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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203330

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203330

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 novembre 2022 et 3 avril 2023, la société anonyme à responsabilité limitée MD Bâtiment, représentée par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler, d'une part, la décision du 1er septembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la somme de 18 800 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi d'un ressortissant étranger non autorisé à travailler et séjourner en France, d'autre part, la décision du 27 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de réduire, à titre subsidiaire, le montant de la contribution spéciale mise à sa charge à la somme d'un euro symbolique ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, faute d'avoir porté à sa connaissance le procès-verbal d'infraction relevée le 3 janvier 2022 ;

- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie, faute pour l'administration d'apporter la preuve de l'existence d'un lien de subordination de nature à caractériser une relation de travail ;

- à titre subsidiaire, le montant de la contribution spéciale doit être ramené à la somme d'un euro, dès lors que le calcul de celle-ci n'est ni motivé ni justifié, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a subi aucun préjudice et que la société MD Bâtiment n'a pas été sanctionnée pour travail dissimilé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 mars et 4 mai 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société MD Bâtiment ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- les conclusions de Mme Laëtitia Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fournier, représentant la société MD Bâtiment.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 janvier 2022, à l'occasion d'un contrôle mené par la gendarmerie au péage autoroutier de Langres, un procès-verbal d'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail a été dressé à l'encontre de la société MD Bâtiment. Par une décision du 1er septembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la société requérante la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 800 euros. Par une décision du 27 octobre 2022, la même autorité a rejeté le recours gracieux formé par la société MD Bâtiment le 3 octobre 2022. Par la présente requête, la société MD Bâtiment demande au tribunal d'annuler ces deux décisions et, à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution mise à sa charge à la somme d'un euro symbolique.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. (). ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code, dans sa version en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. () ".

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé. Le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire, ou en décharger l'employeur.

4. En premier lieu, si les dispositions législatives et réglementaires relatives à la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail ne prévoient pas expressément que le procès-verbal transmis au directeur général de l'OFII, en application de l'article L. 8271-17 du code du travail, constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à exercer une activité salariée en France, soit communiqué au contrevenant, le silence de ces dispositions sur ce point ne saurait faire obstacle à cette communication, lorsque la personne visée en fait la demande, afin d'assurer le respect de la procédure contradictoire préalable à la liquidation de la contribution, qui revêt le caractère d'une sanction administrative.

5. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est au demeurant pas même allégué que M. D, gérant de la société requérante, ait sollicité la communication du procès-verbal produit en défense constatant l'emploi d'un étranger en situation irrégulière et dépourvu de titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. L'OFII n'était pas tenu de communiquer spontanément ce document. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8113-7 du code du travail : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire () ".

7. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal dressé le 22 janvier 2022 par un officier de gendarmerie que, le 3 janvier 2022, a été constatée, à l'occasion d'un contrôle au péage autoroutier de Langres, la présence de deux personnes de nationalité albanaise, M. B C, employé par la société MD Bâtiment, et son beau-frère, de même nationalité que lui, que le premier cité a présenté comme un collègue de travail, à bord d'un fourgon appartenant à la société Conseil Habitat Lorrain, dont le gérant est également celui de la société requérante, où se trouvaient du matériel et des outils de chantier. Selon ce procès-verbal, ces deux personnes étaient en tenue de travail et ont indiqué à l'officier de gendarmerie être partis le matin même du siège social de la société MD Bâtiment afin de se rendre sur un chantier, dans la région lyonnaise pour la semaine, M. B C se décrivant comme un employé de la société MD Bâtiment depuis huit mois, en qualité d'ouvrier plaquiste, tandis que M. A C a été présenté comme n'étant pas salarié de cette même société mais comme ayant travaillé avec lui huit semaines sur des chantiers depuis son entrée en France cinq mois auparavant.

8. Pour démontrer que M. A C n'était pas son salarié, la société MD Bâtiment fait valoir que la présence de l'intéressé résulte d'une initiative personnelle de M. B C et que sa tenue ne suffit pas à caractériser l'existence d'un lien de subordination. Toutefois, en se bornant à produire deux attestations, datées du 30 septembre 2022, rédigées en termes similaires et concordants, par lesquelles M. B C et M. A C reviennent sur leurs déclarations, et en l'absence d'autre élément démontrant l'absence d'une relation de travail entre elle et M. A C, la société MD Bâtiment ne contredit pas de manière vraisemblable la réunion des éléments mis en évidence lors du contrôle de gendarmerie et retranscrits dans le procès-verbal du 22 janvier 2022, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Dès lors, la matérialité des faits justifiant l'application de la contribution spéciale doit être regardée comme établie.

Sur les conclusions à fins de modération de la contribution spéciale :

9. Aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; /2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ".

10. Il résulte de l'instruction que le montant de la contribution spéciale mise à la charge de la société MD Bâtiment est égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti, de 3,76 euros à la date de la constatation de l'infraction, en application du I de l'article R. 8253-2 précité, soit 18 800 euros. Le montant de la contribution spéciale étant déterminé de manière forfaitaire, et non en fonction du nombre d'heures illicites de travail du salarié en cause, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'OFII ne justifie pas que M. A C aurait travaillé 5 000 heures pour son compte. En l'espèce, le procès-verbal d'infraction du 22 janvier 2022 se réfère non pas à une seule, mais à différentes infractions tenant à l'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salariée, à l'exécution d'un travail dissimulé et à l'embauche d'un salarié sans déclaration préalable à l'organisme de protection sociale. Dès lors, à supposer que la société requérante, qui fait valoir qu'elle n'a pas été sanctionnée pour travail dissimilé, puisse être regardée comme se prévalant de la condition posée par l'article R. 8253-2 II 1° précité pour bénéficier d'une réduction de la contribution spéciale, celle-ci ne peut être regardée comme remplie. Par suite, la société MD Bâtiment n'est en tout état de cause pas fondée à demander, à titre subsidiaire, à ce que le montant de la contribution spéciale mise à sa charge soit ramené à un euro.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société MD Bâtiment à fin d'annulation ou de réduction de la contribution spéciale mise à sa charge doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la société MD Bâtiment au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société MD Bâtiment est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société MD Bâtiment et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience publique du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. BourjolLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2203330

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