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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203501

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203501

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP MOUKHA ET DECORNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2022 à 18 heures 08 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 décembre 2022, Mme G E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme E soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel complet de sa situation ;

- la décision ne prend pas en compte les risques auxquels elle est exposée dans son pays d'origine, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a demandé l'asile au cours de son audition et indiqué qu'elle entendait déposer une demande d'asile depuis le centre de rétention ; il appartiendra à l'administration de démontrer qu'elle lui a fourni les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile ;

- si elle a déposé sa demande d'asile le 6 décembre au centre de rétention de Metz, les autorités préfectorales ne lui ont pas fourni les informations prévues à l'article 12 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 et à l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en ne se considérant pas saisi d'une demande d'asile et en ne lui délivrant pas une attestation de demande d'asile ; la mesure d'éloignement doit, en conséquence, être annulée ;

- la décision porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne présente pas un risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à la durée de cette interdiction ;

- elle porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel de demander l'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté d'observation en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée à New York le 10 décembre 1984 ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Moukha, avocate commise d'office, représentant Mme E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre que sa résidence est en Espagne et qu'elle n'avait aucune intention de se maintenir sur le territoire français ; qu'elle pensait de bonne foi être en situation régulière en Espagne ; que sa demande d'asile ne présente pas un caractère dilatoire ; qu'elle encoure des risques en cas de retour en Equateur ;

- les observations de Mme E, assistée d'une interprète en langue espagnole ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet du Nord, qui indique qu'il ressort de l'audition de Mme E que cette dernière n'a pas formulé de demande d'asile et qu'ainsi le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de droit ; que l'arrêté ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme E en France dès lors qu'elle y est entrée récemment et n'y dispose pas d'attaches familiales ; que la demande d'asile présentée par la requête pendant sa rétention est en cours d'examen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que le préfet a en conséquence différé l'exécution de la mesure d'éloignement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante équatorienne née le 23 janvier 1981 à Chone, a été interpellée le 1er décembre 2022 à la suite d'un contrôle d'identité des passagers d'un bus effectuant la liaison Amsterdam-Paris en raison de la détention d'un titre de séjour espagnol contrefait. Par un arrêté en date du 2 décembre 2022 le préfet du Nord a fait obligation à Mme E de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Placée en rétention administrative, la requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions en litige :

2. D'une part, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation de signature à Mme D B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe de bureau, aux fins de signer notamment les obligations de quitter le territoire français prises en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions relatives au délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. D'autre part, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté en litige, que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige, et ce alors même qu'il aurait inexactement apprécié les risques encourus par l'intéressée en cas de retour dans son pays d'origine.

6. En troisième lieu, si Mme E soutient que le préfet ne lui aurait pas fourni les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile, en méconnaissance de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait dès lors que, d'une part, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition du 1er décembre 2022 que la requérante aurait manifesté la volonté de demander l'asile et que, d'autre part, elle a été mise à même de formuler une demande d'asile le 6 décembre 2022, alors qu'elle était en rétention.

7. En quatrième lieu, si la requérante soutient que le document qui lui a été remis à la suite de sa demande d'asile ne comporte pas toutes les informations requises par l'article 12 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 et l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, ce moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition du 1er décembre 2022 que la requérante aurait manifesté la volonté de demander l'asile préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet du Nord aurait commis une erreur d'appréciation en ne se considérant pas saisi d'une demande d'asile et en ne lui délivrant pas d'attestation de demande d'asile. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit au regard du principe constitutionnel d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée très récemment en France et n'y dispose d'aucune attache personnelle ou familiale. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Nord aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

12. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme E, l'arrêté du préfet du Nord comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

13. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme E, s'est fondé sur le motif, prévu au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet dès lors qu'elle ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'elle a déclaré refuser de rentrer dans son pays d'origine et qu'elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Si la requérante soutient qu'un délai de départ volontaire lui aurait permis de quitter par ses propres moyens le territoire français et retourner en Espagne, une telle circonstance ne saurait entacher d'illégalité la décision de refus de délai de départ volontaire en litige dès lors qu'il ressort des pièces du dossier et n'est du reste pas contesté que le titre de séjour espagnol dont était munie Mme E était falsifié et qu'ainsi l'intéressée ne dispose d'aucun droit au séjour en Espagne.

14. En dernier lieu, si Mme E soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, celle-ci n'ayant pas été prise sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, l'arrêté du préfet du Nord comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. A cet égard en indiquant que l'intéressée n'établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet ne s'est pas borné, eu égard à la teneur des déclarations de la requérante lors de son audition, à une motivation stéréotypée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme E n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.

17. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 10 du présent jugement.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. Si Mme E soutient qu'elle est exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains ou dégradants dès lors qu'elle y est menacée par des officiers corrompus qui ont tué son mari, elle n'apporte à l'appui de ces allégations, au demeurant imprécises, aucun élément probant alors qu'elle a déclaré lors de son audition avoir quitté son pays en raison de l'absence de travail, qu'elle n'a pas sollicité l'asile avant son placement en rétention et que sa famille, et notamment ses quatre enfants, résident en Equateur. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit, par suite, être écarté. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".

21. En premier lieu, l'arrêté du préfet du Nord, qui vise les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose la situation de Mme E au regard des critères mentionnés à l'article L. 612-10, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme E n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.

23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, d'une part, en estimant que Mme E ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire propre à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre et, d'autre part, en fixant à un an la durée de cette interdiction de retour.

24. En dernier lieu, Mme E soutient que la décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter l'asile. Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'intéressée peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressée réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

27. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 8 décembre 2022 à 15h10.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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