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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203732

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203732

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022 sous le n° 2203732, Mme E C, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de la préfète des Vosges la somme de 1 800 euros à verser à son avocate, Me Jeannot, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- la préfète des Vosges n'était pas territorialement compétente pour prononcer la mesure litigieuse dès lors qu'elle réside en Meurthe-et-Moselle ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet s'est, à tort, cru en situation de compétence liée pour l'obliger à quitter le territoire français, en méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

II. Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022 sous le n° 2203733, M. A C, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de la préfète des Vosges la somme de 1 800 euros à verser à son avocate, Me Jeannot, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- il soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2203732.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 220373En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet s'est, à tort, cru en situation de compétence liée pour l'obliger à quitter le territoire français, en méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 220373Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Jeannot, avocate de M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants turques nés respectivement les 1er octobre 1983 et 24 mai 1980, seraient entrés en France le 24 août 2019, selon leurs déclarations. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 8 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 2 mai 2022. Le 24 juin 2022, ils ont sollicité la délivrance de cartes de séjour temporaire. Par des arrêtés du 21 septembre 2022, la préfète des Vosges a refusé de leur délivrer un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant leur pays de destination. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme C demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. () ".

3. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C ont sollicité, le 24 juin 2022, un titre de séjour auprès des services de la préfecture des Vosges. S'ils ont changé d'adresse au cours de l'instruction de leurs demandes, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'ils en aient informé les services de la préfecture. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète des Vosges était territorialement incompétente pour prononcer les décisions en litige.

4. D'autre part, par un arrêté du 18 juillet 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Vosges le 20 juillet 2022, la préfète des Vosges a donné délégation à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, M. D, signataire des arrêtés contestés, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant refus de séjour :

5. En premier lieu, les décisions portant refus de séjour visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles mentionnent que la délivrance d'un titre de séjour est refusée aux requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code, au motif qu'ils ne justifient pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels, et sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code dès lors qu'ils ne justifient pas d'attaches suffisamment intenses et stables en France. Ainsi, la préfète a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant ses décisions de refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. et Mme C avant de refuser de leur délivrer un titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

8. D'une part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut, à titre gracieux, examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. S'il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas spécifiquement demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait se prononcer sur son droit au séjour sur le fondement de ces dispositions. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le préfet se soit fondé sur les conditions de délivrance d'un titre de séjour prévu par cet article, s'agissant notamment des exigences liées au visa long séjour et à un contrat de travail visé par l'autorité administrative, dans son appréciation de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

9. D'autre part, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C sont présents en France depuis le 24 août 2019, qu'ils ont trois enfants scolarisés et que le requérant dispose d'une promesse d'embauche en qualité de façadier auprès de la société Finition Carré. Toutefois, ces circonstances ne constituent, en l'espèce, ni un motif humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions précitées. En particulier, la présence des requérants en France est relativement récente. Si Mme C établit que plusieurs membres de sa famille résident en France de manière régulière, elle n'établit pas l'intensité de la relation qu'elle entretient avec eux. Il ressort par ailleurs des déclarations des intéressés qu'ils disposent toujours d'attaches familiales en Turquie. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète des Vosges a pu refuser de leur délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait dont seraient entachées les décisions en litige doit être écarté comme non assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. Il ressort des pièces des dossiers que la présence en France de M. et Mme C est relativement récente. S'il est établi que des frères et sœurs de la requérante résident sur le territoire français, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec eux. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les requérants ne sont pas dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant refus de séjour ont porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Les décisions attaquées n'ont ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants des requérants de leurs parents alors qu'ils ne se prévalent d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Turquie où les enfants sont nés. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations susvisées doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions de refus de titre de séjour ayant été écartés, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence ne peut être accueilli.

16. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions contestées que la préfète des Vosges se serait crue, à tort, en situation de compétence liée en prononçant les mesures d'éloignement en litige. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

18. S'il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre de problèmes de santé en raison desquels elle bénéficie d'un suivi médical, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer que l'absence de prise en charge médicale pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, aucun des certificats médicaux produits par l'intéressée ne permet d'établir qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Turquie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence ne peut être accueilli.

20. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

21. D'une part, les décisions contestées visent les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles mentionnent que les requérants sont de nationalité turque, que leurs demandes d'asile ont été rejetées et qu'ils n'établissent pas qu'ils seraient soumis à un traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans leur pays d'origine. Les décisions contestées comportant ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

22. D'autre part, il ressort des pièces des dossiers que les demandes d'asile de M. et Mme C ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA et ils ne produisent aucun élément postérieur à ces décisions de nature à établir la réalité des risques personnels auxquels ils seraient exposés en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités ne peut être accueilli.

23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions de M. et Mme C tendant à l'annulation des arrêtés du 21 septembre 2022 par lesquels la préfète des Vosges a refusé de leur délivrer un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant leur pays de destination doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais des instances :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les sommes demandées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme E C, à Me Jeannot et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.

La rapporteure,

L. BLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. LepageLa République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203732, 2203733

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