

14. En second lieu, si Mme A invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen qui ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois :

15. En premier lieu, faute pour Mme A d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

17. Mme A se prévaut de la durée de sa présence en France, de l'absence de menace à l'ordre public, de l'absence de précédente mesure d'éloignement et de ses attaches privées et familiales en France. Toutefois, ces éléments ne sauraient être qualifiés de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la période d'interdiction de retour, limitée à 12 mois, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions visées au point 16 doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le président,

S. D

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2203324

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