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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300179

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300179

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 janvier et 4 avril 2023, M. B A, représenté par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de plusieurs erreurs de fait, dès lors qu'il est arrivé en France en 2019, qu'il n'a pas redoublé à deux reprises sa troisième année de licence et qu'il n'a pas effectué quatre années d'études en France ;

- il méconnaît les dispositions de la circulaire du 7 octobre 2008 du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie du caractère réel et sérieux de ses études ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la circonstance qu'il a travaillé à temps plein à l'été 2022 ne l'a pas empêché de suivre ses études ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, le préfet ne pouvant se fonder sur la circonstance que son contrat de mission était effectué à temps plein.

Par des mémoires en défense enregistrés les 31 mars et 6 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- subsidiairement, la décision peut également être fondée sur l'insuffisance des moyens d'existence.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du gouvernement français ;

- le code de justice administrative ;

Par une lettre du 30 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de base légale de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, les articles 9 et 13 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 devant se substituer aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les observations de Me Bach-Wasserman, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 29 décembre 1996, est entré sur le territoire français le 14 septembre 2019 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour. Il a bénéficié de plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " jusqu'au 2 octobre 2022. Il en a demandé le renouvellement le 17 octobre 2022. Par un arrêté du 21 décembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement de son titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté préfectoral mentionne que M. A a redoublé à deux reprises sa troisième année, alors qu'il a validé plusieurs unités d'enseignement du premier semestre et l'intégralité de son second semestre au cours de l'année universitaire 2021/2022 est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'au cours du premier semestre de l'année universitaire 2022/2023, M. A a bien dû suivre à nouveau des enseignements qu'il avait suivi au cours des trois années universitaires précédentes. En outre, si M. A n'avait réalisé que trois années universitaires pleines en France à la date de la décision en litige, il est constant qu'il n'avait validé aucun diplôme après quatre années d'études. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études des étudiants étrangers, dès lors qu'elle est dépourvue de caractère impératif et qu'elle ne comporte pas de lignes directrices. Le moyen tiré de la méconnaissance de cette circulaire doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". L'article 13 de la même convention stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".

5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce et ainsi que les parties en ont été informées, la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour trouve son fondement légal non dans les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas applicables aux ressortissants sénégalais, mais dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 qui peuvent leur être substituées dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que M. A a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Il y a donc lieu, dans ces conditions, de procéder à cette substitution de base légale.

7. Pour l'application de ces stipulations, le préfet doit s'assurer du caractère réel et sérieux des études poursuivies.

8. Pour refuser à M. A de renouveler le titre de séjour étudiant qui lui avait été délivré, le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé que celui-ci ne justifiait pas du caractère sérieux des études qu'il poursuivait. Si la circonstance que M. A a travaillé pendant quatorze jours, en septembre 2022, au bénéfice d'un contrat de mission à temps plein pour la période estivale 2022, n'est pas de nature à démontrer l'absence de caractère réel et sérieux dans le suivi de ses études, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est également fondé sur les notes et les redoublements de M. A pour prendre la décision en litige. Or il ressort des pièces du dossier qu'après avoir validé sa deuxième année de licence de sciences de la vie au titre de l'année scolaire 2019/2020, M. A a été déclaré défaillant aux examens du premier semestre et a été ajourné aux examens du deuxième semestre en 2020/20221, en ne validant que deux unités de ce semestre, puis a de nouveau été ajourné aux examens du premier semestre de l'année 2021/2022 avant d'être admis aux examens du deuxième semestre. Si M. A explique ses mauvais résultats par le vol de son ordinateur, il ressort des pièces du dossier que celui-ci est postérieur à ses échecs aux examens. Enfin, si M. A se prévaut des difficultés liées à la crise sanitaire de l'épidémie de Covid-19, il ne justifie pas avoir été confronté à d'autres difficultés que celles ayant concerné tous les étudiants. Enfin, la circonstance qu'il a validé les examens du premier semestre de sa troisième année de licence au titre de l'année universitaire 2022/2023, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en considérant qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies, le préfet de Meurthe-et-Moselle a inexactement appliqué les stipulations citées au point 4.

9. En dernier lieu, si le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est livré à une " appréciation " du caractère réel et sérieux des études de M. A à l'aune du temps que celui-ci consacrait à son emploi à temps plein, il n'a nullement estimé que M. A avait dépassé le seuil d'exercice d'une activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de ce que le préfet aurait commis une erreur dans l'appréciation de ses ressources ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Dès lors, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Fabas, conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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