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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203470

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203470

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 30 novembre 2022 et 10 mai 2023, M. A B, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision orale du 22 septembre 2022 et la décision implicite née le 25 octobre 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler, et de lui restituer les documents originaux d'état-civil et de nationalité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Chaïb, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chaïb s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- dès lors que son dossier de demande de renouvellement de son titre de séjour était complet, le 22 septembre 2022, le courrier du 25 octobre 2022 constitue un refus implicite d'instruction de sa demande de titre de séjour ;

- la décision orale de refus d'instruction est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte et ne comporte pas d'informations permettant d'identifier son auteur ;

- la décision du 25 octobre 2022 est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que le préfet est déjà en possession du document sollicité ;

- elles méconnaissent l'autorité de la chose jugée ;

- son dossier de demande de renouvellement d'un titre de séjour était complet et il appartenait au préfet d'instruire sa demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'aucun refus d'instruction n'a été opposé à M. B ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia,

- et les observations de Me Chaïb, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 1er janvier 2003, serait entré sur le territoire français le 23 octobre 2018, selon ses déclarations. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par un jugement du tribunal de grande instance de Nancy du 12 décembre 2018. Par un arrêté du 22 février 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant son pays de destination. Cet arrêté a été annulé par un jugement n° 2101511 du tribunal administratif de Nancy du 30 septembre 2021 et le préfet lui a délivré un titre de séjour valable du 9 septembre 2021 au 8 septembre 2022. Le 8 juillet 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a déposé un dossier auprès des services de la préfecture, le 22 septembre suivant. Par un courrier du 25 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le service lui a indiqué qu'il refusait d'instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour ainsi que la décision du 25 octobre 2022.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 8 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée en défense :

3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, le 8 juillet 2022, et qu'il a été convoqué par les services de la préfecture le 22 septembre suivant afin de déposer son dossier. Toutefois, les services de la préfecture ont refusé d'enregistrer son dossier au motif que le requérant n'avait pas produit son acte de naissance. En outre, par un courrier du 25 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a demandé à M. B de produire un acte de naissance et a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour au motif que son dossier était incomplet. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, le préfet a refusé de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B. La fin de non-recevoir opposée en défense contre les deux décisions en litige ne peut, par suite, qu'être écartée.

En ce qui concerne les moyens soulevés par M. B :

5. Aux termes de l'article R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code ". En application du point 36 de l'annexe 10 du même code, lorsqu'un étranger demande le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 de ce code, il doit présenter des justificatifs relatifs à l'activité professionnelle salariée ou à la formation professionnelle, du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de son insertion dans la société française et de l'acquittement de la taxe sur le titre de séjour à remettre au moment de la délivrance du titre. En vertu des mêmes dispositions, l'étranger doit également produire un justificatif de nationalité, un justificatif de domicile, des photographies d'identité et s'acquitter du droit de timbre. En revanche, l'étranger est dispensé d'avoir à produire un justificatif d'état civil et une copie intégrale d'acte de naissance lorsqu'il est déjà titulaire d'une carte de séjour.

6. Par les décisions contestées des 22 septembre et 25 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire la demande de titre de séjour du requérant au motif qu'il n'avait pas produit son acte de naissance. Toutefois, en application des dispositions précitées de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant, qui était déjà titulaire d'une carte de séjour et en demandait le renouvellement, était dispensé de produire un tel document. Alors que le préfet ne conteste pas que M. B avait fourni à l'appui de sa demande l'ensemble des pièces mentionnées au point 5 ci-dessus, le requérant est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a estimé que son dossier était incomplet pour refuser d'enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Le préfet de Meurthe-et-Moselle invoque, dans son mémoire en défense communiqué au requérant, un autre motif, tiré de ce que l'acte de naissance produit serait un faux document.

9. Toutefois, dès lors que cette circonstance ne permet pas au préfet de refuser d'instruire une demande de titre de séjour mais uniquement de délivrer un tel titre, ce motif n'est pas de nature à justifier légalement la décision portant refus d'enregistrement. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que par le jugement précité du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a estimé que le préfet de Meurthe-et-Moselle ne renversait pas la présomption d'authenticité des documents d'état civil produits par M. B. Si le préfet se prévaut désormais d'un courrier électronique de la substitut du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nancy relevant que l'acte de naissance en litige serait un faux, il ressort des pièces du dossier que ce document, qui se borne à reprendre l'analyse du rapport de la police aux frontières dont les mentions avaient déjà été jugées insuffisantes par le tribunal administratif pour reconnaître le caractère frauduleux de l'acte en litige, ne constitue pas un jugement du tribunal judiciaire constatant le caractère frauduleux d'un tel acte d'état civil.

10. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la demande de substitution de motifs sollicitée en défense.

11. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions des 22 septembre et 25 octobre 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Aux termes de l'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".

13. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B et lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Toutefois, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ses documents d'état civil ne sont plus détenus par les services de la préfecture mais par le tribunal judiciaire de Nancy, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande tendant à la restitution de ses actes.

Sur les frais de l'instance :

14. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaïb, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaïb de la somme de 1 200 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions des 22 septembre et 25 octobre 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire la demande de titre de séjour de M. B sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B et lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.

Article 4 : L'Etat versera à Me Chaïb, avocate de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chaïb et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Durand, premier conseiller,

-M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseur le plus ancien,

F. Durand

La greffière,

L. Bourger La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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