jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, M. D E B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, d'une durée supérieure à six mois, comportant son identité et sa nationalité sans la mention " X se disant ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, d'une durée supérieure à six mois, comportant son identité et sa nationalité sans la mention " X se disant ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui restituer l'ensemble des originaux de ses documents d'identité ;
5°) de mettre à la charge du préfet de Meurthe-et-Moselle la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Jeannot, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il lui a opposé une décision de refus de séjour sans examiner la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire ;
- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et d'erreurs de droit ;
- le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité des actes d'état civil prévue à l'article 47 du code civil et la décision est ainsi entachée d'erreurs de fait, de droit et d'appréciation ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa vie privée et familiale n'a pas été appréciée à l'appui de sa demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence du refus de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a des conséquences manifestement excessives sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et sollicite subsidiairement une substitution du motif lié à l'état civil du requérant pour celui tiré de l'absence de caractère réel et sérieux de la formation suivie.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 3 avril 2002, serait entré en France le 4 décembre 2017, selon ses déclarations. Le 13 mars 2018, il a été confié aux services de l'aide sociale de l'enfance. Le 17 janvier 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 31 août 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. Par un jugement n° 2103650 du 2 juin 2022, le tribunal administratif de Nancy a annulé cet arrêté au motif que le préfet n'avait pas renversé la présomption d'authenticité des actes d'état civil produits par le requérant et enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Par un nouvel arrêté du 14 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. M. B demande l'annulation de ce nouvel arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 14 octobre 2022 que le préfet de Meurthe-et-Moselle a, en exécution du jugement du tribunal administratif de Nancy n° 2103650 du 2 juin 2022, procédé au réexamen de la situation de M. B au regard des dispositions, citées au point 2 du présent jugement, de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a refusé de lui accorder le titre de séjour. Il s'est à ce titre borné à mentionner que l'âge de l'intéressé n'était pas établi, qu'il n'apportait aucun élément prouvant qu'il n'était plus en lien avec sa famille restée dans son pays d'origine et qu'il était entré en France en décembre 2017, après avoir passé une très grande partie de sa vie en Guinée.
3. En premier lieu, l'autorité absolue de chose jugée attachée au dispositif du jugement d'annulation n° 2103650 prononcé par le tribunal administratif de Nancy le 2 juin 2022, devenu définitif, ainsi qu'aux motifs qui en constituent le fondement nécessaire, faisait obstacle, en l'absence de changement de la situation de droit ou de fait, à ce que le préfet décide à nouveau de rejeter la demande de titre de séjour de M. B par un motif tiré de ce que les actes de l'état civil produits par ce dernier n'étaient pas authentiques, fût-ce sur la foi de nouveaux éléments de preuve ou d'expertise. En rejetant à nouveau, le 14 octobre 2022, pour le même motif, la demande de titre de séjour de M. B, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui se borne à se prévaloir d'un élément nouveau tiré de ce que les autorités guinéennes n'auraient pas répondu à sa demande tendant à la vérification des actes d'état civil de l'intéressé sur le fondement de l'article 1er du décret n° 2015-1740, sans faire état d'aucune évolution dans les circonstances de droit ou de fait, a méconnu l'autorité de la chose jugée dont est revêtu le jugement précité. Dès lors que ce motif est entaché d'illégalité, sa décision encourt l'annulation.
4. En deuxième lieu, la demande de titre de séjour présentée initialement par M. B sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile implique que le préfet de Meurthe-et-Moselle procède à une appréciation globale de la situation de l'intéressé, notamment au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Par ailleurs, M. B s'est prévalu d'éléments nouveaux auprès des services du préfet, en se prévalant de ses perspectives professionnelles, justifiant que, compte tenu de l'écoulement du temps, le préfet ne s'estime pas saisi exclusivement de la demande de titre initialement présentée par M. B lorsqu'il remplissait les conditions de délivrance du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à lui opposer ses liens avec son pays d'origine, le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé au regard de l'ensemble des fondements dont il devait s'estimer saisi. Par suite, le requérant est également fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en n'examinant pas de manière approfondie sa situation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sans qu'il y ait lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée en défense, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique que le préfet procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B en sollicitant de l'intéressé qu'il précise l'ensemble des fondements de sa demande, et sans qu'il puisse lui opposer l'absence de documents d'état civil probant.
7. Le présent jugement implique également que soit délivrée une autorisation provisoire de séjour à M. B assortie d'une autorisation de travailler, en application du 3° de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable jusqu'à ce qu'il ait été de nouveau statué sur la demande de titre de séjour de l'intéressé. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'astreinte déjà prononcée par le juge des référés, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
8. En revanche, pour regrettable que soit la conservation sans fondement légal des documents d'état civil de M. B, le présent jugement n'implique pas leur restitution.
9. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour, mentionnant son nom, assortie d'une autorisation de travailler valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande de titre de séjour.
Sur les frais de l'instance :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier la somme de 1 500 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour, mentionnant son nom, assortie d'une autorisation de travailler valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot, avocate de M. B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B, à Me Jeannot et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Fabas, conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.
Le président-rapporteur,
O. Di CL'assesseure la plus ancienne,
L. Fabas
Le greffier,
P. LepageLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300113
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026